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Sommet arabe de Doha.
Réaction de Birame Ould Dah au sujet de la décision des
dirigeants arabes de soutenir Oumar El Béchir : «Je ne suis pas
surpris de leur décision car ils sont tous issus de pouvoirs dictatoriaux
! ».
Malgré le soutien des dirigeants arabes apporté à Oumar El Béchir
accusé de crime de guerre et de crime contre l’humanité par la Cour Pénale
Internationale, Birame Ould Dah continue à croire que le Président
soudanais répondra un jour de ses actes.
Il va même jusqu’à prédire la "chute du régime soudanais"
incarné par Oumar El Béchir qu’il considère comme étant un
"sanguinaire" qu’on peut loger à la même enseigne que Mouammar
El Khadafi, Bachar Al-Assad…
Le Rénovateur Quotidien : Les
dirigeants arabes, lors du sommet de Doha qui s’est achevé, ce 30 mars 2009,
ont déclaré leur soutien inconditionnel à Oumar El Béchir et rejeté le mandat
d’arrêt émis contre lui. Que pensez-vous de cette attitude des dirigeants
arabes ?
Birame Ould Dah : L’attitude des dirigeants arabes par rapport au mandat que
la Cour Pénale Internationale (CPI) a émis contre le dictateur
sanguinaire, Oumar El Béchir, recoupe avec leur idéologie. Tous ces
dirigeants arabes qui le soutiennent sont tous issus de pouvoirs familiaux,
dictatoriaux et réfractaires à toute idée des droits de l’Homme, aux droits
les plus élémentaires de la personne humaine.
De manière générale, les dirigeants arabes perçoivent les droits de l’Homme
comme faisant partie des séquences et des facettes de la lutte
civilisationnelle qu’ils se livrent avec le monde judéo-chrétien occidental.
Ils considèrent les droits de l’Homme comme un cheval de Troie qui peut
renverser leurs sociétés et leurs régimes au profit d’une domination et d’un
envahissement culturel, civilisationnel et politique de l’Occident.
De toute façon, il n’y a rien à espérer de ces régimes. Je vois que la
solidarité qu’ils se témoignent les uns des autres est une solidarité
identitaire et culturelle. Pour les arabes, on doit défendre l’arabe.
Même ici, en Mauritanie, où il y a eu beaucoup de gens victimes de
graves violations des droits de l’Homme -esclavage, passif humanitaire-, les
commanditaires de ces crimes et leurs exécutants sont défendus : ils sont
intouchables et l’impunité est de mise ! Tous ces régimes qui défendent Oumar
El Béchir sont des régimes qui ont commis aussi des crimes. Ils pensent
qu’ils doivent bénéficier de l’impunité totale dans le cadre d’une solidarité
ethnique et culturelle.
Le Rénovateur Quotidien : La décision donc des dirigeants arabes ne vous a
point surpris ?
Birame Ould Dah : Non, je ne suis pas du tout surpris de leur
décision. C’est la meilleure décision qu’ils pouvaient prendre ! Les
mouvements des droits de l’Homme et les mouvements de solidarité avec la CPI
dans le monde arabe doivent réagir, s’organiser et lutter parce qu’il y a
beaucoup de désinformations qu’on tient à l’endroit de la CPI.
Certains disent que celle-ci est une institution dirigée et manipulée par les
américains et les israéliens. C’est faux ! Au contraire, la CPI est
une institution issue de la lutte des militants des défenseurs des droits de
l’Homme dans le monde. C’est eux qui ont donné naissance aux statuts de Rome
qui fondent la CPI.
D’ailleurs, beaucoup de pays n’ont pas accepté d’adhérer à la CPI.
Parmi, ces pays qui s’opposent farouchement à la CPI, on peut citer
les Etats-Unis et Israël qui n’ont pas ratifié les statuts de Rome.
De manière très bête et mensongère, les gens disent que la CPI est
dirigée par les américains et les israéliens.
Je voudrais éclaircir ici un point essentiel. Dans le cadre du Soudan,
il faut que les choses soient claires. Lorsque le génocide du Darfour a
atteint son paroxysme, Luisa Arbour, présidente de la commission du Haut
Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies, a envoyé un groupe
de travail composé de 5 spécialistes, choisis sur des bases transparentes,
chargés de faire un rapport sur ce qui s’est passé au Darfour.
Bien sûr que c’est en coordination avec l’Etat soudanais qui a accepté de
collaborer avec ce groupe de travail qui a, à son tour, remis ce rapport à Luisa
Arbour. Cette dernière a envoyé le rapport au Conseil de sécurité
des Nations Unies qui a saisi la CPI.
Le Rénovateur Quotidien : Estimez-vous, à
la suite de ce rapport remis à Luisa Arbour que les faits incriminés au
Président soudanais, Oumar El Béchir, sont fondés ?
Birame Ould Dah : Bien sûr que ce sont des faits fondés ! Il y a des
centaines de milliers de personnes qui ont été tuées au Darfour par
l’armée soudanise et les milices armées manipulées par l’Etat soudanais.
C’est un génocide à caractère ethnique parce que les gens qui sont visés, ce
sont les "Awadis" et les "Aghawas" qui ne
sont pas arabes. On les a éliminés pour mettre à leur place des tribus arabes
qu’on amène du Tchad et d’ailleurs. C’est des centaines de milliers de
personnes qui ont été persécutés.
Le Soudan pouvait ne pas accepter le principe de l’enquête du groupe
de travail. Et, quand un pays accepte de collaborer, il doit assumer. La CPI
est une institution indépendante. Certains disent même qu’elle est contre
les musulmans. En Bosnie, les musulmans ont été massacrés par les
chrétiens orthodoxes et la CPI les a jugés. Ce n’est pas un tribunal
de chrétiens contre les musulmans. Les gens qui se sont attaqués aux
musulmans ont été jugés.
Le Rénovateur Quotidien : Au sujet du
mandat d’arrêt émis contre Oumar El Béchir, tous les pays ne sont pas sur la
même longueur d’ondes. De grandes puissances comme la Chine et la Russie ne
sont pas favorables à l’arrestation du président soudanais. A votre avis,
y’a-t-il de fortes forces pour que la CPI puisse juger Oumar El Béchir ?
Birame Ould Dah : Je suis sûr et certain que le Président soudanais, Oumar
El Béchir, ira devant la Cour Pénale Internationale parce que
c’est la tendance générale dans le monde que les droits de l’Homme vont
crescendo.
Je sais qu’à partir de l’intérieur de l’Etat soudanais et des institutions
soudanaises, il y aura un enclenchement d’un processus d’évolution qui va
aboutir à la chute du régime soudanais et à la livraison de Oumar El
Béchir pour répondre de ses crimes.
C’est valable aussi pour les gens qui se cachent derrière les systèmes de
l’impunité comme ici en Mauritanie où des gens ont commis des crimes
comme l’esclavage, des discriminations contre les noirs toujours victimes de
racisme. Tous les arabes -Mouammar Khadafi, Bachar Al-Assad-
qui soutiennent Oumar El Béchir, un jour ou l’autre, paieront de leurs
crimes.
Propos recueillis par
Babacar Baye Ndiaye
Source
: Le Rénovateur
Quotidien (Mauritanie)
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