Article mis en avant

L’Assemblée nationale abroge enfin le Code noir, 178 ans après l’abolition de l’esclavage

Le député Max Mathiasin (Liot) a porté la proposition de loi visant à l’abrogation du Code noir. © Ludovic Marin, AFP

Le 28 mai 2026, l’Assemblée nationale française a adopté à l’unanimité l’abrogation officielle du Code noir, texte juridique datant du XVIIe siècle qui encadrait l’esclavage dans les colonies françaises. Bien que l’esclavage ait été aboli en France depuis 1848, ce texte n’avait jamais été formellement supprimé du droit français.

Cette décision, hautement symbolique, marque une reconnaissance importante de l’héritage historique de l’esclavage et de ses conséquences durables sur les sociétés contemporaines. Le vote intervient dans un contexte international où les questions de mémoire, de justice historique et de lutte contre les discriminations héritées de l’esclavage prennent une place croissante dans le débat public. Continuer la lecture

Un oubli déliberé ou ignorance des faits

Il convient de rappeler que deux personnalités majeures ayant contribué de manière significative à la lutte des Haratine contre l’esclavage n’ont pas été mentionnées.

La première est Mohamed Yahya Ould Ciré, considéré comme l’un des principaux initiateurs de cette dynamique de mobilisation. C’est à son initiative que des consultations furent engagées avec Bilal Werzeg, Amar Ahmed Deyna (que Dieu ait son âme) et Abderrahmane Mahmoud. À cette époque, au cours des années 1973-1974, ces acteurs évoluaient au sein de l’École nationale d’administration (ENA), où se développaient les premières réflexions structurées sur cette question.

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Démocratie mauritanienne : entre constance et transparence

Constance et transparence en politique : deux exigences démocratiques en tension dans le contexte mauritanien

La vie politique mauritanienne, comme celle de nombreuses démocraties contemporaines, est traversée par une double exigence devenue incontournable. D’un côté, les citoyens attendent des responsables politiques qu’ils demeurent constants, fidèles à leurs engagements, à leurs valeurs et aux promesses formulées devant l’opinion publique. De l’autre, ils réclament davantage de transparence dans la gestion des affaires publiques, qu’il s’agisse des politiques économiques, de l’administration des ressources nationales ou du fonctionnement des institutions.

À première vue, ces deux attentes paraissent parfaitement compatibles. Pourtant, elles renvoient à des logiques parfois contradictoires. La constance suppose une continuité dans le temps, une capacité à maintenir une ligne politique malgré les pressions, les changements de conjoncture ou les fluctuations de l’opinion. La transparence, quant à elle, implique une exposition croissante de l’action publique au regard des citoyens, des médias et de la société civile.

Cette tension se manifeste particulièrement dans les débats qui animent régulièrement la Mauritanie autour de la gouvernance, de la gestion des ressources naturelles, de la lutte contre les inégalités sociales ou encore de la mise en œuvre des réformes économiques. Elle renvoie à une interrogation fondamentale : comment demeurer fidèle à des principes politiques tout en s’adaptant à une société en mutation ? Comment rendre compte de l’action publique sans réduire la décision politique à une réaction permanente aux attentes immédiates ? Ces questions, qui traversent l’histoire de la pensée politique, demeurent aujourd’hui au cœur des défis démocratiques du pays.

I. La constance : une fidélité qui ne se confond pas avec l’immobilité

L’idée de constance apparaît dès l’Antiquité comme une réponse à l’instabilité du monde. Dans la tradition stoïcienne, elle ne désigne pas l’obstination mais la capacité à conserver une cohérence intérieure malgré les épreuves et les bouleversements. Ainsi, Sénèque décrit le sage comme celui qui demeure maître de son jugement et ne se laisse pas déterminer par les événements extérieurs (De la constance du sage, 2016).

