A.H.M.E.

INTERVIEW 4:

 

CONFIDENCES de Messaoud Ould Boulkeïr 21 Oct. 2006

 

 

CONFIDENCES DE : Messaoud Ould Boulkheïr
Président de l’Alliance populaire progressiste (APP)


Leader historique du mouvement El-Hor, voué à la promotion des Haratines (esclaves affranchis),
Messaoud Ould Boulkheir (65 ans) dirige aujourd’hui l’Alliance populaire progressiste (APP), l’un
des principaux partis mauritaniens. Jusqu’au début de ce mois, il assurait également la présidence
tournante de la Coalition des forces du changement démocratique (CFCD), qui regroupe onze
formations issues pour la plupart de l’ancienne opposition au régime de Maaouiya Ould Taya. De
passage à Paris, il analyse le processus démocratique engagé par les nouveaux maîtres du pays.


« La junte mauritanienne doit rester un arbitre»

JEUNE AFRIQUE :   La transition démocratique mise en place par le Conseil militaire pour la
justice et la démocratie (CMJD) devrait se traduire, en mars 2007, par la remise du pouvoir aux
civils...



MESSAOUD OULD BOULKHEIR :
Dès le lendemain du putsch contre Ould Taya, mon parti, comme l’ensemble de la classe politique,
a soutenu le programme de transition annoncé par le CMJD. Avec d’autres responsables nationaux,
j’ai accepté de me rendre à Bruxelles pour défendre auprès de l’Union européenne le changement
qui venait d’avoir lieu, parce que le coup d’État avait mis fin à vingt et un ans d’autocratie.
Nous avons demandé aux Européens de ne pas sanctionner la Mauritanie, mais en précisant bien que
notre soutien cesserait si les promesses du nouveau régime n’étaient pas tenues. Depuis, mon parti
a été amené à exprimer des réserves sur telle ou telle question ponctuelle, mais, dans l’ensemble,
nous avons suivi le mouvement. Nous avons notamment approuvé le calendrier électoral
(législatives et municipales en novembre prochain, sénatoriales en janvier 2007, présidentielle au
mois de mars suivant) et voté, en juin, un certain nombre d’amendements constitutionnels
(réduction de six à cinq ans de la durée du mandat présidentiel, désormais renouvelable une seule
fois). Hélas! depuis la mi- septembre, tout a changé: on assiste à une violation flagrante de
l’esprit et de la lettre du programme de transition.

En quoi consiste cette violation?

Les plus hautes autorités de l’État ont entrepris d’encourager et de soutenir les candidatures
indépendantes aux différents scrutins, au détriment de celles émanant des partis.


Le président Ely Ould Mohamed Vail juge cette attitude antidémocratique. Il vous accuse de refuser
au citoyen le droit de se présenter hors d’un cadre partisan...


C’est un amalgame inacceptable. Lors des récentes « journées de concertation nationales », mon
parti s’était, avec d’autres, opposé à la légalisation des candidatures indépendantes. Parce que
dans un pays encore très marqué par les antagonismes tribaux, ethniques et régionaux, de telles
candidatures nous semblaient nuisibles à la démocratie. Pourtant, pour préserver le consensus
autour de la transition, nous avions fini par accepter la proposition de la junte. Le problème ne
vient donc pas du principe même de ces candidatures indépendantes, mais de la partialité
manifeste du chef de l’État, qui tente de convaincre certains notables de quitter leurs partis
respectifs et de se présenter en candidats indépendants

En avez-vous la preuve?

Sur les onze formations qui composent la CFCD, six ont été victimes de défections suscitées par le
chef de l’État. L’ex-majorité présidentielle, à commencer par le Parti républicain démocratique
pour le renouveau (PRDR), a été la plus durement touchée. Cette ingérence des pouvoirs publics a
conduit la quasi-totalité des partis, toutes tendances confondues, à se regrouper au sein d’un
forum baptisé Rencontre nationale pour la défense de la démocratie (RNDD). L’objectif est de
convaincre le CMJD de s’en tenir à son rôle d’arbitre.

Les membres de la junte et ceux du gouvernement ont renoncé à briguer quelque charge élective que
ce soit pendant toute la durée de la transition. Pourquoi chercheraient-ils aujourd’hui à fausser
le jeu?

En devenant des acteurs du jeu électoral, ils veulent manifestement avoir leurs élus au
Parlement. Et pourquoi pas, demain, avoir leur candidat « indépendant » à la présidentielle. Le
processus démocratique serait alors vidé de sa substance. Nous serions revenus à la case départ.

Propos recueillis par Abdallah Ben Ali  - Source : JEUNE AFRIQUE N° 2388-DU 15 AU 21 /10 /06

 

 

 

 

 

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