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Bios Diallo face à Birame
Ould Dah
Dans notre édition du 19 janvier, N°24, nous avions reçu dans notre rubrique
Face à… le député Mohamed El Moktar Ould Zamel. Dans un débat, à bâton
rompu, l’homme politique et ancien ministre parla de tout. Et de… sa vision
de l’esclavage chez nous. Un sujet, on le sait, polémique.
Dès le lendemain de la parution du journal, et sa mise en ligne sur le Net,
un groupe d’hommes se disant anciens esclaves et Hratin nous fait état
de sa vive colère : au téléphone et d’aucuns nous rendront même visite ! «Comment
pouvez-vous ouvrir vos colonnes à un homme qui nie la réalité de l’esclavage,
et la marginalisation des cadres hratin ?
Nous, nous pouvons vous prouver qu’il existe encore des esclaves dans ce
pays, disent-ils. Nous, qui sommes-là, nous sommes toujours des esclaves,
puisque considérés comme tels. Et beaucoup de nos fils sont là, avec les
diplômes qu’il faut, mais peinent à trouver leur place à cause de leur statut
!»
Après de longues discussions, la rédaction décide de leur accorder la
parole. Mais, pressés de voir leur «droit de réponse» publié, puisque
cette rubrique Face à … est tous les quinze jours, ils réagissent sur le Net
et dans la presse arabe. Ils désignent par contre leur porte-parole, le très
activiste Biram Ould Dah Ould Abeid, pour notre rencontre.
Ce professeur de français, qui a depuis déserté le chemin des classes pour se
consacrer «à la libération des esclaves et Hratin», est sur tous les
fronts. En Mauritanie et à l’étranger où il est régulièrement invité.
Au moment où nous publions cette interview il se trouve en tournée européenne
qui le conduira en Italie, en Suisse et en France où il
co-animera avec l’écrivain franco-algérien Malek Chebel une conférence
sur Islam et esclavage au CAPE, le 17 février.
Souvent décrié, mais redouté pour ses coups de gueule par moment impulsifs
selon certains, ce Chargé de mission auprès du président de l’organisation SOS-Esclaves,
Conseiller du président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme,
et par ailleurs membre du Bureau exécutif de l’organisation Arabe des
droits de l’Homme, nous a reçu à son bureau 3 jours après la visite des
siens. L’entretien est tendu.
Esclavage, L’incertain combat.
Le Commissariat aux droits de l’homme, à
l’Action Humanitaire et aux Relations avec la Société Civile, vient de lancer
une campagne de sensibilisation sur ce qu’il appelle les séquelles de
l’esclavage. Une bonne nouvelle, pour vous !
Biram Ould Dah Ould Abeid : Bon, cela dépend de ce que vous entendez
par bonne nouvelle ! L’institution que la junte militaire appelle
Commissariat aux Droits de l’Homme, et ce qui suit, s’active depuis quelques
semaines en effet dans le cadre d’une campagne générale. Pour moi, cette
campagne est simplement démagogique et électoraliste. Je veux dire d’une
évidente légèreté.
Pourquoi ?
Soyons sérieux, si les gens voulaient faire quelque chose de conséquent, ce
n’est pas avec un montant de un milliard quatre cent millions de nos ouguiyas
[1 400 000000 UM], annoncé par le Commissaire, qu’ils allaient s’afficher !
Cette somme est on ne peu plus dérisoire, voire ridicule. Car ce taux ne
saurait venir à bout de la détresse matérielle et morale multiséculaire de
plus de la moitié de population mauritanienne, j’ai nommé les Hratin.
Je constate alors que le pouvoir, qui affiche son déni et son négationnisme
n’a ni les aptitudes morales, ni idéologiques, encore moins politiques, qui
lui permettraient de se départir d’une position anachronique qui l’a toujours
maintenu dans l’observation des faits, et jamais de les combattre. Je doute
donc qu’il puisse prendre à bras-le-corps une légitimité qui n’attend que son
feu vert.
