A.H.M.E.
INTERVIEW 69 :
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MESSAOUD OULD BOULKHEIR, CANDIDAT A L’ELECTION PRESIDENTIELLE EN MAURITANIE “Les Mauritaniens en ont assez des pouvoirs dictatoriaux“
SUD QUOTIDIEN La campagne pour l’élection présidentielle mauritanienne prévue le 18 juillet se poursuit. Messaoud Ould BoulkHeir, président de l’Assemblée nationale et Candidat à la magistrature suprême s’est confié à nos confrères de Sud FM. Dans l’interview qui suit, l’harratine (descendant d’esclave) décline sa “Feuille de route“. Il fustige les pouvoirs dictatoriaux et promet de mettre son pays sur le chemin de la démocratie. Entretien… Pouvez-vous vous présenter ? Je m’appelle Messaoud Ould BoulkHeir. Je suis né en 1943. Je suis Harratine. Les Harratines sont une communauté descendante d’esclaves. Je suis administrateur de par ma formation. J’ai exercé de nombreuses fonctions dans l’administration territoriale, comme Chef d’arrondissement, préfet, gouverneur. J’ai été ministre du développement rural de 1984 à 1988 sous le régime de Taya. Je suis Président d’un parti politique appelé, Alliance populaire progressiste qui a la particularité d’avoir toujours œuvré et qui a toujours voulu tenir compte de la différence et de la multiplicité des communautés et des races en Mauritanie. C’était un devoir de les ressemble dans un parti pour bien montrer la volonté d’unité nationale. Avant cela, j’ai été président d’un parti qui est établi, Action pour le changement. Avant cela, j’ai été membre fondateur du plus important parti depuis l’ère démocratique en 1991-1992 qu’on appelle Ufd, dont j’ai été le Secrétaire général. Donc, voilà mon parcours. Aux dernières élections 2006 j’ai dû faire une lieue pour la première fois sièges députés à l’Assemblée nationale grâce à un accord signé au deuxième tour avec le candidat Sidi Mohamed Cheikh Abdallah. J’ai dû faire parti de son premier gouvernement avec quatre porte feuille ministérielles. Ce qui vous a valu même votre présidence à la tête de l’Assemblée nationale. J’ai été moi-même porté à la tête de l’Assemblée nationale par un vote quasi unanime sur 95 députés. 93 m’ont accordé leurs voix, les deux autres s’étant chacun porté candidat. Quelles formations avez-vous subi ? Quels sont vos diplômes ?, Quelles fonctions avez-vous assumez dans votre pays ? Le premier diplôme que j’ai reçu, c’est le certificat d’étude primaire élémentaire, j’ai été admis à l’entrée en sixième en 1957 -1958, j’ai fait ma première année de collège de Rosso en 1957, j’ai redoublé cette première année donc j’ai repris la sixième de 1958 à 1959. J’ai été renvoyé en 1959 définitivement de l’école. Dès lors je me suis rendu compte que j’étais entrain de tout perdre et surtout l’espoir de servir à quelque chose pour moi-même et pour mon pays. Est-ce à cause de votre caractère ou à cause de votre environnement ? C’est parce que je suis issu d’une famille de condition modeste, je suis dans une société pas tout à fait évoluée où il y a des privilèges sociaux, une stratification sociale et où des gens de ma condition n’ont suffisamment pas des mêmes atouts et des mêmes chances que les autres. De la région du Rade El Charpi. C’est la première région en Mauritanie, à la frontalière malienne. Sa capitale est Nema. Je suis un Harratine, descendant d’esclave et j’ai été inscrit à l’école tout à fait par hasard en 1950. La scolarisation française était en repoussoir pour la communauté musulmane mauritanienne et tous ceux qui s’inscrivaient ou qu’on inscrivait à l’école étaient considérés comme des « Perdus » parce qu’on assimilait l’école française au catéchisme et généralement elle était ouverte aux fils des chefs. Ces derniers, pour certains, rechignent à y inscrire leurs propres progénitures et puisque l’inscription était obligatoire, ils font recours parfois à ceux qu’on considère comme des objets, leurs harratines de la communauté. J’ai été kidnappé à l’age de 7 ans pour être inscrit en lieu et place du fils de chefs. Ce cursus scolaire difficile ne vous a-t-il pas empêcher de suivre votre combat ? Bien au contraire ! C’est ce qui m’a stimulé puis que je me suis rendu compte que si je me laissais abattre, tout allait finir. Il fallait que je me ressaisisse. Il fallait que je me refuge à la déchéance