A.H.M.E.
INTERVIEW 58:
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Interview avec Biram Ould Dah: «Les aristocraties guerrières représentant des obstacles sérieux à toutes avancées démocratiques.»
Tahalil Hebdo : La «délinquance» théologique et le «brigandage» des aristocraties guerrières soulevés dans votre tribune intitulée : «Rites nêgriers et fondementalismes identitaires, face à l’humanisme et l’universalisme de l’Islam» (Cf : http://www.journaltahalil.com/detail.php?id=2258), sont des concepts qui peuvent renvoyer tout autant à l’époque médiévale en Europe qu’au monde musulman. La traite negriere arabe, occidentale, et celle organisée par des rois africains, ne s’inscrivaient-elles pas dans ce cadre ?
Biram
Ould Dah : La «délinquance théologique multiséculaire de notre
classe maraboutique peut bien s’inscrire dans la ligne de dépravation de la
nature des humains, habités par la faiblesse devant l’épreuve de la vie, devant
les tentations d’ici bas et du pouvoir de domination; elle peu aussi renvoyer à
l’époque médiévale en Europe en ce sens l’ordre du clergé, déifié par les gens
du peuple, s’est permis toutes sortes d’abus au nom de Dieu. Ainsi, des
indulgences ou rémissions par l’église des peines temporelles que les péchés
méritent, inventée par le 215ème Pape Léon X (Jean De MEDICIS) et attaquées par
Martin LUTHER en 1515, à l’inquisition, cette juridiction ecclésiastique
d’exception instituée par le Pape GREGOIRE IX dans toute la chrétienté et dont
l’activité s’échelonna du XIIIème au XVIème siècle, «les hommes de Dieu»
trempèrent fortement dans l’avidité, la déshumanisation des humbles à
travers l’instrumentalisation des préceptes divins
TH : Vous tenez à dissocier à l’Islam en tant que religion
universaliste et humaniste où « Bilal l’Ethiopien », un homme noir, a joué
un rôle de premier plan, des pratiques autorités temporelles et spirituelles
qui se sont succédées sur le monde musulman en situant les déviances survenues
à l’après période des khalifes Rachidiens. Que diriez- vous de l’époque d’Omar
Ibn Abdel Aziz ? BOD : Bien sûr que je dissocie l’Islam en tant que
religion universaliste et humaniste, des pratiques et interprétations
intéressées et à mobiles purement temporels d’individus ou de groupes dominants
dans les sociétés des hommes. Les populations des tributs arabo - berbères qui
méprisent le travail manuel et / ou sous le soleil, et toute endurance
physique, ont interpréter un Islam de légitimation de l’esclavage, et ont
fonder des rites négriers, pour cela, s’appesantir sur tout verset et toute
citation dans le coran ou la sunna qui pourront de prêt ou de loin sous -
tendre les textes, les jurisprudences ou les mentalités esclavagistes.
TH : La «délinquance » théologique le «brigandage» des
aristocraties guerrières qui justifieraient le système inégalitaire se maintiennent-
elles encore chez nous au XXIeme siècle ? BOD : Le poids des discours des érudits qui
intercèdent toujours entre Dieu et les personnes et l’influence des lignages
nobiliers qui, par le passé, monopolisaient la violence, et par le présent
sont dépositaire du « rang » et des « honneurs », se font
toujours fortement sentir dans toutes les sociétés Arabo – Islamiques, et
particulièrement en Mauritanie.