Je n’invente rien. On constate tous les jours des pratiques esclavagistes
d’un autre âge. Quand bien même il arrive que la presse titre sur les faits à
ses Unes. Puisque l’ignoble oppression, dont sont victimes ces Mauritaniens
d’une certaine zone, ne se cache pas toujours. A cela il faudra ajouter des
procès des victimes devant des tribunaux. Moments bien entendu douloureux,
malgré le manque de considération qu’on accorde à la chose.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, ces vexations ne feront qu’alimenter les
tensions sociales. Dans les centres urbains, et le monde rural, sur fond de
lutte des classes se cristallisant sur les captages d’héritage, la
séquestration de femmes et d’enfants, le travail sans salaire,
l’expropriation foncière, le viol légalisé et ou sacralisé… . Je cite là des
faits répréhensibles qui sont entrain de dresser des populations, qui
devraient être les mêmes, les unes contre les autres. Voilà pourquoi, à la
lecture de tout ceci, je ne peux être d’accord avec des autorités
réfractaires au changement.
Pour vous rien de rassurant, jusque dans les
termes posés ?
Absolument ! Très mal même. En ce sens que c’est la position traditionnelle
des bourreaux, donc des segments esclavagistes. Je m’adresse surtout aux
personnes se trouvant au sein des cercles du pouvoir décisionnel. Ceux-là
même qui veulent continuer à cacher l’esclavage, et assurer l’impunité à ceux
qui ne peuvent pas s’en départir à cause de leur mode de vie qui s’y base.
Voilà comment on invente des pièces de théâtre à puzzle pour désinformer et
faire le change devant l’opinion publique internationale.
Qu’est-ce qui vous gène, dans cette campagne ? Le fait de n’avoir pas été
associés ?
Nous ne sommes pas gênés, c’est le Commissariat qui est gêné par la réalité
implacable. Puisque nous, nous sommes implantés depuis de longues dates sur
le terrain. Et la scène internationale, non plus, ne constitue aucun mystère
pour nous. Observateurs et organismes préoccupés par la défense des droits
humains, nous prennent en compte. Agir, en nous ignorant, c’est partir,
d’avance, sans aucun crédit. Tant avec les victimes, que face aux
institutions ciblées. D’autre part, pour que nous nous associons à une
entreprise, il faudra que celle-ci émane de qui de droit et de mon point de vue
l’acteur en présence est un intrus.
Selon les autorités, vous ne faites qu’utiliser injustement la misère
d’autres. Sans qu’on ne puisse réellement vérifier vos allégations. C’est ce
que les gens en cours d’arguments croient savoir. Et ils le soutiennent comme
intox pour discréditer ma personne, et celle des gens qui travaillent avec
moi. Ce qui ne m’empêchera pas de dire que les autorités ont été depuis
toujours sous l’emprise et l’influence des forces féodales et esclavagistes.
Donc elles ne pourront jamais être objectives, car on ne peut être juge et
partie.
Ceci dit, les organisations Sos-Esclaves, l’Association des Femmes Chefs de
Familles, la Commission Nationale des Droits de l’Homme et le Forum des
organisations nationales des droits de l’homme [Fonadh, ndrl] savent de quoi
je parle. Puisqu’elles reçoivent régulièrement dans leurs locaux des dizaines
de victimes de pratiques esclavagistes.
Et il n’échappe à personne que des membres des autorités judiciaires,
administratives et sécuritaires font régulièrement fi des procès verbaux
confirmant ces pratiques. Mais, malgré toutes ces entraves aux lois, des
missions d’organisations sous régionales, régionales et internationales
spécialisées, traquent sans cesse ces horreurs.
L’ampleur du phénomène est là, et les victimes toujours victimes. Ce qui fait
mal dans tout ça, ce sont les tentatives des pouvoirs publics, et des groupes
dominants, à vouloir cacher la pratique et d’en faire un sujet tabou. Donc
rien qui facile l’éradication du phénomène. Je dirai même que l’esclavage
reste une réalité très banale dans nos différentes communautés
mauritaniennes.
Très concrètement où trouve-t-on ces
esclaves, dont vous ne cessez de parler ?
