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Mohamed ould Maouloud, le
président de L’UFP à Biladi
A
La veille de l’arrivée du président Sidi Ould Cheikh Abdellahi à Nouakchott
après un exil de quelques mois chez lui, nous avons rencontré le président de
l’UFP, Mohamed Ould Mouloud. Il nous a parlé de tout : du FNDD, son
bilan, des militaires, des perspectives pour le pays… Il semble croire dur
comme fer à l’échec inéluctable du putsch.
Biladi : On n’entend plus parler du front, est-ce la preuve d’un
signe d’essoufflement ?
Mohamed Ould Maouloud (M.O.M) : Je ne sais pas ce qui
vous permet de parler d’essoufflement.
Il
est vrai que, ces deux dernières semaines, le front a, délibérément, réduit
ses activités propres pour donner priorité à la mobilisation contre
l’agression israélienne à Gaza. Un événement mondial qui occupait les esprits
et l’ensemble des forces politiques, particulièrement dans le monde arabe.
Dans le même temps, le Front déployait ses efforts pour réorganiser ses
forces pour la période à venir. Le front est, aujourd’hui, prêt à passer à
l’étape suivante de sa stratégie destinée à faire échec au putsch.
B : Est-ce qu’il est vrai que Sidi Ould Cheikh Abdellahi a
l’intention de prendre de nouvelles initiatives comme l’affirme un discours
qui circule aujourd’hui sur bon nombre des sites électroniques ?
M.O.M : Le président a décidé de rentrer sur Nouakchott aujourd’hui. Et
certainement ce sera pour lui l’occasion de préciser les nouvelles
orientations qu’il compte donner pour la restauration de l’ordre
constitutionnel. Il est donc bon de patienter les heures qui nous en sépare
pour savoir si le discours divulgué est bien le sien.
B : Le Front ne perd-il pas des points à l’étranger surtout que
certains ambassadeurs européens semblent désormais tolérer le coup d’Etat
survenu le 6 août dernier à Nouakchott ?
M.O.M : Les postions qui connues : l’échec du putsch et la restauration
des institutions issues des élections de novembre 2006 et mars 2007, en
particulier l’institution présidentielle. Et cette position continue d’être
celle de la communauté internationale qui, le 22 décembre dernier, a adressé
un ultimatum à la junte qui expire le 5 février. Dans sa déclaration le
conseil de paix et de sécurité de l’UA a précisé qu’il ne reconnaît comme
autorité légitime en République islamique de Mauritanie que le président Sidi
Ould Cheikh Abdellahi et son gouvernement. Je pense qu’aujourd’hui la
position de la communauté internationale vis-à-vis du coup d’Etat est donc
claire. Le danger pour nous réside dans l’entêtement de la junte qui est en
train d’entraîner le pays vers l’isolement international (économique,
diplomatique… ), sans se préoccuper du coup social et économique sur notre
peuple. La junte sait très bien que si elle continue à chercher à s’imposer,
la communauté internationale ne va plus accepter de collaborer avec elle, ne
va plus accepter de lui faire confiance en termes d’investissements et
d’utilisation des aides destinées au peuple mauritanien.
Il
est nécessaire que les forces vives du pays lui fassent comprendre que nous
ne pouvons pas accepter qu’elle soit un obstacle aux intérêts supérieurs de
la Nation. Que l’agenda personnel du général constitue l’obstacle fondamental
à la normalisation de la vie politique et de nos relations avec la communauté
internationale. Et ce message doit parvenir aux militaires à travers toutes
les forces vives du pays. Ceux qui applaudissent pour cet agenda doivent
savoir qu’ils l’applaudissent pour la ruine de la Mauritanie et sa
déstabilisation. Pour revenir à votre question, il ne faut pas comprendre au
premier degré les déclarations récentes de certains ambassadeurs, les nuances
qu’ils comportent ne peuvent pas en dernière analyse s’inscrire en porte à
faux par rapport à la politique officielle de l’UE et leurs pays vis-à-vis du
coup d’Etat. Il doit surtout s’agir de prospections pour les voies de sortie
de crise.
B : Est-ce qu’un compromis est aujourd’hui envisageable entre le
Front et la junte ?
