A.H.M.E.
INTERVIEW 5:
Interview de Messaoud Ould Boulkeïr Nouakchott-info janvier 2007
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Interview
exclusive, Messaoud Ould
Boulkheir :
Notre dernier entretien remonte au 28 mars 2005
(Nouakchott Info n°752), quelques jours avant la tenue du Forum du RDU (11 avril
2005) et en pleine crise de l’affaire Jabhalla. Depuis lors, Nouakchott Info : M. le
Président, la première question qui nous vient à l’esprit est de savoir le
pourquoi de cette candidature et de son
timing ? Messaoud Ould Boulkheir : S’agissant du premier volet de votre question, je pense que ma candidature est légitime en tant que responsable d’un parti créé pour viser le pouvoir, assumer les hautes charges du pays, la direction de cet Etat. Quant à son timing, j’aurais pu dire que c’est le fait du hasard, car nous étions au sein de la coalition qui voulait voir la possibilité de nous mettre d’accord sur une candidature unique. C’est pour cela que nous nous somme s accordés un délai de réflexion et je dois dire que j’ai ainsi évité d’être l’un des premiers à offrir également l’occasion à mes détracteurs - et Dieu sait qu’ils sont nombreux - de me tirer dessus. N.I. : Vous n’êtes pas sans savoir que cette recherche d’une candidature unique de la CFCD a toujours été un vœu pieu. Non seulement pour les membres de la Coalition mais aussi pour ses militants et qu’en allant en rangs dispersés l’opposition traditionnelle qui a tant mis d’années à supporter les frustrations, la marginalisation, à rester plus ou moins solide, soudée ou accrochée à ses principes et son combat pour être au pouvoir, est en passe de le rater, de le perdre, alors que ses différentes formations ont le même objectif et le même espoir de changement ? M.O. B. : Bon, c’est une approche. Certains considèrent que partir en rangs dispersés dans les élections affaiblit les chances des différents partis qui ont incarné une opposition traditionnelle. Cette vision n’est pas dénuée de tout fondement et je ne pense pas qu’elle soit totalement absolue et qu’aller en rangs dispersés affaiblit les anciens partis plus que les candidats dits indépendants ou toutes les candidatures. Mais que cela peut être aussi source de consolidation, de renforcement de certains et que cette dispersion, notamment ma candidature, porte chance et non le contraire. Mais, objectivement, je pense que vous avez raison et vous avez dit cela : nous n’avons pas réussi à avoir une candidature unique. La raison en cela, il faut la chercher en les délais dans lesquelles, nous cherchons une candidature unique. Autrement dit quand il y a élection, nous y pensons mais nous y pensons tellement tardivement qu’il est très difficile de se mettre d’accord. Or si nous avions pris le temps pour nous mettre d’accord sur une candidature unique, pour dégager les critères, être d’accord sur un programme qui tienne compte de nos différents programmes et donne satisfaction à chacun, je pense qu’on y aurait réussi mais malheureusement on oublie cela jusqu’au moment où l’échéance arrive, on commence à en parler. Alors qu’il fallait le faire bien avant. Je pense que c’est la raison principale qui fait que nous n’y avons pas réussi. N.I. : Je vous le concède surtout que l’on dit assez souvent que les Mauritaniens ne font les choses qu’in extremis, mais, pour en revenir au timing de votre candidature, n’est-il pas plutôt vrai que des propositions d’un poste de Premier Ministre, vous ont été faites pour ne pas être candidat à la présidentielle ?
M.O.B. : Non je ne pense pas. Mais je dois avouer que tous
ceux qui m’ont abordé même parmi les candidats voire parmi les bonnes volontés
soit disant qui prêchent pour une candidature unique, tous me demandaient de ne
pas me présenter et d’accepter éventuellement une fonction qui ne soit pas celle
de président de la République. Parfois je m’interroge franchement pourquoi les
gens me demandent toujours à moi de désister et de choisir les seconds
couteaux ; C’est peut-être congénital, je ne sais pas, mais c’est contre cette
manière de voir, en partie que je me suis investi en politique et que j’essaye
de remettre les choses à leur place. Etre citoyen, c’est être beaucoup, c’est un
honneur car c’est être un citoyen de son pays et d’avoir le droit le briguer
tous les postes. Plutôt que de demander à quelqu’un de s’éclipser, il fallait
faire le parallèle entre les expériences, les chances, les avantages et les
inconvénients des différentes candidatures et pour cela je suis prêt à discuter
et à débattre. Mais seulement qu’on vienne me voir pour me dire d’opter pour une
candidature unique et que tout ce qui n’est pas président et à votre
disposition, vous choisissez, je réponds poliment que la décision ne
m’appartient pas mais au parti dont je conduis la politique, auquel revient le
dernier mot pour décider du mode de sa candidature et que moi, je ne
m’appartiens pas en tant qu’individu. N.I. : En quoi votre candidature d’aujourd’hui diffère-t-elle des autres ou des précédentes ?