et j’ai entrepris, par mes propres moyens, de m’assumer, de me cultiver, autant que faire ce peu. J’ai vite bénéficié d’un concours providentiel dans l’administration générale. C’était un concours pour les commis d’administration en 1959. Juste après mon exclusion à l’école, je me suis présenté et j’ai été reçu. Alors j’ai commencé ma carrière administrative à l’age de 17 ans qui m’a permis de me forger une personnalité, de me forger un caractère, d’avoir une certaine renommée. Parce que, descendant d’esclave, jeune aux yeux des autorités auxquelles, j’ai servi à des tendances à ne voir qu’en moi un petit esclave alors que moi je me faisais un agréable devoir de leur montrer que j’étais loin d’être ce petit esclave. Est-ce que c’est ce qui a abouti à la création du Front national pour la défense de la démocratie ? Non, je ne pense pas. Je crois que ce front dont il s’agit est né spontanément après le coup d’Etat du 6 août 2008. C’est plusieurs partis qu’il faut décrire qui, spontanément, chacun dans son coin, ont décidé de dire non au coup d’Etat et, constatant qu’ils étaient nombreux, ils ont décidé d’unir leurs actions et de se constituer en front. Mon parti App faisait parti de cet ensemble.
Donc il s’agit d’une coalition de partis ? Oui il s’agit bien d’une coalition de partis. Quelles sont les formations politiques qui se retrouvent au sein du front national ? Il y a certains partis dont je retiens le nom parce qu’ils ont survécu et parce que j’ai eu avec eux des hauts et des bas, mais il y a d’autres que je ne connais pas très bien. Et quel est le programme du Fndd ? Le programme du Fndd est de s’opposer au coup d’Etat et de le faire échouer essentiellement. C’était cela. Monsieur le président, pendant dix mois vous avez menez une lutte farouche contre le général Mouhammed Abdel Aziz et contre le groupe putchistes du 6 août 2008 qu’il dirige, quelles sont les principales reproches que vous lui faites ? Certains observateurs notamment, ont parlé de la tournure que prend votre opposition avec le général Abdel Aziz, se demande si cela ne devient pas une querelle de personnes. Qu’est ce que vous leur répondez ? Je pense qu’ils ont tout à fait tord parce que personnellement je ne voue à mon destin ou je ne voue à mon accomplissement qu’en ma qualité de citoyen d’une République réellement démocratique.
Et quels sont les reproches que vous faites au général Abdel Aziz ? Le fait qu’il a pris le pouvoir d’une manière illégale et violente. Il a renversé un président légalement élu et internationalement reconnu et il a décidé purement et simplement et par ambition personnelle de le renverser et de s’installer à sa place. Je crois qu’il n’y a pas de raison à mon opposition de chercher en dehors de cela et c’est largement suffisant. Nous n’avons pas de problèmes personnels avec Abdel Aziz. D’ailleurs nous ne le connaissions même pas. Personnellement, je l’ai jamais rencontré encore moins discuté avec lui. Donc il n’y a pas de raisons pour que nous ayons des problèmes personnels avec lui. Mais, je suis un farouche défenseur de la démocratie. Il m’a donné les moyens. Avant, quand des militaires s’emparaient du pouvoir, c’était pour mettre fin au fonctionnement des institutions. Ils suspendaient la constitution ou dissolvaient les institutions de la République et ils agissaient en Chef suprême, militaires qui foncent sur la République. Alors, je lui avais dit que s’il voulait vraiment avoir la paix, il y n’y avait que deux solutions : ou bien revenir sur sa décision de vouloir limoger le président de la République ou bien dissoudre la Constitution et suspendre les institutions gouvernementales ou s’il veut, il n’a qu’à interdire des partis politiques et n’a qu’à s’assumer en tant chef militaire qui prend le pouvoir de force et qu’il accomplit tout seul. Mais le fait de dire qu’il ne comptait pas dissoudre l’Assemblée nationale, m’a poussé à lui dire de ne pas compter sur moi pour le soutenir parce que moi, je crois à la démocratie et je la défendrais jusqu’au bout. Alors pourquoi aujourd’hui les Mauritaniens devraient-ils vous accorder leurs suffrages au détriment des autres candidats ? Je pense que les Mauritaniens en ont assez des pouvoirs dictatoriaux, des pouvoirs qui n’ont que pour seul objectif que des