Ladji Traoré, secrétaire général de l’APP:
Le leader syndicaliste de l’APP Samory Ould Beye, que certains
cadres de cette formation qualifient d’indésirable au sein de ce parti,
demandant son exclusion, n’est pas facile à expédier.Les appels en provenance du
Ghuidimagha montrent que l’homme dispose d’un poids au sein de cette formation.
Ladji Traoré, secrétaire général de l’APP apporte des éclairages dans
l’entretien suivant :
«Le phénomène Samory, il faut l’analyser dans toute sa dimension politique
et idéologique».
« Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de
l’avoir tuer ».
Le leader syndicaliste de l’APP Samory Ould
Beye, que certains cadres de cette formation qualifient d’indésirable au sein de
ce parti, demandant son exclusion, n’est pas facile à expédier.Les appels en
provenance du Ghuidimagha montrent que l’homme dispose d’un poids au sein de
cette formation. Ladji Traoré, secrétaire général de l’APP apporte des
éclairages dans l’entretien suivant :
Le Rénovateur Quotidien : Comment
réagissez-vous à l’appel de la Coordination régionale de APP au Gorgol qui
réclame la réintégration de Samory Ould Beye dans les rangs du parti?
Ladji Traoré (L.T) : Le phénomène Samory, il faut l’analyser dans toute
sa dimension politique et idéologique. En effet Samory a fait pendant des longs
mois un travail de sape en direction de certains milieux harratines du parti.
Ceci est vrai pour Nouakchott, pour Nouadhibou, pour Kaëdi et pour Selibaby,
pour ne citer que ces localités. Mais en réalité que fait Samory ? Il s’exerce à
exploiter le particularisme harratine avec le thème : les harratines constituent
la majorité du parti, ce qui n’est pas faux. Mais il essaye surtout de faire en
sorte d’entretenir au sein du parti un lobby exclusiviste sous prétexte de
maintenir El Hor (vieux mouvement clandestin harratine) avec le slogan : depuis
l’indépendance «les négro-africains et les arabes se sont donnés la main pour
exclure et dominer les ressources économiques du pays, le régime politique, en
un mot pour imposer la domination des arabes blancs et des négro-africains au
détriment des harratines. C’est dans cette optique qu’il s’évertue à entretenir
El Hor, alors que l’ensemble de revendications des harratines et des autres
composantes nationales est pris en charge par le programme général du parti. Or
il n’y a pas d’exception sur commande pour qui que ce soit dans le parti. Comme
il a été dit largement dans le communiqué du lundi 31 janvier du bureau exécutif
conformément aux statuts et règlements, le bureau exécutif use souverainement de
sa prérogative de suspendre pour des telles fautes graves, de toute activité au
sein du parti, les cadres de quelque niveau qu’il soit jusqu’à une décision
finale des instances supérieures qui sont le conseil national et le congrès du
parti.
Le Rénovateur Quotidien : Est-il vrai que Messaoud a appelé à la
dissolution d’El Hor comme le prétend certaines voix aujourd’hui?
L.T :
Absolument. Car il de notoriété publique que le président Messaoud Ould
Boulkheïr est particulièrement soucieux de la préservation de l’unité du parti
et combat résolument toute manifestation de particularisme au sein de
l’organisation dont il assure la responsabilité en dernier ressort.
Le
Rénovateur Quotidien : Que pense l’APP du soulèvement populaire en cours en
Libye ?
L.T : Cette question dépasse largement la Libye et la personne
de Kadhafi. En effet c’est à quoi on assiste au Maroc, en Algérie, en Tunisie,
en Egypte et en Mauritanie suivant certains indices, ce que les populations des
pays arabes ne veulent plus des régimes battus sur des dynasties héréditaires ou
autour de minorités de castes militaires qui accaparent l’ensemble des
ressources du pays au détriment de la majorité et exerce un pouvoir sans partage
par une poignée d’officiers et des sous-fifres qui mettent en avant des
institutions démocratiques de façade (parlement, conseils municipaux,
institutions régionales…) alors qu’ils accaparent la réalité des pouvoirs
politiques et détournement à leur profit l’ensemble des ressources du pays.
C’est le refus de ce système bien ancré que les populations des pays arabes sont
en train de rejeter et il ne faut s’y tromper ni se laisser surprendre.