Ces esclaves, vous les connaissez. Vous les voyez ! Aucun Mauritanien ne peut
dire qu’il ignore leur existence. Ils sont dans la campagne, et ici à
Nouakchott avec leurs maîtres dans les quartiers chics. Chics, pour leurs
propriétaires bien entendu ! Tout comme dans d’autres grandes villes du pays.
Ils sont des domestiques, sous les tentes de leurs maîtres, et quand c’est
dans la lointaine brousse ils sont derrière les troupeaux de ceux-ci.
Et ils sont des travailleurs sans propriétés et sans salaires. Ils triment,
épuisent leurs forces dans les domaines terriens de féodalités tribales et
théocratiques. Une fois de plus, si cela se perpétue, c’est avec la
bénédiction des différents pouvoirs qui se sont succédés en Mauritanie. Pour
remonter plus loin, je dirai même depuis la colonisation.
J’ai entendu quelqu’un dire, dans votre bureau,
qu’il fallait déposer une plainte contre le colon français ! Pourquoi ?
Ben, comme vous le savez, avant la colonisation, les aristocraties guerrières
ou théocratiques, arabo-berbères et noires, dans la contrée qui s’appelle
maintenant la Mauritanie, avaient fondé un mode de vie basé sur l’esclavage.
Ce mode ignoble bénéficiera d’un traitement de faveur de la part du pouvoir
colonial. C’est pourquoi nous estimons que la France a été complice et
qu’elle peut être poursuivie !
Mais…
Mais quoi ? Il a été prouvé que les traités que les chefs Maures ont pu
obtenir des Français contenaient des closes stupéfiantes. Bien que non
écrites, ces clauses, permettaient aux premiers de garder leurs esclaves sans
être inquiétés. C’est donc de la complicité.
Que faites-vous à présent ?
Ce qui nous avons toujours fait, à savoir œuvrer, sans relâche, à
l’affranchissement des victimes. Nous avions libéré, à Sos-Esclaves,
certaines. Des gestes d’audace jusqu’à la barbe de certaines autorités à
Atar, Nouakchott et ailleurs dans ce très vaste territoire de plus d’un
million de kilomètres carrés qu’est la Mauritanie. Ces nouveaux libérés sont,
ici à Nouakchott, chez Boubacar Messaoud et chez moi.
Qu’est-ce qui empêche aux esclaves de recouvrer leur liberté ?
Plusieurs paramètres…Nous pouvons citer, pour commencer, le manque de volonté
des maîtres arabo-berbères qui usent à leur guise des leviers de commandes.
Et ne se cachent pas de leur volonté farouche à continuer de se tailler une
main-d’œuvre gratuite conformément à leur mode de vie qui perdure au
détriment des principes des droits de l’homme et du respect du droit
international.
Cette mauvaise volonté se traduit par le déni dont usent également des gens
comme l’ancien ministre et député, Mohamed El Mokhtar Ould Zamel, l’obscur
avocat Ould Ichidou, ou encore Kaber Ould Hammoudi, directeur de cabinet du
Président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et ex-directeur général de la
Radio-Mauritanie. Tousces gens sont des chantres et idéologues au même titre
que d’autres dans l’ombre ou connus de la scène étatique!
Ce n’est pas une preuve que…
Que si quand même ! Si on a des gens comme ça, sensés défendre les droits de
l’homme et qui en tordent les premiers le cou comment voudrez-vous que des
avancées s’opèrent ? Ensuite arrive l’impunité dans laquelle baignent les
criminels. Les différentes lois, restées inappliquées, n’ont pu produire
aucun effet dissuasif à cause de ces complicités.
Un troisième point, non moins choquant, est le fait que les autorités n’ont
jamais accepté de donner un investissement économique digne de ce nom aux
esclaves afin de leur faire prendre la route vers l’affranchissement. Car on
ne peut être libre sans moyens économiques. C’est l’économie qui tient les
gens en esclavage!
Voilà pourquoi, démunis de tout, les esclaves songent peu à leur liberté.