M.O.B. : Je pense qu’une candidature est toujours une
candidature. Maintenant dans les attendus ou les attentes, je pense que nous
vivions une période qui était connue pour sa dureté et l’extrême limite des
libertés accordées aux citoyens de s’exprimer, de choisir et de s’investir dans
la politique. A présent que les choses semblent s’améliorer, on est entrain de
revenir à l’effet contraire et on voit une pléthore de candidatures. Ce qui
m’inquiète le plus. Ceux qui, dans les moments difficiles ont essayé de parler,
de défendre la vérité et l’intérêt du pays, de dénoncer, ils sont rares et si
ces gens ne s’investissent pas on risque de ne pas trouver le changement
souhaité et de tomber dans les mêmes erreurs qui ont marqué le pays depuis vingt
ans. C’est pourquoi nous nous retrouvons dans ce combat là pour que les
patriotes, ceux qui sont vraiment jaloux de l’intérêt national et aspirent
réellement à la démocratie et veulent l’instaurer avec un Etat de droit, il
faut qu’ils ne soient pas absents dans cette multitude de candidatures et c’est
en cela que j’ai voulu que ma candidature vienne renforcer les autres car je ne
dit pas qu’elle est la seule.
N.I. : Devons-nous comprendre qu’il y a, dans cette pléthore de candidatures un clan qui est celui de l’immobilisme et un autre qui est celui du changement ?
M.O.B. : Vous êtes libres de l’interpréter comme vous
voulez mais je ne cite personne en particulier, je dis très sincèrement que
dans cette multitude de candidatures déjà annoncées et que nous connaissons,
rares sont ceux qui ont été connus au niveau de l’opinion mauritanienne comme
des politiques qui s’investissent dans la vie active du pays et dénoncent ce qui
ne va pas, qui essayent de corriger les erreurs. Ils ne sont pas nombreux. Je
dis que si on laisse les candidatures à la merci de ceux qui ont toujours fait
profil bas, qui ne se sont jamais exprimés pour défendre les intérêts suprêmes
du pays, qui n’ont jamais rien dénoncer de ce qui se fait de mal durant vingt
ans, qui, pour des raisons ou pour d’autres ont gardé le silence, on parfois
même applaudi et soutenu ce qui se faisait, je dis que la Mauritanie ne mérite
pas cela et que ceux qui ont eu le courage de défendre le pays, de dénoncer ce
qui ne va pas, il faut également que ces gens-là aient voie au chapitre, je
pense que c’est un droit. Que vous qualifiez les uns de progressistes ou pas,
c’est votre droit mais moi, en tout cas je parle de faits que je constate.
N.I. : Oui, mais n’oubliez pas que c’est votre slogan «l’espoir du changement» qui incarne ce clan ?
M.O.B. : Je ne dis pas que je l’incarne seul et je le dis
haut et fort très sincèrement, mais je dis que si les Mauritaniens aspirent au
changement véritable, ils doivent soutenir ma candidatu re car je suis celui qui
incarne le plus ce changement dont a besoin la Mauritanie, même si d’autres
peuvent également l’incarner.
N.I. : Les résultats des élections sénatoriales rendus publics hier soir montrent la déroute de la CFCD et la montée des Indépendants qu’en pensez-vous ?
M.O.B. : Je fais le commentaire suivant : cela est du à la
précarité de la coalition que nous avons créée et je remarque cela surtout au
niveau de Nouakchott où nous étions la première force au niveau des
municipales. Nous avons engrangé le plus grand nombre de conseillers et ce
sont les indépendants ou les partis hors la Coalition qui l’emporte aux
sénatoriales. Donc on pouvait espérer qu’avec le nombre de conseillers que nous
avons, nous gagnerions au moins six des neuf sénateurs de Nouakchott. Mais
contre toute attente, nous n’avons pu avoir que trois. Cela veut dire quoi ? Eh bien que nous avons eu beaucoup de défections dans nos rangs, que certains n’ont pas joué le jeu de voter pour la Coalition et je conçois parfaitement que l’argent a beaucoup joué, que l’on a acheté les consciences et les votes des uns et que ceci ne dois pas être tout simplement mis à l’actif des listes Indépendantes. Je soupçonne, moi, le pouvoir de s’être tout à fait investi pour couper les jarrets à cette coalition qui semblait prendre des proportions inattendues malgré tout ce qui a été fait pour saper les assises des partis politiques en suscitant les candidatures indépendantes. Et comme cela n’avait pas réussi une première fois, il fallait que cela réussisse la deuxième fois et le pouvoir et tous ceux qui gravitent autour de lui ont mis le paquet pour acheter les consciences des conseillers et aboutir aux résultats que nous connaissons. N.I. : M. le président, au niveau de Nouadhibou votre parti avait déjà connu ce mauvais tour, lorsque le report des voix n’avait pas été fait pour le candidat le mieux placé de la CFCD et qui a fini par perdre la mairie, qu’en est-il ? M.O.B. : C’est une histoire tout à fait simple. Nous avons signé des accords électoraux au sein de la CFCD comme quoi le premier d’entre nous est soutenu par les autres. Mon parti est un parti de principes loin des magouilles et des coups fourrés et comme un autre parti nous a devancé, notre devoir était de le soutenir. Malheureusement, nous avons eu quelques cadres qui n’ont pas suivi pour respecter ce mot d’ordre et je dois dire qu’ils ont été encouragés par tous les autres partis de la Coalition qui les ont incité à se présenter pour dire qu’ils ne soutiennent pas le candidat du parti qui est venu en avant, mais ce n’est pas une raison et nous avons écrit au Wali pour lui dire que notre parti ne brigue pas la mairie et que ceux qui le font ne sont pas des nôtres et nous n’y avons rien à voir. Le parti s’est réuni et il a sanctionné en toute âme et conscience ceux qui ont agit ainsi. Il y a eu des exclusions et nous considérons que la mairie actuellement n’est pas gérée par l’APP car nous tenons avant tout au respect des autres. Cela a créé pour nous des problèmes car on m’a accusé moi de frustrer la base d’une municipalité qu’elle cherchait depuis longtemps (la préférant aux beydanes plutôt qu’aux haratines). Donc tout le monde s’est levé contre nous et lorsque nous avons envoyé une mission sur place elle a été agressée verbalement et on a même voulu la violentée. N.I. : Pour en revenir à la présidentielle, on présente certains candidats comme étant sous le manteau du Pouvoir. C’est une rumeur grave qui fausse le jeu au départ, qu’en dites –vous ?