Cette conception sera réinvestie à la Renaissance dans un contexte marqué par les guerres de religion et les profondes transformations de l’Europe. Face à l’incertitude, la constance devient chez Juste Lipse une vertu civique permettant de résister aux crises sans perdre ses repères (De constantia in publicis malis, 1584).

Dans le contexte mauritanien, cette réflexion trouve une résonance particulière. Les acteurs politiques sont souvent confrontés à des attentes contradictoires : préserver leurs engagements tout en répondant aux transformations économiques, sociales et géopolitiques que connaît le pays. Les débats sur la justice sociale, l’accès aux services publics, la cohésion nationale ou encore la répartition des richesses illustrent cette nécessité d’articuler fidélité aux principes et adaptation aux réalités.

Comme l’a montré Max Weber, l’action politique se situe toujours entre une « éthique de conviction » et une « éthique de responsabilité » qui doivent se compléter (Le Savant et le politique, 1963). Gouverner exige ainsi de concilier les valeurs défendues avec les conséquences concrètes des décisions prises.

La constance ne saurait donc être réduite à une fidélité aveugle au passé. Une identité politique vivante conserve une orientation générale tout en intégrant les enseignements de l’expérience. Cette idée rejoint la réflexion de Paul Ricœur, pour qui l’identité se construit dans le temps à travers un équilibre entre continuité et changement (Soi-même comme un autre, 1990).

II. La transparence : de l’idéal démocratique à ses ambiguïtés

La transparence est aujourd’hui largement considérée comme une condition essentielle de la bonne gouvernance. En Mauritanie comme ailleurs, les citoyens demandent davantage d’informations sur les décisions publiques, les dépenses de l’État, les contrats liés aux ressources naturelles ou encore les politiques de développement.

Cette aspiration repose sur une idée simple : un pouvoir visible est un pouvoir plus facilement contrôlable et, par conséquent, plus légitime.

Pourtant, l’histoire intellectuelle de la transparence révèle une réalité plus complexe. Jeremy Bentham voyait déjà dans la visibilité permanente un mécanisme de régulation des comportements (Panoptique, 2002). Michel Foucault montrera plus tard que les sociétés modernes gouvernent également à travers des dispositifs de surveillance qui influencent les comportements individuels et collectifs (Surveiller et punir, 1975).

Dès lors, une question se pose : toute transparence renforce-t-elle nécessairement la démocratie ?

La réponse est loin d’être évidente. Si la transparence favorise le contrôle citoyen et la lutte contre l’arbitraire, elle peut également soumettre l’action publique à une pression constante de l’immédiateté. Or certaines décisions nécessitent du temps, de la concertation et parfois une certaine discrétion institutionnelle.

Dans un pays comme la Mauritanie, confronté à des défis économiques, sociaux et sécuritaires complexes, l’efficacité de l’action publique dépend souvent de la capacité des institutions à délibérer sereinement avant de rendre compte de leurs décisions. Comme l’ont montré plusieurs travaux, la transparence doit être articulée à d’autres principes démocratiques et ne saurait être considérée comme une valeur absolue (La transparence en politique, 2014). Yann Breton évoque même le risque d’une « dictature de la transparence » lorsque la volonté de tout rendre visible finit par fragiliser la liberté politique elle-même (2017).

III. Les limites de la transparence dans une société pluraliste

La Mauritanie est une société caractérisée par sa diversité culturelle, sociale et politique. Les débats publics y reflètent souvent des sensibilités différentes concernant les priorités du développement, la justice sociale, l’identité nationale ou les réformes institutionnelles.

Dans ce contexte, les désaccords ne portent pas uniquement sur les moyens à mettre en œuvre mais également sur les valeurs à privilégier. L’idée selon laquelle toutes les motivations politiques pourraient être intégralement comprises et partagées par tous apparaît dès lors difficile à soutenir.

William Gaenslen souligne que le pluralisme moral impose des limites structurelles à la transparence politique (« La transparence du politique et ses limites. Négociations d’intérêts et pluralisme moral », 1998). Les raisons qui fondent une décision publique ne peuvent pas toujours être traduites dans un langage universellement accepté.