M.O.M : Chaque fois qu’il y a une crise, chaque fois qu’il y a un conflit,
il y a deux solutions possibles : la négociation ou l’épreuve de la
force, parfois les deux ensemble. Depuis le début, la junte veut régler le
problème par la force. La preuve en est que depuis plusieurs mois elle
interdit au FNDD et aux syndicats toute manifestation. Pire, elle est allée
dans le sens de l’escalade jusqu’à arrêter le premier ministre Yahya Ould
Ahmed El Waghf, le ministre de la fonction publique et un conseiller
principal du président Sidi Ould Cheikh Abdellahi et d’autres personnalités
opposées au putsch. Autant de provocations ouvertes pour une confrontation.
Sur le plan des libertés publiques, non seulement les manifestations sont
interdites mais, même l’expression dans les médias, est risquée. L’ancien
ministre Isselmou Ould Abdel Kader a été emprisonné parce qu’il a exprimé son
opinion lors d’un débat télévisé. Le journaliste qui animait le débat a été
licencié et le directeur de la TVM limogé. C’est vous dire que la junte veut
faire taire les voix qui s’expriment contre le coup d’Etat à l’intérieur.
Elle a utilisé tout le temps que lui accorde la communauté internationale,
non pas pour ouvrir des négociations ou pour chercher un règlement de la
crise née du coup d’Etat, mais pour essayer de faire taire les voix qui sont
contre le putsch, en utilisant la répression et la corruption. Leur conseil
des ministres n’a plus d’occupations que de limoger certains fonctionnaires
pour nommer à leur place des inconditionnels proches de certains
parlementaires ou des membres de la junte. Ces derniers jours des bus entiers
de nervis ont été incité à jeter des pierres contre le domicile du président,
agissement qui relève de tournures d’esprit totalement étrangères à nos
traditions politiques et à nos traditions tout court.
Pour
sa part le FNDD entend continuer son combat par des moyens pacifiques et
politiques. Et malgré toutes les provocations de la junte, nous entendons à
cette ligne, la plus appropriée à la fois pour combattre le putsch et pour
préserver l’ordre public. Nous sommes conscients en effet que bien des forces
centrifuges, bien des intérêts étroits souhaitent le désordre et le chaos
pour pêcher en eaux troubles. Pour répondre à votre question, le FNDD a été
et reste toujours disposé à s’engager dans un dialogue sérieux afin de
dégager une sortie de crise qui sauve la face à toutes les parties, tout en
préservant l’essentiel : l’acquis démocratique et la stabilité. Dès que
la junte accepte de renoncer à l’aventure dans laquelle elle est engagée,
nous sommes prêts à entre en discussions pour sauver notre pays des dangers
qui le menacent.
B : Apres six mois de lutte, n’avez-vous pas l’impression que le
combat contre le coup d’Etat est perdu ?
M.O.M : Pourquoi perdu ? Ce sont plutôt les putschistes qui ont perdu
le leur. Un coup d’Etat normalement réussit ou échoue dans les premiers jours.
Nous voilà six mois après au même point pour la junte. Elle n’a pas réussi à
convaincre les forces du pays (partis, syndicats, ONGs… ). Et reste
totalement isolée à l’extérieur. Le seul parti d’envergure qui a accepté de
l’accompagner découvre à l’issue du carnaval l’ampleur de la duperie. Le RFD
ne vient-il pas de dénoncer la manipulation et l’inconsistance des prétendus
Etats généraux de la démocratie. Réunion d’une clientèle –la même clientèle
de tous les régimes antérieurs- convoquée pour applaudir l’agenda du général.
A dire vrai, il est toujours difficile d’admettre son échec, mais cet
entêtement coute déjà très cher au pays et nous sommes face au retour à
l’ancien système dans toute sa laideur. Mais plus grave, le pays est mis en
quarantaine économique depuis plusieurs mois. Le résultat est tragique :
tous les projets financés par l’aide extérieure sont pratiquement arrêtés
depuis le 31 décembre jetant dans la rue des centaines de familles qui
viennent grossir l’armée de chômeurs déjà considérable. Aucun espoir de voir
les investissements étrangers impulser le développement économique comme
c’était prévu durant la période de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi. Dans
ce cadre les cinq à six mille emplois prévus dans les projets de
développements de la SNIM sont aujourd’hui compromis. Et j’en passe… Le bilan
de la junte désastreux, l’horizon est bouché pour son agenda… On est donc
loin du triomphe du putsch malgré les efforts des medias officiels. Nous
sommes très préoccupés de voir cette situation se poursuivre et devons tous,
partisans comme adversaires du putsch, convenir que rien n’est plus urgent
qu’en délivrer notre pays.
Propos récueillis par Samba Camara
Le 22/01/09
Source :
Biladi
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