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Extraits de l’Interview de SEM Michel Vandepoorter Ambassadeur de
France avec le Quotidien El Emel :
«ils (ndlr : les partis du FNDD) doivent aller à ces
Etats Généraux de la démocratie et expliquer pourquoi ils se sont opposés au
coup d'Etat...".
El
Emel El Jedid: Monsieur l'Ambassadeur, certains pensent que la position de la
France par rapport au coup d'Etat du 6 août est un peu ambiguë. Il y en a qui
disent qu la France a une position ferme, synonyme de celle des Etats-Unis
d'Amérique. D'autres pensent qu'au contraire la France a une position plus
souple. Quelle est exactement la position de votre pays?
Michel Vandepoorter: La position de la France n'est pas
ambiguë, c'est une position de condamnation très claire du coup d'Etat du 6
août. Cette condamnation a été exprimée dès le lendemain du coup d'Etat. Elle a
été explicitée dans plusieurs communiqués.
J'ai eu moi-même l'occasion de l'exprimer
auprès du Général Abdel Aziz à plusieurs reprises. Nous condamnons ce
coup d'Etat et nous souhaitons le retour le plus rapide possible à la légalité
constitutionnelle.
Cette position est fondée sur des
principes, le choix d'une forme démocratique de gouvernement, mais aussi sur
notre familiarité, j'ai envie de dire, avec la Mauritanie, pays dont
nous sommes très proches et auquel nous sommes très attachés.Et vous
comprendrez que la sévérité de la condamnation de la France au lendemain
du coup d'Etat est à la mesure des espoirs que l'évolution démocratique de la Mauritanie
depuis 2005, avait fait naître en France.(…)
El
Emel El Jedid: la Communauté internationale a salué lors de la réunion de
Bruxelles il y a quelque jours, la promesse du Général Aziz de libérer
complètement Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Avec cette libération et avec
l'organisation des Etats Généraux de la démocratie, est-ce qu'on peut dire que
la Communauté internationale est satisfaite et qu'on peut passer à
l'organisation des élections reconnues et soutenues par la Communauté
internationale?
Michel Vandepoorter: la libération du Président Sidi Ould Cheikh
Abdallahi est une chose que la Communauté internationale attend depuis très
longtemps, j'ai moi-même eu l'occasion de la demander. Je ne pense pas avoir
rencontré le Général Abdel Aziz sans lui demander systématiquement la
remise en liberté complète du président Abdallahi. C'est vraiment une
mesure qui doit intervenir le plus vite possible, c'est un élément de justice.
Le président a
été démocratiquement élu, il doit être libre de ses mouvements, et de sa
parole.C'est un élément de décrispation qui favorisera la recherche d'une
solution politique. Vous savez que notre position est que le Président Sidi
Ould Cheikh Abdallahi doit contribuer à la recherche de cette solution.
Si le président est effectivement libéré avant le 24 décembre comme le Général Abdel
Aziz l'a indiqué à la récente mission de l'Union africaine, c'est un
bon point. En même temps, il y a d'autres éléments que nous attendons. C'est la
recherche de cette solution. Les Etats Généraux sont une occasion de débattre
de tous les problèmes mais il faut voir avec qui on débat de tous les
problèmes.
Il y a des problèmes politiques très importants qui impliquent tous les partis.
Dans notre conception nous aimerions évidemment que tous les partis politiques
et notamment ceux qui s'opposent au putsch, ceux qui ont animé une résistance
qui est remarquable, car il faut remarquer quand même que la Mauritanie
est l'un des rares pays au monde où on a vu une résistance démocratique
s'exprimer contre le coup d'Etat.
Les partis qui se sont regroupés dans le Front National de Défense de la
Démocratie n'ont pas le droit actuellement de manifester et cela, en tant
qu'amis de la Mauritanie, nous le déplorons profondément. Ils n'ont pas
accès aux moyens d'information, à la Radio et à la Télévision. Dans notre
conception, ils doivent aller à ces Etats Généraux de la démocratie et
expliquer pourquoi ils se sont opposés au coup d'Etat et qu'est-ce qu'ils
attendent, participer à un vrai débat contradictoire qui fera naître une bonne
solution. Si les Etats Généraux se déroulent en dehors de la classe politique,
évidemment ce n'est pas du tout la même chose.
« En soi, ces Etats Généraux sont une bonne initiative »
El
Emel El Jedid: Si les Etats Généraux s'organisent sans le FNDD, allez vous
reconnaître leurs résultats?
Michel Vandepoorter: Nous n'avons pas à reconnaître ces
Etats Généraux. D'abord, ce qui est important c'est que la classe politique
mauritanienne doit faire son profit de ce qui sortira de ces Etats Généraux. En
soi, ces Etats Généraux sont une bonne initiative, il y a des tas de problèmes
qui se posent en Mauritanie. Et c'est bien à ce moment de l’histoire de la
Mauritanie, de débattre sur des sujets graves qui, pour certains, n'ont pas
vraiment été traités au moment de la transition de 2005-2007, et dont nous
voyons les effets maintenant. Donc il n'y a pas à reconnaître, ce qui est
important, c'est de voir comment on retourne à la légalité. Il y a deux moyens:
le président revient et reprend ses fonctions et ça c'est le retour à la
légalité.