Dans ces conditions, la cohérence devient souvent plus importante que l’exhaustivité. Ce qui nourrit la confiance démocratique n’est pas que tout soit révélé, mais que les citoyens puissent constater une continuité entre les engagements annoncés, les discours tenus et les actes réalisés.

Cette exigence rejoint les réflexions de Paulo Freire et de bell hooks, pour qui l’intégrité et la cohérence entre la parole et l’action constituent des conditions essentielles de toute pratique démocratique authentique (Pédagogie des opprimés, 1974 ; Teaching to Transgress, 1994).

IV. Vérité, mensonge et responsabilité politique

La tension entre transparence et action politique apparaît également dans la question de la vérité.

Hannah Arendt observait que « la vérité et la politique ont toujours été en assez mauvais termes » (La Crise de la culture, 1989). Cette formule ne signifie pas que la politique serait nécessairement fondée sur le mensonge. Elle rappelle plutôt que l’espace politique est celui de la pluralité des opinions, de la confrontation des interprétations et du débat public.

Cependant, lorsque le mensonge devient systématique, c’est la possibilité même d’un espace démocratique partagé qui est menacée. Une société ne peut maintenir durablement la confiance dans ses institutions si les citoyens ne disposent plus d’un socle minimal de faits communément reconnus.

Cette réflexion est particulièrement pertinente dans un contexte où les réseaux sociaux, les rumeurs et les discours contradictoires influencent fortement les perceptions publiques. La crédibilité des institutions dépend alors de leur capacité à communiquer avec rigueur, cohérence et responsabilité.

V. Vers une transparence fondée sur la justification publique

Face à ces défis, la question n’est peut-être pas de rendre tout visible mais de rendre les décisions publiques compréhensibles et justifiables.

Une démocratie n’exige pas que tous les citoyens partagent les mêmes convictions. Elle exige que les décisions prises puissent être défendues au moyen de raisons accessibles à l’ensemble de la population. Cette idée se trouve au cœur de la notion de « raison publique » développée par John Rawls (Théorie de la justice, 1987).

La légitimité démocratique dépend alors moins de la quantité d’informations divulguées que de la qualité des explications fournies.

Cette perspective rejoint la théorie de la démocratie délibérative de Jürgen Habermas, selon laquelle une décision devient légitime lorsqu’elle résulte d’un processus de discussion permettant aux citoyens de confronter librement leurs arguments (Droit et démocratie. Entre faits et normes, 1997).

Dans le contexte mauritanien, cela implique de renforcer les espaces de dialogue entre institutions, partis politiques, organisations de la société civile et citoyens afin de favoriser une culture de la justification publique plutôt qu’une simple logique de communication.

VI. Réconcilier constance et transparence

La véritable question n’est donc pas de choisir entre constance et transparence mais de parvenir à les articuler.

Une constance absolue risque de se transformer en rigidité idéologique. Une transparence absolue peut conduire à une forme d’exposition permanente qui affaiblit les conditions nécessaires à la réflexion et à la décision.

La tradition aristotélicienne rappelle que la vertu réside dans la recherche du juste milieu (Éthique à Nicomaque, 2004). Appliquée à la vie publique mauritanienne, cette approche invite à promouvoir une gouvernance capable de demeurer fidèle à des orientations fondamentales tout en s’adaptant aux réalités changeantes du pays, et suffisamment transparente pour rendre des comptes sans compromettre l’efficacité de l’action collective.

Conclusion

Dans la Mauritanie contemporaine, la constance et la transparence apparaissent comme deux exigences démocratiques essentielles. La première renvoie à la cohérence des engagements et à la fidélité aux principes. La seconde protège les citoyens contre l’arbitraire et favorise la reddition des comptes.