ambitions personnelles et qui occultent tout à fait les préoccupations nationales, les préoccupations des populations et qu’ils voient en moi un défenseur acharné de la démocratie et quelqu’un qui a souffert d’inégalité, de beaucoup de choses qui font que je suis le seul enclin à rechercher la justice, l’égalité, la solidarité. Je pense que ce sont la des principales raisons qui font que les Mauritaniens seraient plus enclin à m’accorder leurs suffrages. Et que leurs promettez-vous par rapport à quelques-unes de vos préoccupations majeures ? Je leur promets tout ce qu’ils vont désirer en République. La démocratie, la paix civile, l’unité nationale, le droit à la différence, enfin mettre les citoyens dans de bonnes conditions et laisser la démocratie s’exprimer librement tout en tenant compte du choix des populations. Mais aussi aller dans la logique du possible dans le sens de la résolution de leurs problèmes, cela sans préjudice pour un exercice tout à fait régulier. Dans un contexte économique difficile, il va falloir trouver des moyens pour permettre aux Mauritaniens d’étancher leur soif, de se soigner, s’éduquer et tout cela demande des fonds alors que le président sortant a posé des actes comme la baisse des prix des denrées de premières nécessités. Vous quelle est votre réponse par rapport à cela ? Abdel Aziz n’a jamais été président, ni dans la réalité, ni dans les faits, il n’est pas président et ne le sera jamais dans ma bouche ou dans mon esprit. Donc je pense que ces actes ne sont pas que les siens, il n’y a absolument rien qu’ils influent. D’ailleurs, il est incapable de faire quoique ce soit, sauf prendre le pouvoir par la violence, de s’interposer par la violence, d’incarcérer les gens, de calomnier tout un chacun, de se présenter comme la seule personne digne de respect, la seule personne honnête et intègre et la seule personne patriote de la République islamique de la Mauritanie de son existence jusqu’à maintenant. Ce ne sont pas des choses que je lui attribue, il l’a déclaré lui-même. Donc, c’est quelqu’un qui vit, je ne sais pas où mais certainement pas sur un nuage que vraiment il ne ressemble à rien de ce que j’ai déjà connu. En ce qui concerne les moyens, je pense que la meilleure manière de les faire venir c’est de montrer qu’on est un Etat stable, un Etat démocratique, un Etat soucieux des accords qu’il signe, des conventions internationales et de leurs respects, un Etat qui accepte de composer avec tout un chacun et qui respecte ses engagements, un Etat qui assure la paix civile et la tranquillité. Si ces conditions sont réunies, elles ne peuvent être qu’en travers de la démocratie, je pense que dans ce cas, les fonds arriveront et vont nous permettre de faire face aux exigences de plus en plus grandes dans ce contexte de crise économique. Toujours au chapitre économique, on sent qu’il y a un fossé entre les riches et les pauvres dans la répartition des richesses. Alors comment comptez vous résoudre cet écart ? Certainement le fossé existe et a toujours existé et cela ne date pas d’hier mais cela n’est pas un problème spécifique en Mauritanie. Le problème n’est pas de rendre les riches pauvres mais plutôt de rendre riches les pauvres avec des moyens d’existence décent. Cela, on peut y arriver par la mise en place d’un système qui assure une plus grande solidarité nationale, que les impôts soient justes et qu’ils puissent être gérés de manière responsable et justement essayer de combler le fossé qui sépare les pauvres des nantis, de créer des activités génératrices d’emploi qui permettent aux jeunes actifs d’avoir des revenus. Il s’agit donc de créer des liens de solidarité, des pôles de développement qui feront bouger le pays. Et pourtant la Mauritanie dispose de pas mal de ressources et l’autre candidat en l’occurrence kan Amidou Baba a parlé de scandale géologique. Qu’en est il de sa gestion ? Je crois que ces formules à l’emporte piège « scandale géologique », je les réserve à ceux qui les veulent. Moi, je dirai que la Mauritanie a certainement des potentialités qui sont très importantes et que compte tenu de son poids démographique, il n’aurait pas été difficile d’en faire réellement un Etat moyen sans être pauvre. (Avec Sud FM)
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