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CONFIDENCES
DE : Messaoud Ould Boulkheïr
Président de l’Alliance populaire progressiste (APP)
Leader historique du mouvement El-Hor, voué à la promotion des Haratines
(esclaves affranchis),
Messaoud Ould Boulkheir (65 ans) dirige aujourd’hui l’Alliance populaire
progressiste (APP), l’un
des principaux partis mauritaniens. Jusqu’au début de ce mois, il assurait
également la présidence
tournante de la Coalition des forces du changement démocratique (CFCD), qui
regroupe onze
formations issues pour la plupart de l’ancienne opposition au régime de
Maaouiya Ould Taya. De
passage à Paris, il analyse le processus démocratique engagé par les nouveaux
maîtres du pays.
« La junte mauritanienne doit rester un arbitre»
JEUNE AFRIQUE : La transition démocratique mise en place par le
Conseil militaire pour la
justice et la démocratie (CMJD) devrait se traduire, en mars 2007, par la
remise du pouvoir aux
civils...
MESSAOUD OULD BOULKHEIR :
Dès le lendemain du putsch contre Ould Taya, mon parti, comme l’ensemble de la
classe politique,
a soutenu le programme de transition annoncé par le CMJD. Avec d’autres
responsables nationaux,
j’ai accepté de me rendre à Bruxelles pour défendre auprès de l’Union
européenne le changement
qui venait d’avoir lieu, parce que le coup d’État avait mis fin à vingt et un
ans d’autocratie.
Nous avons demandé aux Européens de ne pas sanctionner la Mauritanie, mais en
précisant bien que
notre soutien cesserait si les promesses du nouveau régime n’étaient pas
tenues. Depuis, mon parti
a été amené à exprimer des réserves sur telle ou telle question ponctuelle,
mais, dans l’ensemble,
nous avons suivi le mouvement. Nous avons notamment approuvé le calendrier
électoral
(législatives et municipales en novembre prochain, sénatoriales en janvier 2007,
présidentielle au
mois de mars suivant) et voté, en juin, un certain nombre d’amendements
constitutionnels
(réduction de six à cinq ans de la durée du mandat présidentiel, désormais
renouvelable une seule
fois). Hélas! depuis la mi- septembre, tout a changé: on assiste à une
violation flagrante de
l’esprit et de la lettre du programme de transition.
En quoi consiste cette violation?
Les plus hautes autorités de l’État ont entrepris d’encourager et de soutenir
les candidatures
indépendantes aux différents scrutins, au détriment de celles émanant des
partis.
Le président Ely Ould Mohamed Vail juge cette attitude antidémocratique. Il
vous accuse de refuser
au citoyen le droit de se présenter hors d’un cadre partisan...
C’est un amalgame inacceptable. Lors des récentes « journées de concertation
nationales », mon
parti s’était, avec d’autres, opposé à la légalisation des candidatures
indépendantes. Parce que
dans un pays encore très marqué par les antagonismes tribaux, ethniques et
régionaux, de telles
candidatures nous semblaient nuisibles à la démocratie. Pourtant, pour
préserver le consensus
autour de la transition, nous avions fini par accepter la proposition de la
junte. Le problème ne
vient donc pas du principe même de ces candidatures indépendantes, mais de la
partialité
manifeste du chef de l’État, qui tente de convaincre certains notables de
quitter leurs partis
respectifs et de se présenter en candidats indépendants
En avez-vous la preuve?
Sur les onze formations qui composent la CFCD, six ont été victimes de
défections suscitées par le
chef de l’État. L’ex-majorité présidentielle, à commencer par le Parti
républicain démocratique
pour le renouveau (PRDR), a été la plus durement touchée. Cette ingérence des
pouvoirs publics a
conduit la quasi-totalité des partis, toutes tendances confondues, à se
regrouper au sein d’un
forum baptisé Rencontre nationale pour la défense de la démocratie (RNDD).
L’objectif est de
convaincre le CMJD de s’en tenir à son rôle d’arbitre.
Les membres de la junte et ceux du gouvernement ont renoncé à briguer quelque
charge élective que
ce soit pendant toute la durée de la transition. Pourquoi chercheraient-ils
aujourd’hui à fausser
le jeu?
En devenant des acteurs du jeu électoral, ils veulent manifestement avoir leurs
élus au
Parlement. Et pourquoi pas, demain, avoir leur candidat « indépendant » à la
présidentielle. Le
processus démocratique serait alors vidé de sa substance. Nous serions revenus
à la case départ.
Propos recueillis par Abdallah Ben Ali - Source : JEUNE AFRIQUE N°
2388-DU 15 AU 21 /10 /06
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