Propos recueillis par Samba Camara Source : Le Rénovateur
Ladji Traoré à coeur ouvert au Rénovateur quotidien
Ladji Traoré est le secrétaire général de l’Alliance
populaire progressiste, il répond aux questions du Rénovateur
Quotidien
Le Rénovateur Quotidien : Selon Samory , Monsieur Messaoud Ould
Boulkheïr a laissé entendre qu’il a « une nouvelle vision qui
est celle de jouer un autre rôle de dimension nationale tel que la
lutte contre le terrorisme, les anti-arabismes et les
antiesclavagistes qu’il considère comme des extrémistes et des
sectaires. Info ou intox ?
L .T : Pour tous ceux
qui sont sur le champ de la lutte pour la démocratie et contre
l’esclavage, monsieur Messaoud Ould Boulkheïr n’a pas varié de
vision et l’affaire du cas d’esclavage avéré découvert et
dénoncé par les militants de l’APP, de l’IRA, de S.O.S esclaves
et du Flère est d’une actualité brûlante et dans laquelle le
président Messaoud ne ménage aucun effort pour couper court aux
tentatives d’amalgames et faire libérer les militants
anti-esclavagistes emprisonnés est suffisamment éloquent pour
couper court à toutes les balivernes à ce sujet. Depuis la crise
ouverte par le coup d’Etat du 8 août 2008 et la lutte acharnée
qui est menée pour l’instauration d’une véritable démocratie
dans notre pays, aux yeux de ses amis et même ses adversaires
Messaoud Ould Boulkheïr a pris la dimension d’un grand patriote
dont la vision ne cesse de s’affirmer. Il s’est porté de même
aux premiers rangs des manifestations populaires historiques contre
l’AQMI dès 2007, à travers les rues de Nouakchott. Il est
possible que pour certains esprits sectaires, la lutte contre
l’esclavage est antinomique d’un combat global pour la
démocratie, la justice pour tous, l’unité et la sécurité
nationales.
Le Rénovateur Quotidien : Certains militants de
l’A.P.P soutiennent qu’une main invisible cherche à déstabiliser
le parti de l’intérieur. La direction de l’Alliance populaire
progressiste a-t-elle le sentiment que Samory agit sous l’influence
du pouvoir ?
L .T : Devant la persistance et même
l’acharnement de monsieur Samory Ould Beye dans ce qu’il convient
d’appeler sa campagne de sape du parti et de dénigrement de son
président monsieur Messaoud Ould Boulkheïr combattant patriote,
rassembleur et intransigeant, farouchement attaché à la paix et à
l’unité nationale, les mouvements des femmes et des jeunes ont
rendu public des communiqués de presse pour dénoncer les
conceptions erronées de monsieur Samory Ould Beye, des responsables
de haut rang dont un secrétaire général adjoint ont donné des
interviews dans des journaux en ligne et en langue arabe, en ma
qualité de secrétaire général du parti j’ai demandé à
monsieur Samory Ould Beye de venir s’entretenir avec moi en
présence de membres du bureau exécutif. Je lui ai dit combien ses
idées étaient erronées et en contradiction avec le programme
politique du parti et sa stratégie pour sortir notre pays de la
crise consécutive au coup d’Etat. Je lui disais ma disponibilité
d’écouter des suggestions éventuelles pour une meilleure conduite
de l’action du parti. Devant son entêtement le parti a choisi un
large débat interne et une campagne de pédagogie politique plutôt
qu’une mesure disciplinaire et administrative toujours plus faciles
et peut-être pas toujours efficaces.
L’avenir dira en
définitive est-ce pour des raisons de limitation politique et
idéologique que monsieur Samory agit ou pour une volonté de
positionnement à des fins de recherche de leadership politique ou
pour d’autres motivations ou instigations inavouées ou la
connivence de toutes ces motivations.
Le Rénovateur
Quotidien : Que va-t-il se passer ? Samory va-t-il être exclu du
parti après les déclarations publiées sur les colonnes du
Quotidien de Nouakchott ?
L.T
: Il
n’appartient pas à ce stade du large débat interne qui est mené
dans les instances de base du parti de répondre à cette question.
Seules les instances supérieures compétentes du parti tireront les
conclusions de ce débat, et le moment venu, prendront des décisions
ultimes en conformité avec l’intérêt supérieur du parti, ses
orientations fondamentales et ses dispositions statutaires.
Le
Rénovateur Quotidien : On a vu monsieur Mohamed Jemil Mansour se
lever contre la commission mise en place pour la réforme de l’état
civil, parce que celle-ci dans sa composition ne reflète pas le
multiculturalisme mauritanien. Que vous inspire de cette reforme ?