M.O.B. : Bien sûr que cela fausse le jeu. Même si on fait
circuler de telles rumeurs de manière mensongère, cela aura son influence sur
l’électorat sachant que notre électorat pense que le devoir est de faire ce que
les autorités demandent de faire, à plus forte raison, je pense que ces rumeurs
ne sont pas infondées, qu’il y a des choses qui confirment que se ne sont pas
des fausses rumeurs, qu’il y a eu des contacts réels de certaines autorités du
CMJD pour dire qu’il faut voter dans tel sens. On a essayé de luire le blason du
candidat du CMJD au détriment du noircissement d’autres candidatures et nous
pensons que ce n’est pas juste. Et si des choses doivent être reconnues pour une
armée de métier qui se respecte, c’est que l’officier tient à sa parole. Si on
passe à côté, c’est malheureux. S’agissant de notre transition, cela l’entache
forcément. Cela l’avait déjà entaché une première fois quand les candidatures
indépendantes ont été suscitées, ce qui a contribué à une situation où il est
difficile de gérer le Parlement où il n’y a pas une majorité claire qui se
dégage, pas de frontières définies entre les parlementaires qui ont été élus
dont on ne sait ni qui est progressiste ni qui est réactionnaire, de droite ou
de gauche. C’est vraiment la meilleure manière d’arriver à ne rien gérer du
tout. De même que ces municipalités où il n’y a aucune majorité qui se dégage
quelque part, on a éclaté ces majorités de manière volontaire pour que les
communes soient ingérables. Ce que je constate, c’est que le CMJD qui est venu
soit disant instaurer une démocratie, nous a créé une situation d’ingérabilité
des institutions que ce soit les mairies ou le Parlement et même la présidence.
je ne sais si on a encore le temps, je demande aux autorités de revenir à la
raison pour terminer en beauté, s’ils veulent réellement partir et non pas
prolonger leur mandat.
N.I. : Qu’en est-il de cette idée de prolongation du mandat du CMJD ?
M.O.B. : Je reviens d’une visite au Hodh Charghi où j'ai
entendu parler de marches qui vont être organisées là-bas et à Nouakchott pour.
On m’a demandé de rentrer car le président du CMJD rencontrait les présidents
des partis politiques et on a demandé après moi. C’est vrai, j’ai entendu donc
parler de l’organisation de marches de soutien pour la prolongation au pouvoir
du CMJD mais je constate qu’il n’en est rien. D’ailleurs dans mon discours de
candidature présidentielle j’ai abordé cela pour dire aux militaires de
respecter leurs engagements et je pense que personne n’a le droit de décider
pour les Mauritaniens pour choisir qui doit les diriger.
N.I. : Une dernière question : Si Messaoud est au deuxième tour, ce sera avec qui ? Ou s’il n’y est pas qui soutiendra-t-il ?
M.O.B. : Non, je ne veux pas jouer à ce jeu-là, surtout
que la prophétie n’est pas reconnue comme assez courante chez les Messaoud ou
les M’barkate (rires). Depuis longtemps j’avais émis des réserves sur la
conduite de cette transition et que je voulais bien accompagner les militaires
mais pas à n’importe quel prix. Au fur et à mesure que les choses avançaient,
les gens ont remarqué que j’avais raison de ne pas donner un chèque en blanc aux
militaires. Maintenant ce que je peux espérer pour la Mauritanie, c’est que ceux
qui passent au deuxième tour soient les meilleurs pour la Mauritanie. Et si
Messaoud n’est pas au deuxième tour, il essaiera en son âme et conscience et
compte tenu de l’expérience qu’il a de la Mauritanie et des Mauritaniens de
choisir le meilleur candidat pour la mauritanie.
Propos recueillis par Mohamed Ould Khattat __________________________________________________________ |
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