Boidel
Ould Houmeid Reconnait au bout des lèvres les séquelles de
l'esclavage, pas plus.....
Le Véridique : Vous
appartenez à une frange de la population sur laquelle le débat est
controversé entre ceux qui estiment que cette frange continue à
subir les affres de l’esclavage et ceux qui pensent le contraire.
Ou vous situez-vous par rapport à cette question ?
Boidel Ould Houmeid :
Les Haratines sont une composante de la population maure.il ne faut
pas penser que tous les Haratines sont nés dans les mêmes
conditions, ont grandi dans les mêmes conditions. Il y a donc
haratine et haratine. C’est comme si vous parlez des maures, vous
avez des guerriers, des marabouts, des zanagas.
Parmi les
Haratines, il y’en a aussi qui ont joué un rôle important dans
l’histoire de ce pays. Dans le Nord du pays, feu Hamody a joué un
rôle extrêmement important et il était chef traditionnel des Oulad
Besbaa. Au sud, la famille Boidel est très connue pour avoir joué
un rôle pour l’ensemble de la Mauritanie et en particulier pour
l’ensemble des Tendgha auquel elle appartient.
Si vous
prenez à l’Est, la famille Sbaghou, c’est la même chose.
Egalement, chez les Zombotty, la famille de mon ami Dina, a joué un
rôle important dans l’histoire de ce pays. Il ne faut donc pas
faire l’amalgame entre les différents éléments de cette
communauté. Si cette situation est claire pour les Mauritaniens, on
peut parler du problème de l’esclavage. Quelqu’un qui a vécu ce
drame humanitaire, n’est pas comme celui qui n’a jamais été
victime de cette pratique.
Cependant, le problème des
Haratines en tant que problème politique reste posé, mais si vous
observez l’émancipation politique, vous remarquerez certains
figures haratines ont joué un rôle important avant même
l’indépendance du pays. Par exemple, l’Emirat du Trarza ne
pouvait pas exister sans les Hratin Edekhen qui étaient les faiseurs
des rois et qui occupaient les plus hautes charges au sein de cet
Emirat. Quelqu’un qui veut parler des Haratines doit avoir à
l’esprit toutes ces données de l’histoire.
Pour vous
illustrez mes propos, je vous prends mon propre cas : je suis parent
à toutes les grandes familles du Trarza avec lesquelles je suis lié
par une filiation maternelle. J’appartiens à une fraction qui a
toujours dirigé les siens depuis 1800 et quelques. Le dernier chef
traditionnel de cette fraction est mon oncle Doum Ould Boyé, payé
par l’administration en tant que tel. Je peux vous citer les dix
chefs traditionnels qui l’ont précédé et qui étaient des chefs
traditionnels sous la colonisation.
Parler des Haratines ne
veut pas dire qu’il faut mettre tout le monde dans le même panier.
Si vous voulez parler de la situation des Haratines, moi je fais
effectivement partie des gens qui ont posé ce problème très tôt.
J’ai appartenu pendant très longtemps à la direction du mouvement
El Hor. J’ai été emprisonné pour cela. J’ai été jugé puis
arrêté une deuxième fois parce que je crois à cette question. Je
me rappelle toujours d’une question qui m’a été posé par le
procureur de la cour spéciale de justice. Il m’avait demandé
pourquoi moi qui appartenait à une famille connue, je pose le
problème de l’esclavage ?
Je lui avais répondu que je ne
le posais pas en tant que tel mais parce que je suis un mauritanien
soucieux de l’intérêt supérieur de la Nation ? J’avais alors
donné l’exemple d’un journaliste portugais qui avait écrit que
les mauritaniens condamnent la colonisation en Guinée Bissau et dans
colonies portugaises alors que chez eux ils continuent à vendre et à
exploiter l’homme. J’avas dit en cette occasion que le jour où
tous les mauritaniens seraient prêts à poser le problème des
haratines, il n’y aurait plus de raison à ce qu’il y ait un
mouvement comme El Hor et je crois que nous sommes arrivés à cette
situation aujourd’hui.
Tous les mauritaniens condamnent
l’esclavage même s’il y’a des cas qui persistent. La
divergence entre moi et les autres, c’est que moi je dis qu’il y
a des séquelles et eux disent qu’il s’agit de pratiques
d’esclavage. Je dis qu’il y a des séquelles parce que ceux qui
ont des esclaves ne peuvent pas le dire publiquement, ils s’en
cachent. Le gendarme, le policier ou toute autre force publique est
contraintes de traiter cette question dans le sens de la loi.
L’autre jour dans la moughataa de Riadh, j’ai vu certains
cas d’esclavage, lesquels doivent être résolus au plus vite mais
cela doit se faire dans le strict respect de l’unité nationale.
Dans certains pays, il existe une discrimination positive. Je pense
que les haratines doivent bénéficier de cette discrimination. Je
sais que les haratines sont culturellement des maures, ce qui les
différencie est un problème social. Je ne vais pas me mettre à les
dénombrer mais je sais que c’est une frange importante, active et
qui a besoin de discrimination. L’esclavage est une affaire sociale
mais aussi une affaire économique. Si vous libérez quelqu’un et
que vous ne lui donnez pas à manger, il est obligé de retourner
auprès de son ancien maître.
Source: Le
Véridique (Mauritanie)
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