L.T : La révision de l’état civil telle
qu’envisagée par le régime en place suscite partout inquiétude
et soulève même un tollé général tant au niveau de la classe
politique que dans la société civile. En effet en raison de ces
incidences économiques sociales, politiques, électorales, et vu les
antécédents négatifs de notre état civil actuel, APP accorde la
plus haute importance à la question. Par le passé nous avons
souligné le caractère incomplet et bâclé des recensements qui
excluaient beaucoup de citoyens, avec peu d’importance accordée à
l’orthographe des patronymes des différentes communautés
notamment des négro-africains, le bas niveau culturel et technique
des personnels impliqués dans le travail, leur méconnaissance
notoire des noms et prénoms les plus usuels autant de problèmes qui
suscitent à nouveau de graves inquiétudes. En outre la démarche
purement sécuritaire avancée est loin d’être convaincante et
cache peut-être des velléités de négation de la nationalité de
certaines composantes. Il y a lieu de se prémunir davantage
d’ouverture en associant des cadres de toutes les composantes
nationales à ce travail particulièrement sensible si l’on veut
aboutir à des résultats transparents pouvant servir de base de
données à toutes les utilisations ultérieures concernant les
populations tant citadines que rurales, et servirent de base pour des
listes électorales ouvertes à tous.
Le Rénovateur
Quotidien : Le foncier est au cœur du débat politique depuis
quelques temps. Que pensez-vous de « concessions » attribuées aux
hommes d’affaires dans certaines zones rurales du pays ?
L.T
: La question foncière est un problème fondamental dans
n’importe quel pays et régime socio-économique. Elle est
essentielle dans notre pays compte tenu du contexte environnemental
de désertisation, de raréfaction des ressources naturelles : sols,
espèces animales, couvert végétal, ressources en eaux de surface
et de nappes phréatiques et surtout en raison de son incidence
sociale par rapport à toute véritable politique de développement
durable de justice sociale. En effet l’ordonnance 83 127 du 5 juin
1983 portant organisation foncière visait avant d’être détournée
de ses objectifs au détriment de ceux qui tirent leurs ressources de
la terre, au profit de certains hommes d’affaires et officiers
supérieurs absentéistes du secteur rural, à la libération des
éléments dépourvus et opprimés des collectivités tribales et
villageoises. Le nouveau danger qui menace le monde rural
actuellement en Afrique et singulièrement les paysans mauritaniens
c’est la ruée de fonds vautours étrangers qui cherchent à
s’investir à des fins spéculatives dans les terres agricoles,
c’est l’opération « Land grabbling » sans la recherche d’une
quelconque autosuffisance alimentaire. La seule politique nationale
qui vaille c’est l’accès des paysans à la terre, et l’appui
de l’Etat pour les moyens de sa mise en valeur, financière,
matérielle et technique, seule condition pour éradiquer la misère
de la campagne, et mettre fin à l’exode rural vers les centres
urbains, assurer l’autosuffisance et la sécurité alimentaires
durables et préserver des superficies pour les générations
futures. Tout le reste illustre l’absence totale de vision à long
terme du régime actuel et sa politique d’improvisation dans tous
les domaines.
Le Rénovateur Quotidien : Alors qu’il
portait plainte contre un cas présumé d’esclavage, Birane est
allé en prison, si bien que d’aucuns soutiennent que la Mauritanie
sous la présidence issue de la « rectification du 6 août 2008 » a
fait un pas en arrière en matière des droits de l’homme.
Partagez-vous cet avis ?
L.T : Les péripéties
aux allures surréalistes du cas d’esclavage révélé et dénoncé
à Fellouja, quartier périphérique de la commune d’Arafat, par
des militants anti-esclavagiste de d’APP, d’IRA, de S.O.S
esclaves et du Flère, ne surprennent en définitive que ceux qui
sont étrangers au combat complexe contre le phénomène bien
enraciné et pernicieux de l’esclavage dans notre pays dans ses
différentes composantes nationales et des complicités qu’il
trouve au sein des forces de police, de l’administration jusqu’y
compris la justice. Les militants de APP eux y sont bien habitués
pour avoir été emprisonnés déjà en 2005, dans un cas similaire
révélé à Mederdra. Il est donc temps de marquer une rupture
radicale avec toutes les formes d’hypocrisie et de manipulation
relatives à l’esclavage et aux pratiques qui lui sont liées. Ce
rôle essentiel incombe à cet égard à l’Etat et à ses
différents organes pour une application ferme de la loi n° 2007-048
du 3 septembre 2007 portant incrimination de l’esclavage et
réprimant toutes les pratiques esclavagistes et il est temps de
prendre des arrêtés subséquents pour donner toute l’effectivité
à cette loi et prendre des mesures spécifiques plus concrètes
au-delà du discours général ambiant de lutte contre la pauvreté
et l’esclavage.