Aucune de ces valeurs ne peut toutefois être érigée en absolu. L’enjeu réside dans la recherche d’un équilibre permettant à la fois la stabilité de l’action publique, la confiance citoyenne et la responsabilité politique.

Une démocratie solide ne se mesure pas seulement à la transparence de ses institutions ou à la constance de ses dirigeants. Elle se construit dans la capacité des responsables publics à demeurer cohérents dans leurs orientations tout en expliquant clairement leurs choix à une société de plus en plus attentive, exigeante et diverse.

RéférencesPar Cheikh Sidati Hamady
Conseiller du Président de
IRA, Biram Dah Abeid
Expert senior en droits des communautés discriminées sur la base de l’ascendance et du travail ( Gfod )
Chercheur spécialiste des discriminations structurelles
Analyste et essayiste

Références
Arendt, Hannah, La Crise de la culture, trad. Pierre Rusch, Paris, Gallimard, « Folio Essais », 1989.
Bentham, Jeremy, Panoptique, éd. Frédéric Biglino, Paris, Mille et une nuits, 2002.
Breton, Yann, « La dictature de la transparence », Éthique publique, vol. 19, n° 2, 2017.
Droin, Nathalie et Forey, Elsa (dir.), La transparence en politique, Paris, Institut Universitaire Varenne, 2014.
Foucault, Michel, Surveiller et punir. Naissance de la prison, Paris, Gallimard, 1975.
Freire, Paulo, Pédagogie des opprimés, Paris, Maspero, 1974.
Gaenslen, William, « La transparence du politique et ses limites. Négociations d’intérêts et pluralisme moral », Politique et Sociétés, vol. 17, n° 3, 1998, p. 87-109.
Habermas, Jürgen, Droit et démocratie. Entre faits et normes, trad. Rainer Rochlitz et Christian Bouchindhomme, Paris, Gallimard, 1997.
hooks, bell, Teaching to Transgress, New York, Routledge, 1994.
Lipse, Juste, De constantia in publicis malis, Leyde, 1584.
Rawls, John, Théorie de la justice, trad. Catherine Audard, Paris, Seuil, 1987.
Ricœur, Paul, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.
Sénèque, De la constance du sage, trad. Émile Bréhier, Paris, Gallimard, « Folio Sagesses », 2016.
Weber, Max, Le Savant et le politique, trad. Jacques Freund, Paris, 10/18, 1963.

عندما تُضحّى بالمطالب المشروعة للحراطين على مذبح المجاملة، بين طموحٍ رئاسيّ وتمسّكٍ مستمرّ بنظامٍ اجتماعيّ متقادم

خلال زيارة مجاملة — أو حملة رئاسية مبكرة — قام بها الرئيس بيرام الداه اعبيد إلى العميد بويْديل ولد هميد، سمع هذا الأخير يكرر موقفه المعروف: مفاده أن الحراطين هم “بيظان” وأنهم لا ينفصلون عنهم. وليس في ذلك جديد، إلا أن العميد بويْديل ولد هميد يبدو هذه المرة أكثر إصرارًا على تبني موقف معارض لأي أفق لاستقلالية سياسية للحراطين. وهذا الإصرار يثير ثلاث ملاحظات.
1. إن العميد بويْديل ولد هميد — أطال الله في عمره — شخصية سياسية ذات مكانة وطنية مرموقة، تحظى باحترام عدد كبير من الموريتانيين، وخاصة الحراطين. وهو يُعدّ، دون شك، من أبرز رواد نضال الحراطين من أجل حريتهم وتمكينهم.
ويُعتبر من أبرز تجليات فكرة “البيظانية” لدى الحراطين، وهي الفكرة التي اختبرها بنفسه عبر تأسيس حزب سياسي وخوضه انتخابات رئاسية. وقد شكّل حلّ ذلك الحزب، إلى جانب النتائج التي حصل عليها في الانتخابات الرئاسية، حكمين رمزيين ودالّين على واقع هذه “البيظانية”.