C’est ce qui se cache derrière la réalité des propos, lorsque des gens vous
disent que leurs esclaves sont attachés à eux et ne veulent en aucun cas les
quitter ! C’est faux, c’est juste qu’ils n’ont pas les moyens de leur
émancipation. Donc ils restent là, pour leur survie. Pendant ce temps ils
perpétuent la suprématie du maître. Quatrième point, et non des moindres, ce
qu’on pourrait associer à une révolution culturelle.
Voilà un autre segment d’hypocrisie et de malhonnêteté à couper le souffle,
et qui prend pour tribune les médias (ceux de l’Etat en particuliers), les
espaces religieux, à savoir les mosquées, les partis politiques et les
organisations de la société civile. Toutes ces voix, que je viens de citer,
participent à une campagne permanente de désinformation. Jusque dans les
écoles. Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre des programmes scolaires,
à savoir la déconstruction idéologique de l’esclavage. Et l’on s’adosse à la
religion, qui devient un facteur de légitimation. Alors que, aux dires de
certains, la religion est contre l’oppression d’un homme par son semblable !
Vous dites, souvent, qu’en cas de litige la
parole de ces esclaves n’est jamais prise au sérieux. Au tribunal, c’est la
leur contre celle du maître.
Et les jeux toujours faits. Les plaintes des victimes des pratiques
esclavagistes sont toujours cachées, ignorées et dénaturées par les autorités
administratives et judiciaires. Car administrateurs, magistrats et officiers
de polices judiciaires, à l’instar du clergé national, sont recrutés dans les
milieux obscurantistes et esclavagistes. Et ceux qui ne sont pas de nature de
cette trempe subissent une cure d’amaigrissement humain pour les mettre au
dressage. Ce qui les rend désormais programmés à la tache, ne jamais se
ranger du côté des esclaves. Tout cela est méchant et inhumain.
[Un moment de souffle. Il transpire, malgré le temps doux]. Il est de
notoriété publique que les dizaines de cas d’esclavage avéré, qui ont été
portés devant les autorités par nos soins, les victimes et la Commission
Nationaledes Droits de l’Homme, la CNDH, n’ont jamais bénéficié des enquêtes
préalables nécessaires. Au contraire, cela a toujours été l’occasion pour les
autorités de nous stigmatiser ; reléguant ainsi volontairement les crimes
d’esclavage que nous exposant comme étant des affublements.
Ainsi tous les cas d’esclavage, agricole ou de servitude foncière, qui ont
été dénoncés ce sont terminés par la victoire des maîtres devant la justice
et l’administration. Dans cent pour cent des cas les esclaves ont été
déboutés. Ceci ne peut se produire que lorsque nous sommes face à une justice
dirigée, ethniquement partisane.
L’esclavage n’est pas l’apanage de la seule communauté, non ?
Oui, l’esclavage existe aussi dans les autres communautés noires du pays.
Mais cela est loin d’être comparable avec ce qui se pratique chez les
Arabo-berbères. Chez les Peuls et les Soninkés cela est moins rude, et plus
culturel. Or là ce sont de rudes brimades et physiques et psychologiques.
Victimes, nous sommes neutralisées par un système qui conjugue insulte et
répression. Nous ne baisserons pas pour autant les bras ! C’est pourquoi
aussi nous continuerons à user de l’arme qui nous soit accessible, la
dénonciation. A toutes les échelles, nationale et internationale.
Plusieurs projets et financements ont été, régulièrement, alloués à ces…
laissés-pour-compte. N’avez-vous pas, sincèrement, l’impression que même les
leurs se préoccupent peu de leur sort si ce n’est…
Je sais qu’on raconte n’importe quoi au sujet de ces pauvres. Que nous autres
ne sommes que des activistes, oeuvrant pour nous-mêmes ! Je demeure cependant
certain que les financements on en parle plus sur le papier qu’on en voit sur
le terrain. Ces projets, dont on parle à chaque fois, ne vont jamais vers les
véritables cibles. Et parmi les preuves, je m’empresserai de citer d’abord
Ould Dadde lui-même, Commissaire aux Droits de l’Homme, qui prétend que
jamais l’Etat mauritanien ne s’est intéressé à ces laissés-pour-compte. Un
pied de nez à ses prédécesseurs ?