Le Rénovateur Quotidien : Selon des
indiscrétions le leader de l’APP, monsieur Messaoud Ould Boulkheïr
aurait été reçu en audience, récemment, par le président Ould
Abdel Aziz , quels sont les sujets qu’ils ont aborde ? Est-ce que
le président de l’A.P.P en a profité pour plaider en faveur de
Birane Ould Dah Abeïd et ses compagnons de l’IRA ?
L.T
: Dès le début de cette affaire, le président Messaoud
Ould Boulkheïr s’est impliqué personnellement allant jusqu’à
contacter les plus hautes autorités du pays pour demander d’éclaicir
totalement cette affaire d’esclavage, dépasser les effets
collatéraux et libérer immédiatement les militants
anti-esclavagistes,du reste tout le monde se souvient deux jours
après cette audience de son discours de clôture de la première
session parlementaire dans lequel il est revenu sur ce sujet. Pour le
reste de votre question monsieur Messaoud à ce niveau a dû
certainement débattre avec le président Mohamed Ould Abdel Aziz
d’autres sujets d’intérêt national dont je n’ai aucune idée.
Propos recueillis par Samba Camara Tempsforts
Ladji
Traoré, secrétaire général de l'APP :
"Ce genre de chose qui se dessine, si
c'était vrai que le président Sidi est derrière ou devant, nous ne sommes pas
d'accord."
NOUAKCHOTT-INFO

Le meeting organisé le 2 septembre courant par l’APP n’est pas passé
inaperçu, notamment avec le discours du Président de cette formation politique
de la majorité présidentielle, Messaoud Ould Boulkheir. Pour nombre
d’observateurs et de politiques, cette première sortie du président Ould
Boulkheir depuis qu’il a été élu à la tête de l’Assemblée Nationale a été
fracassante en ce sens que l’APP aura donné l’impression d’être le seul parti
de la Majorité, refusant la constitution d’une autre majorité de soutiens au
Président Ould Cheikh Abdallahi et récupérant à son compte propre les avancées
des dossiers de l’esclavage, du retour des réfugiés, du passif humanitaire,
etc.
Pour y voir plus clair, Nouakchott Info s’est entretenu avec son
Secrétaire général Ladji Traoré.
N.I. : Votre parti vient d’organiser son premier meeting
depuis que son leader, Messaoud Ould Boulkheir est président de l’Assemblée
Nationale. Quel bilan intérieur au parti en tirez-vous ?
Ladji Traoré : Je dois dire que globalement, nous en sommes satisfaits en cette
période de calme plat politique, parce que c’est la fin des sessions
parlementaires et c’est pratiquement les vacances politiques aussi. Le fait
d’avoir mobilisé tant de monde comme vous l’avez vu vous-mêmes, la chaleur qui
s’en dégageait et la présence massive de l’ensemble de la classe politique du
pays, sachant que nous avons invité ce que l’on appelle les démembrements de la
classe politique, l’opposition comme la majorité présidentielle, les
personnalités politiques indépendantes, tous ont répondu présents et c’est un
grand plaisir. C’était donc une présence extraordinaire en cette période de
morte saison politique et nous nous en félicitons et il y a lieu de considérer que
notre parti est un parti rassembleur. Ce qui est important, c’est que nous
avons tenu un discours clair pour dire que nous saluons à leur juste valeur les
importantes mesures engagées par le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, à
savoir la loi sur l’esclavage qu’il a présenté au parlement et qui a été
adoptée et la procédure entamée pour le retour organisé des réfugiés et la
solution du passif humanitaire lesquelles sont pour nous, dans la conjoncture
actuelle, des questions importantes et incontournables pour avancer.
L’autre point que vous attendez sans doute, c’est la réaction du président
Messaoud par rapport à ce qui semble se dessiner aujourd’hui.