غير أن هذين الحكمين يظلان متباينين في دلالتهما: فبالنسبة للبيظان، لا تعني بيظانية الحراطين سوى إدماجهم واحتوائهم؛ أما بالنسبة للحراطين، فإنها باتت تتراجع وتتآكل مع تطور وعيهم السياسي والتاريخي.

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من_المعلوم إلى العميد والرئيس ولد الزحاف العدالة المشروطة بالتنمية تأجيل مقنَّع للظلم

افتتح العميد ولد الزحاف مقاله بالإقرار بوجود  الرق ومخلفاته؛ ثم سرعان ما يذيبه في « التحول الاجتماعي التدريجي » و »العوامل المتعددة »؛ متغافلا عن أن هذا بالضبط ما فعله المدافعون عن الفصل العنصري في أمريكا حين قالوا: « التغيير يحتاج وقتا »، وهو نفسه ما قاله المستعمر الفرنسي حين قال: « الأهالي غير مستعدون للحرية بعد »
السؤال الذي يتهرب منه العميد ولد الزحافة: كم من سنة يتطلبها التحول؟؛ خاصة وأن العبودية  أُلغيت رسميا في موريتانيا عام 1981، كآخر دولة في العالم، ثم جرمت عام 2007؛ ثم اعتبرت جريمة لا تسقط بالتقادم في التعديلات الدستورية خلال فترة عزيز ؛  فأين التحول الذي يتحدث عنه؟ الأرقام الصادرة عن المنظمات تشير إلى أن موريتانيا تحتل مراتب متقدمة في مؤشر العبودية الحديثة عالميا؛ إضافة لذلك لا وجود لمخلفات بل بنى حية نابضة ومستمرة ؛ ويجب أن تتوقف سردية المخلفات فما يعاش بنى متوارثة من البنى التقليدية إلى الفترة الاستعمارية ثم دولة 1960 ; التي ورثت ما ورثته ؛ وهي الدولة ذاتها التي يسيطر على مفاصلها من استفادوا تاريخيا من منظومة الرق؟في البرازيل قالوا « التنمية ستحل مشكلة العنصرية »، فجاءت التنمية وبقي السود في القاع؛ الحل لم يأت إلا بسياسة إجراءات خلصة  صريحة وواضحة وهادفة.
لماذا لم تطالبوا تطبيق فعلي لقانون تجريم العبودية؛ وبرامج تعويض وجبر لضحايا العبودية؛ وعدالة انتقالية تعترف بالجرح التاريخي؟!
هل يعقل يا أستاذنا ولد الزخاف أن نطلب من  ضحايا العبودية الانتظار ريثما تنضج الشروط الاقتصادية والاجتماعية؛ يأبى الواقع والمنطق إلا أن يقول لكم أنه لا يمكن تأجيل العدالة مطلقا إلى أجل غير مسمى ؛ فمتى كانت التنمية شرط  للاعتراف بإنسانية المظلومين؟
يتواصل

Quelques mises au point à l’attention de Monsieur Cheikh Sid’Ahmed Ould Zehaf

Encore une fois, Monsieur Cheikh Ahmed Ould Zehaz, vous vous distinguez par votre volonté manifeste de vous ériger en fossoyeur de la cause haratine, au nom d’une référence idéologique que vous avez vous-même dévoyée et abandonnée en vous mettant au service de régimes politiques en totale contradiction avec les principes dont vous tentez de vous prévaloir à la moindre occasion.
Vou affirmez d’emblée vouloir vous placer au-dessus de la polémique. Pourtant, en réalité, vous ne faites qu’endosser le rôle qui semble désormais vous être assigné : celui de contradicteur systématique et sans scrupule du militantisme haratine.
Sous couvert d’une approche prétendument intellectuelle et nationale, votre discours tend surtout à délégitimer les revendications portées par les Haratines, en minimisant la dimension politique et identitaire de leur combat. En ramenant constamment cette question à une simple Continuer la lecture

La question haratine : la blessure centrale que la Mauritanie refuse d’affronter

En Mauritanie, il existe une tragédie plus profonde encore que le silence officiel : celle d’un système capable de transformer les victimes en gardiens de leur propre oppression. Et nulle part cette mécanique n’apparaît avec autant de violence que dans la condition des Haratines.