Il y a aussi le rapport d’un éminent consultant de la Banque Mondiale,
Pierter Smiths qui, en 2002, démontra à partir de sa connaissance du terrain,
comment les chiffres de cette institution et son argent de la lutte contre la
pauvreté sensé être destiné aux esclaves ne faisaient que le bonheur de
certains groupes esclavagistes. Car c’est dans leurs poches que se
retrouvaient les financements.
Ainsi, pendant qu’ils grossissaient leur cheptel, les misérables esclaves eux
continuaient à labourer et à s’occuper de troupeaux ! C’est ça la vérité et
la vie d’un esclave dans ce pays où sa place est dans les champs à réaménager
des domaines cultivables ; pendant que le maître sirote, à l’ombre, son thé
et planifie les dividendes de ses avoirs. Il saute à l’œil aussi que les
esclaves sont d’une manière systématique exclus de la redistribution
économique des richesses du pays parce qu’ils sont éjectés des réseaux de
solidarités tribales qui se partagent le pouvoir, l’argent et les terres.
Cet éloignement institutionnalisé de cette couche pauvre et paupérisée se
ressent aussi à travers l’exclusion de ses cadres et diplômés. Ces derniers
peinent à trouver leurs places, repères, d’où l’impossibilité à intégrer les
vrais appareils de l’Etat. Ils sont rarement visibles dans les centres de
décisions. Qu’ils soient esclaves ou Hratins, ils ne sont qu’une infime
minorité à se faire repérer, et le plus souvent pour jouer le jeu de dupes !
Les bourreaux de leurs ancêtres les considérant toujours comme des moins que
rien !
Les autorités actuelles affichent une nouvelle ambition. Elle pourrait
dépasser les précédents discours. Les autorités actuelles ne peuvent en aucun
être à l’origine de l’entame véritable d’une politique d’abolition de
l’esclavage et de l’éradication de ses séquelles. Et ce pour plusieurs
raisons. La première est celle des conditions même de leur apparition. Nous
savons tous que le pouvoir issu du 6 août peine à obtenir d’adhésion des
justes, de certaines forces politiques également. Surtout les personnes qui
tiennent rigoureusement à l’Etat de droit et qui se sont battues sur ce front
depuis des décennies.
Et vous ne pouvez perdre de vue que la junte militaire n’a aucun répit lui
permettant de s’atteler à autre chose qu’à sa légitimité. Elle est acculée de
toutes parts. Certes elle multiplie les promesses, mais j’ai fort peur que
celles-ci ne se révèlent lamentablement démagogiques, et au service
médiatique simplement. Surtout pour le règlement d’un problème aussi
structurel que l’esclavage et ses séquelles. Bon, peut-être qu’il franchira
les embûches, et ce sera une heureuse surprise. Je dis ça, avec la presque
certitude que c’est impossible, d’autant plus que les groupes réfractaires
aux traitements de cette question ont repris du poil de la bête, après le
coup d’Etat pour être les principaux soutiens de ce dernier.
Quels sont vos rapports avec les différents partis politiques
? Est-ce qu'il y en a qui prennent en charge vos revendications?
J’éviterai de généraliser. Mais moi, en tant que personne, j’ai des liens
réels avec des partis politiques, tout comme de forts rapports avec certains
hommes politiques progressistes. Il va s’en dire, évidemment, que le premier
d’entre eux est Messaoud ould Boulkheir. Mes rapports avec ce dernier sont
d’abord empreints d’admiration pour le combat que l’homme a de tout temps
mené et porté. La trajectoire de son combat et la constance de ses positions
sur toutes les questions. J’admire en Messaoud, aussi, le fait qu’il ne se
départit jamais de sa culture de l’honneur, garde sa dignité.