TH : Les idées égalitaires des principes universels des droits de
l’homme prônées par l’occident sont perçues au niveau du monde musulman comme
relevant d’une certaine hypocrisie. On s’empresse d’appliquer les
résolutions des nations unies et de la cour pénale internationale sur l’Irak,
l’Afghanistan et le Soudan, mais ce n’est pas le cas quand il s’agit d’Israël. BOD : Ceci est malheureusement le point de vue de la
majorité des peuples arabes musulmans, mais c’est très simple et assez
superficiel de mon point de vue. Je souligne que l’homme le plus averti parmi
nous, et la personne la mieux informée se retrouve automatiquement dans cette
attitude de simplification et de souci de dévoiement de la justice et de la
Cour Pénale Internationales de leurs rôles et buts originels. C’est une
position davantage culturelle qu’un résultat d’une analyse sérieuse; pour moi
je ne voie pas la différence entre les gouvernements sionistes Israéliens et
les systèmes dictatoriaux, sanguinaires, corrompus, racistes, familiaux…dans
l’Iraq de Saddam, la Mauritanie depuis 1960 à nos jours, le Soudan de Omar El
BECHIR…sauf que les Israéliens sont effectivement démocratiques entre eux et
leurs dirigeants beaucoup plus intelligents que les nôtres. Tenter de
s’opposer à la justice internationale et aux droits de l’homme n’est pas la
meilleur punition pour Israël et l’Occident mais c’est tout bonnement faire la
part belle aux dictateurs et hommes d’Etat criminels et génocidaires, c’est les
renforcer, c’est punir le peuple, les opprimés, c’est retarder la démocratie,
c’est aussi permettre à ces dirigeants illégitimes de traiter seuls avec les
puissances Occidentales et à leur avantage. Cette attitude est absurde, la Cour
pénale internationale a jugé le Président et les Chefs Serbes qui sont
coupables d’exactions et d’épurations contre les musulmans et aussi ceux jugés
au Rwanda et ailleurs en Afrique ne sont pas des musulmans.
TH : Ou en êtes vous au mouvement abolitionniste mauritanien dans
la traque des esclavagistes engagée ouvertement depuis le milieu de 2007? BOD: Le vote de la loi criminalisant l’esclavage en 2007 a
été pour nous une occasion pour attaquer devant les tribunaux et
administrations mauritaniennes tout criminel convaincu de pratiques
esclavagistes. Mais après une série d’actions énergiques sur toute l’étendue du
territoire nationale, nous avons vite déchanter car nous avons été largement
édifiés sur les faits que le Président Sidi Mohamed Ould CHEIKH ABDELLAHI, son
premier Ministre Zeine Ould ZEIDANE ainsi que leurs collaborateurs responsables
des départements concernés, sont en vérité très hostiles à toutes veillétés
d’application de cette loi et de toutes autres lois dont l’actionnement peut
aboutir à des investigations ou des arrêts qui corroborent l’existence de
l’esclavage, de la traite des personnes, des femmes, des enfants ou toutes
autres formes de crimes ou délits se rapportant au racisme et autres
discriminations, bref tous les grands crimes et délits qui se rattachent d’une
manière organique au mode de vie, de penser ou de domination qui est de mise
chez l’ethno-classe arabo-berbère dominante. Et déjà avant la chute du pouvoir
démocratique, nous avons perdu la confiance en ce pouvoir. Le coup d’Etat du 6
août 2008 est venu ramener très en arrière, par l’attitude négationniste de la
junte et de ses soutiens qui se recrutent presque tous au sein des mouvements
politiques et milieu sociaux foncièrement esclavagistes et obscurantistes. Dans
tous leurs discours, les militaires ont tenu à attaquer le Président renversé
sur le vote de la loi criminalisant l’esclavage, un acte qu’ils jugent d’une
extrême légèreté.
TH : Que pensez- vous du règlement définitif du passif humanitaire
annoncée lors de la visite du président du Haut Conseil d’Etat à Kaédi ? BOD : Je pense que la visite du général Mohamed Ould
ABDEL AZIZ à Kaédi, le discours et les actes symboliques et matériels qu’ont
été faits représentent un pas dans la reconnaissance de ces crimes. Mais, il
est impossible de clore un dossier qu’on n’a pas accepté d’ouvrir. Le groupe
d’Ouléma cooptés, qui sont connus pour leur légèreté face à tous pouvoir, ne
peuvent jamais imposer le droits à un pouvoir pour lequel ils plient l’échine.
Ce qui a été déjà fait, l’a été dans l’opacité totale et seulement à une infime
partie des victimes; il y avais un souci d’écarter les organisations des
victimes, les organisations politiques, les ONGs des Droits Humains et les
personnalités qui ont pris en charge cette questions depuis deux décennies.
Aucun règlement de cette question n’est possible sans l’implication de toutes
les parties nationales spécifiquement les Forces de Libération Africaine de
Mauritanie (FLAM). Il faut que le mécanisme comporte la VERITE, la JUSTICE (la
fin de l’impunité, la punition des coupables), les REPARATIONS, la
MEMORIALISATION ; ces sont conditions standard à toute réconciliation
véritable et durable, selon les normes déjà consacrées de justice
transitionnelle si l’esprit de consensus le requière dans le cas de la
difficulté et de l’inapplicabilité de la justice conventionnelle en la matière. 07/04/2009 Propos receuillis Source : Tahalil Hebdo |