Les Haratines portent dans leur chair l’histoire de l’esclavage. Ils sont les descendants directs de ceux que le système arabo-berbère a réduits à la servitude, humiliés, dépossédés de leur liberté, de leur mémoire et parfois même de leur humanité. Pourtant, après l’abolition de façade, le système n’a jamais disparu. Il s’est modernisé. Il a changé de langage, changé d’habits, changé de stratégie. Mais il continue d’exister à travers ses réseaux de domination, ses hiérarchies sociales, ses réflexes féodaux et ses mécanismes de soumission.

La ruse du pouvoir mauritanien a été de comprendre très tôt qu’il était plus efficace d’utiliser certains Haratines contre les leurs plutôt que de maintenir une domination brutale et visible. Ainsi, une partie d’entre eux, une fois “affranchie” ou intégrée dans les rouages de l’État, a été Continuer la lecture

Quand les aspirations légitimes des Haratines sont sacrifiées sur l’autel de la convenance, entre une ambition présidentielle et l’attachement persistant à un ordre social caduc.

Lors d’une visite de courtoisie — ou d’une campagne présidentielle anticipée — rendue au doyen Boidiel Ould Houmeid, le président Biram Dah Abeid a entendu ce dernier réitérer une position désormais bien connue : les Haratines seraient des Maures et demeureraient indissociables de ces derniers. Rien de nouveau, sinon que, cette fois-ci, le doyen Boidiel Ould Houmeid semble s’engager plus résolument dans une posture de contradicteur à toute perspective d’autonomie politique des Haratines. Cette insistance appelle trois observations. Continuer la lecture