Et croit particulièrement en l’unité nationale de la Mauritanie. Sa parole,
même devant le fer rouge, ne change pas. Contrairement à une grande majorité
de nos hommes politiques, notabilités tribales, personnalités religieuses et
autres. Lui n’est jamais volatile. Voilà pourquoi il force le respect.
En dehors de l’Alliance Populaire Progressiste, l’APP de Messaoud donc, je
reconnais et apprécie d’autres formations politiques. Je pourrais situer les
Forces de Libérations Africaines de Mauritanie, FLAM, TAWASSOUL, le mouvement
Conscience et Résistance, et enfin l’Union des Forces du Progrès, UFP. Je
considère que toutes ces mouvances font partie, plus ou moins, du mouvement
abolitionniste mauritanien.
Vous n’avez tout de même pas l’air d’être
satisfait des partis politiques.
Je leur suis reconnaissant, pour la sympathie de certains. Mais je reste, en
effet, insatisfait de leur apport qui aurait pu être plus important. Et
surtout que à chaque fois que d’aucuns ont fait des gestes, c’était pour des
démarches politiques, voire électoralistes. Ils y voient donc un probable
palier pouvant conduire au pouvoir ! Or, pour moi, pour qu’un apport demeure
significatif et efficace, il doit éviter les invitations électoralistes. Un
combat doit rester permanent, et non avancer par saccades.
Et l'esclavage, compte tenu de ses formes ignobles, mérite un sacrifice
désintéressé. Surtout si l’on aspire à une société juste. Or, ici en
Mauritanie, cette pratique ronge, mine, l'unité nationale. Il est nécessaire
de saper tous les symboles des aristocraties tribales et surtout
théocratiques, notre version locale du rite malékite. Lequel est foncièrement
esclavagiste et discriminatoire.
Lors des étaux généraux, un document dit
Conscience Hratine a été distribué aux visiteurs. Vous reconnaissez
dans ses revendications?
Je vais peut-être vous surprendre. La rhétorique de ce document est si tiède
que je ne m’y reconnais pas ! Quand bien même je soutiens le contenu. Sans me
cacher, également, je considère que cette démarche de publier des
statistiques, pour montrer la réalité des choses, doit être poursuivie. Et
ses auteurs, les initiateurs, devront assumer jusqu’au bout ce qu’ils étalent
sur la place publique. Comme ça, plus personne ne pourra dire je ne savais
pas. Je fustige par contre l’attitude de ceux parmi eux qui tentent de se
dérober ou d’entreprendre par lâcheté un mouvement de volte-face face à la
colère des tenants de l’assujettissement et de l’instrumentalisation des
cadres Hratin.
Franchement, est-il vrai que les Hratins soient exclus, marginalisés?
Les Hratin sont-ils marginalisés ? Ça saute à l’œil nu, pour tout étranger
qui débarque en Mauritanie, à plus forte raison pour les nationaux que nous
sommes. Ne nous voilons pas la face. Et je maintiens que je n’exagère rien !
Au contraire, je crois que je suis modéré, voire doux dans mes propos. Il
suffit de voir les vrais scénarios de vie dans lesquels les esclaves sont
confinés. Ce qui m’afflige, c’est qu’il y a une sorte de cécité, dans ce
pays, qui pousse tout le monde à se refuser à voir les choses qui crèvent
l’œil ! [Il arrête de parler et fait quelques tours le long de son bureau].
Soyons sérieux…
Que pensez-vous des prochaines élections de
juin?
Je préfère, franchement, ne pas évoquer cette farce.
Pourquoi ?
Le sujet ne m’intéresse pas. J’ose espérer simplement que les gens ont tiré
des leçons de l’élection de Barak OBAMA, aux Etats-Unis. Cela est valable
pour tous les pays non démocratiques. Et pour m’en tenir à la réalité qui est
la nôtre, je vous laisse le soin de deviner le scénario qui pourrait faire
trembler. Bref, le message est là. Mais pas question d’inviter à une
quelconque violence. Tout doit se faire par la simple voie des urnes, de la
démocratie. La lutte pacifique.
Propos recueillis par Bios Diallo
Source : Al Mourabit (Mauritanie), N°27 du 11 février 2009
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