A.H.M.E.
INTERVIEW 8:
Interview de M. Boubacar Ould Messaoud (avril 2007)
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M. Boubacar Ould Messaoud,
Président de SOS esclave de la Mauritanie :
Le Républicain du Mali - 24 avril 2007 Tombouctou a abrité du 7 au 8 avril
2007 un forum sous-régional contre la pratique de M. Boubacar Ould Messaoud. Il nous parle ici du combat de son organisation contre cette pratique multiséculaire sur le plan national et sous-régional. Le Républicain : Peut-on croire aujourd’ hui en ce 21e siècle que l’esclavage existe encore dans nos sociétés ? Boubacar Ould Messaoud : Oui, l’esclavage existe encore au 21e siècle. On le croit et on peut le voir. Chez nous en Mauritanie, on trouve des esclaves et je crois qu’on en trouve ailleurs. Si j’en crois l’association Temedt et ses militants, l’esclavage existe également au Mali. Il existe aussi au Niger au moins. Le Républicain :Depuis quand votre organisation existe alors ? Boubacar Ould Messaoud :Notre organisation existe depuis 1995 en tant que organisation autonome, indépendante. Le Républicain :Quelles sont les formes et manifestations de l’esclavage de nos jours ? Boubacar Ould Messaoud :L’ esclavage existe dans les milieux ruraux comme dans les milieux urbains. C’est une main d’œuvre. C’est une personne qui est propriétaire d’une autre personne, qui en abuse et qui en dispose à sa guise. Il les (esclaves) fait travailler sans salaire, il a toute l’autorité sur eux. Ils ont besoin de son assentiment pour se marier. Qu’ils soient hommes ou femmes. Il peut les léguer à sa mort à ses enfants. Il peut les vendre, bien que la vente soit très rare. Parce qu’elle a été enrayée depuis très longtemps, depuis le temps colonial. Il était déjà très difficile au moment de l’indépendance. Mais il existe encore de nos jours. Le Républicain :Quels sont les fondements de ce phénomène ? Boubacar Ould Messaoud :A l’origine,
c’est la violence, les guerres tribales, les razzias et la misère.
L’esclavage s’est surtout consolidé quand les maîtres d’esclaves
ont développé une idéologie esclavagiste qui a réussi à enchaîner
les esclaves à leurs maîtres. Ils ont réussi à leur faire croire
que leur situation, que leur condition de vie sont voulues par
Dieu. Et qu’il serait grave de leur part, voir inadmissible,
de se rebeller contre leur maître. Et que leur admission au
Paradis dépend entièrement de leur soumission à leur maître.
Ce sont des fondements pseudo-religieux. Car je pense
que la religion musulmane ne justifie pas Le Républicain :Pouvez vous nous parler du parcours de votre organisation ? Boubacar Ould Messaoud :SOS
esclave a été créée à la suite de certains événements survenus
en Mauritanie. Ces événements sont essentiellement dus au fait
que la Mauritanie a aboli l’esclavage en 1981 et que, au cours
d’une décennie, nous avons constaté que cette abolition n’a
donné lieu à aucun effet. Le seul effet qui a été produit c’est
que certains cadres Haratines qui avaient posé la revendication
ont été promus à des postes importants de l’Etat. Ils sont devenus
soit : Premier Ministre, secrétaire général de ministère, directeur
général des sociétés d’Etat. Mais l’esclavage continue et on
s’est rendu compte qu’il fallait s’organiser et se mettre à
la disposition des victimes pour pouvoir les aider et réussir
à avoir leurs témoignages pour rendre visible la pratique de
Le Républicain :Quelles sont vos activités ? Boubacar Ould Messaoud :Nous
somme une organisation de défense des droits de l’Homme qui
s’occupe des victimes d’arrestations arbitraires, d’emprisonnement,
de détention, de procès inéquitables. Nous luttons également
contre l’impunité des juges et la torture des policiers. Dans
ce contexte, nous avons choisi d’appeler notre organisation
SOS esclave parce que nous voulons frapper l’imagination de
tout un chacun, du monde entier. Quand on dit SOS esclave, nous
mettons l’accent sur l’esclavage, nous le dénonçons immédiatement.
Nous nous considérons comme des gens qui sont venus assister
des esclaves en détresse. Nous avons souvent des individus qui
viennent nous demander de les assister et nous les assistons.
Qui a son enfant qui a été retenu par son maître comme esclave
domestique, sa fille qui a été mariée sans son avis ou donnée
comme domestique à la fille du maître. Qui, à la mort de son
père, se voit dans l’incapacité d’hériter de ce dernier. Car
le plus souvent, c’est le maître qui vient prendre les biens
et ainsi de suite. Donc, toutes ces formes de pratiques esclavagistes
font très rarement l’objet de réclamation. Ce sont des cas isolés
qui nous permettent de mettre en visibilité l’esclavage. Parce
que nous accompagnons nous-mêmes la victime chez l’autorité
qui est obligée de reconnaître qu’il y a un cas de pratique
Le Républicain :Quelles sont les réactions des autres communautés face aux actions de votre organisation ? Boubacar Ould Messaoud :La communauté
des classes supérieures qui sont les maîtres Le Républicain :Est-il possible, selon vous, d’éradiquer le phénomène ? Boubacar Ould Messaoud :Bien sûr qu’il est possible. Nous travaillons à cela. Toute ma vie, je la consacre à la lutte contre ce phénomène. J’ai personnellement créé cette organisation avec des amis pour ça. Tout le long de notre parcours, nous avons exigé que nous soyons pris comme des interlocuteurs de cette communauté. Le Républicain :Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ? Boubacar Ould Messaoud :Nous
n’avons pas de moyens économiques. On parle de leur libération,
de leur émancipation. Mais leur émancipation est fonction de
leur autonomie sur le plan économique. Alors que dans nos pays,
notamment en Mauritanie, la terre appartient encore aux tribus.
Et ce sont les maîtres qui en ont encore le privilège. Et les
esclaves ne sont que les exploitants. Ils peuvent rester exploitants
tout le temps que les maîtres sont encore contents d’eux. Et
aujourd’hui quand ils refusent de voter du côté des maîtres,
ils sont renvoyés des terres. Leur attachement à la tribu est
dû à des raisons d’ordre économique, à la tradition et à l’habitude
etc. Même dans les garages et les ateliers, ce sont les mêmes
maîtres qu’on retrouve là-bas. Car c’est eux qui ont bénéficié
des prêts et subventions de l’Etat depuis une quarantaine d’années.
Propos recueillis par Abdoulaye Ouattara
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