Réinventer l’État en Mauritanie : de la distance bureaucratique au pacte citoyen

L’urgence d’un nouveau regard
Certes, l’État s’habille trop souvent d’atours austères. Il est cette silhouette lointaine qui surgit pour taxer, ce guichet bureaucratique, parfois intimidant, ou cette autorité qui contrôle et sanctionne. Pour beaucoup, il se confond encore avec le visage d’un régime, la couleur d’un parti ou l’incarnation d’un homme. Pourtant, à l’heure où notre pays fait face aux vents changeants de la modernité et du développement, il devient impératif de repenser ce lien. En effet, expliquer l’État au citoyen mauritanien ne relève plus du cours de droit constitutionnel ; c’est désormais une urgence démocratique et sociale. Il s’agit ainsi de substituer à la crainte ou à l’indifférence le sentiment d’une appartenance partagée.
La permanence de la Nation face aux divisions
Il convient de rappeler avant tout que l’État n’est pas une faction éphémère. Il est une continuité nationale. Les gouvernements passent, les majorités se succèdent, mais l’armature de la Nation demeure.
« Les gouvernements passent, mais l’État reste.»
Pour ancrer cette vérité dans le quotidien, il faut néanmoins inverser le regard. L’État, c’est d’abord ce qui soigne à l’hôpital, ce qui instruit à l’école de la République, la route qui désenclave nos régions et la sécurité qui garantit la paix de nos foyers. En somme, c’est le garant d’un destin commun, une maison collective élevée bien au-dessus des réflexes tribaux, régionaux ou politiques.
Toutefois, bâtir une véritable cohésion sociale exige de regarder nos réalités en face, sans fard ni complaisance. De fait, la Mauritanie est riche de sa diversité, mais elle reste traversée par des lignes de faille historiques : tensions communautaires, passif humanitaire, séquelles de l’esclavage, marginalisation de certains territoires et criantes inégalités sociales.
Les trois piliers de la réconciliation nationale
Par conséquent, pour que l’État devienne le ciment de la communauté nationale, il doit impérativement s’ériger en arbitre souverain et impartial, et non en instrument de domination d’un groupe sur un autre. Cette réconciliation repose alors sur trois piliers fondamentaux :
Une citoyenneté égale : Les droits d’un Mauritanien ne doivent plus dépendre de son patronyme, de sa langue ou de son poids tribal. La loi doit ainsi retrouver sa noble fonction : être la même pour tous, protectrice et impersonnelle.
Une mémoire apaisée : Une nation forte ne s’envisage pas dans l’amnésie. C’est au contraire en regardant son histoire, y compris ses heures les plus sombres, avec sérénité et justice, que l’on guérit les blessures du passé.
Une représentation miroir : Nos institutions, nos forces de sécurité et nos médias publics doivent refléter le visage pluriel de la Mauritanie. De la sorte, chaque citoyen doit pouvoir s’identifier à ceux qui le dirigent et le protègent.
Les vecteurs de la transmission : éducation et médias
Ceci étant dit, cette réinvention de l’État passe inévitablement par les vecteurs de la transmission. Or, aujourd’hui, une part importante de notre jeunesse ignore les mécanismes de nos institutions ou la portée de la Constitution. C’est pourquoi l’instruction civique doit redevenir une priorité stratégique.
C’est notamment sur les bancs de l’école que l’on doit apprendre que le drapeau n’est la propriété d’aucune faction, que l’argent public est le bien sacré du peuple, et que la corruption est un poison qui fragilise l’édifice entier.
Parallèlement, les médias ont le devoir de rompre avec les discours de haine et les replis identitaires. Leur rôle est plutôt d’ouvrir des espaces de dialogue interculturel et de valoriser ce qui rassemble, au lieu de ce qui divise.
De la solidarité traditionnelle à la responsabilité républicaine
Au fond, la société mauritanienne n’est pas individualiste ; elle possède, ancrée dans sa culture nomade et dans ses valeurs islamiques, une formidable tradition d’entraide, d’hospitalité et de fraternité. Le grand défi de notre siècle est donc de transposer cette solidarité traditionnelle à l’échelle de la nation.
Dès lors, il nous faut apprendre à protéger le bien public avec la même rigueur que notre propriété privée, à secourir le citoyen inconnu à l’autre bout du pays comme s’il était un parent, et à ressentir l’injustice faite à autrui comme une menace directe pour soi-même.
Néanmoins, cette transition psychologique ne se fera pas sans une confiance absolue en la justice. Car lorsque le citoyen acquiert la certitude que les privilèges supplantent le mérite et que certains s’élèvent au-dessus des lois, il se détourne inévitablement de l’État pour chercher refuge auprès de sa tribu ou de ses réseaux d’influence. La justice est le véritable ciment de la cohésion sociale ; elle seule peut désarmer les réflexes identitaires.
Conclusion : l’unité dans la diversité
En définitive, la Mauritanie n’est pas uniforme, et c’est là sa chance. Elle se situe au carrefour des mondes arabe, africain et sahélien. Elle est à la fois nomade et urbaine, multilingue et profondément unie par l’Islam. La cohésion sociale ne saurait donc consister en une standardisation culturelle qui effacerait ces spécificités. Bien au contraire, elle réside dans la capacité à intégrer ces nuances dans un récit national commun.
Chaque citoyen doit pouvoir proclamer avec une égale fierté :
« Je suis maure, peul, soninké, wolof, bambara, français de Mauritanie… et pleinement mauritanien. »
En conclusion, fortifier l’État en Mauritanie revient à en faire une responsabilité collective. L’État ne sera fort que lorsque le citoyen le respectera, et le citoyen ne le respectera que lorsqu’il s’y reconnaîtra enfin. C’est à ce prix, et à ce prix seul, que nous bâtirons une nation unie, stable et résolument confiante en son avenir.