Il y a un autre moyen qui semble être celui choisi par la junte, qui est d'organiser
des élections. Ces élections devront avoir un minimum de crédibilité, de
rigueur, de transparence. La Communauté internationale pourrait sans doute être
invitée à les observer mais la Communauté internationale n'observera pas un
scrutin qui n’aura pas été organisé dans des conditions de transparence et de
rigueur suffisantes. Il y a là un processus important que nous observons de
près, et qui nous semble déterminant pour le retour à la légalité
constitutionnelle.
El Emel El Jedid: Pensez-vous que la candidature à l'élection
présidentielle du Général Aziz ou l'un de ses compagnons peut s'assimiler à un
manque de rigueur ou de transparence de ces élections? Autrement, est-ce que
vous accepteriez la candidature de l'un des auteurs du putsch à ces élections
présidentielles ?
Michel Vandepoorter: C'est une question importante. Il y a eu cette
transition démocratique, qui a été brutalement interrompue, par le coup d'Etat
du 6 août. Les autorités en place affirment que leur objectif est de renouer
avec ce processus démocratique. Dans une certaine manière, on est en train de
façonner le visage démocratique que la Mauritanie aura pour les années à venir.
Si les élections étaient organisées par la junte au pouvoir, avec comme
candidat un membre de la junte, c'est évidemment une hypothèse qui n'est pas
celle que nous envisageons, qui serait un processus pluraliste auquel
participent toutes les forces politiques du pays dans des élections
transparentes rigoureuses, observées par la Communauté internationale. Donc, ce
qui se joue, c'est de décider à quoi ressemblera la démocratie mauritanienne,
disons dans les dix ans à venir, c'est extrêmement important.
El
Emel El Jedid: Ce qui est donc important pour vous c'est que la classe
politique mauritanienne accepte d'aller ensemble vers une solution quelconque?
Michel
Vandepoorter: On voit bien l'un des reproches qui est fait actuellement à la
période de transition de 2005-2007, c'est qu'il y avait trop d'implications des
autorités en place au sein du CMJD dans l'élection présidentielle elle-même. Ce
qu'il faudrait, c'est que les élections soient organisées par une entité
totalement indépendante, et que ceux qui se présentent aux élections, n'aient
plus de lien avec quelque forme de pouvoir que ce soit, et que, bien sûr, ce
soient des élections pluralistes.
Je pense que ce serait totalement regrettable qu'il y ait des boycotts par
exemple, ce serait confirmer le coup d'Etat en laissant un membre de la junte
se faire élire à 90%. Il faut que les opposants s'opposent, il faut que les
forces politiques fassent ce qui est leur raison d'être, c'est-à-dire qu'il
faut qu'elles fassent de la politique et saisissent l'occasion des élections
pour faire valoir leurs idées et leurs programmes.
El
Emel El Jedid: Que veut dire élections indépendantes organisées par une entité
indépendante?
Michel Vandepoorter: On peut imaginer qu'une commission électorale totalement
indépendante, avec ses moyens propres, soit chargée d'organiser des élections
et qu'elle s'appuie sur un gouvernement qui soit un gouvernement de large
ouverture accepté par toute la classe politique, ou par la plupart des forces
politiques de ce pays.
El
Emel El Jedid: Vous avez toujours dit qu'il faut un retour à la légalité
constitutionnelle, certains pensent que pour la Communauté internationale ce
retour veut dire que le président du Sénat prenne le pouvoir pendant une
période de transition de trois mois en vue de préparer des élections, est ce
vrai oui ou non? A défaut de cela accepteriez-vous que le HCE continue à gérer
la période de transition jusqu'à la fin des élections ou qu'est-ce qui
conviendrait selon vous?
Michel Vandepoorter: l'hypothèse d'un rôle ou d'un intérim
confié au président du Sénat n'est pas une invention de la Communauté
internationale, c'est ce qui est prévu dans la constitution mauritanienne. Ce
qui est important c'est que l'objectif est de revenir à l'application de la
constitution. Appliquons-la le plus vite possible. Nous, notre souhait est
qu'on l'applique totalement, c'est-à-dire que le président élu soit président,
apparemment l'opposition à cela est très forte. Si la voie retenue par les
autorités en place est l'organisation d’élections, au moins qu'on le fasse dans
un cadre aussi proche que possible de la constitution avec l'objectif de
revenir très rapidement à une pleine et entière application de celle ci.
Propos recueillis par El Houssein Ould Mahand
Le 22/12/2008
source : Le Quotidien de
Nouakchott
Tiré de www.cridem.org
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