Notre position est très claire : nous sommes pour la solution de certains
problèmes comme ceux-là que je viens de dire mais aussi pour l’enracinement
d’une véritable démocratie civique, pas pour une démocratie de façade, ni pour
accompagner un parti-Etat, ou un gouvernement ou un régime. Nous ne savons pas
si le président Sidi est devant ou derrière cela et c’est pourquoi nous avons
rebondi sur le paysage politique actuel pour dire que ce qui se dessine ne nous
rassure pas, ne nous convient pas et que nous ne sommes pas d’accord.
N.I. : Ne mettons pas la charrue avant les bœufs, nous y arriverons à ce soit
disant "parti du président". Une certaine confusion voire
contradiction a dominé dans ce discours du président Messaoud qui donnait
l’impression de récupérer pour l’APP, tout ce qui a été jusque là fait que ce
soit la loi sur l’esclavage ou le retour des réfugiés qui sont des engagements
du président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Est-ce que vous pensez sérieusement
que tout cela est le bilan de l’APP ?
L.T. : Vous savez l’APP est claire sur ses principes, sur ses engagements. Nous
pensons que des questions aussi importantes qui ont eu une consécration de la
majorité au Parlement, un peu moins au Sénat peut-être, telle la loi sur
l’esclavage ou le retour organisé des réfugiés, ne sont pas des questions
simples et que l’APP à elle seule ne peut pas assumer. Ce sont des questions
nationales mais sur lesquelles nous avons été aux premières lignes dans la
bataille et lorsqu’il fallait traverser les lignes rouges, nous les avons
traversé en son temps. Mais nous ne pensons pas que c’est l’apanage exclusif de
l’APP de lutter contre l’esclavage, ce ne serait pas juste ni vrai d’ailleurs,
ni non plus l’extensible problème des déportés et des réfugiés. Pas du tout
mais nous en avons fait des questions essentielles de notre programme électoral
et de nos accords avec le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi et nous nous
félicitons que ces engagements aient été tenus et nous ferons en sorte qu’ils
soient effectifs et réalisés mais nous ne tirons pas la couverture à nous
seuls, parce qu’elle est trop grande pour nous seuls mais pour toutes les
bonnes volontés politiques progressistes mauritaniennes, c’est leur victoire.
De même il ne suffit pas d’avoir une loi et tous doivent se battre pour
expliquer la portée pour encourager l’avènement d’une véritable société
égalitaire dans notre pays. C’est donc l’œuvre de l’opinion publique et du
peuple mauritanien dans ses différentes composantes. En ce qui concerne les
déportés et les réfugiés, c’est un problème d’unité nationale et l’APP, seule
ne peut pas garantir l’unité nationale mais nous pensons que si nous défendons
ces idées généreuses et courageuses, la seule ambition légitime qu’on puisse
avoir c’est de les faire partager par la majorité du peuple mauritanien.
N.I. : Pour en revenir au parti en gestation qui regrouperait les soutiens
du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, ne pensez-vous pas qu’il y a flagrante
contradiction dans votre position étant donné que l’APP est un parti de la
majorité présidentielle et qu’en même temps elle refuse aux autres de se
constituer en un seul parti politique et faire partie de cette même majorité ?
L.T. : Nous sommes entrain d’enraciner la démocratie pluraliste en Mauritanie.
Etre de la majorité présidentielle cela ne veut pas dire être dans un parti
unique, un courant uniforme. Nous sommes effectivement, APP, résolument dans la
majorité présidentielle aujourd’hui pour pousser ce pays en avant et pour
réaliser un certain nombre d’objectifs. Cela dit, nous pensons qu’il y a un
problème plus essentiel, c’est de préserver la démocratie pluraliste réelle
dans le pays. Le retour au Parti-Etat de près ou de loin que cela soit en haut
pour tirer les ficelles en bas, nous sommes contre et le Président Messaoud l’a
dit très clairement. Nous pensons que le plus grand bien pour ce pays, c’est
une démocratie réelle pluraliste et, nous l’avons dit haut et fort ce genre de
chose qui se dessine si c’était vrai que le président Sidi est derrière ou
devant, nous ne sommes pas d’accord. Nous pensons qu’il ne faut pas revenir au
parti-Etat d’une manière ou d’une autre. Nous ne sommes pas contre le fait que
cette majorité de fait qui existe au Parlement composée de députés indépendants
crée un parti, car seuls des députés qui n’ont aucun cadre, aucun lien entre
eux constituent un élément de crise dans la démocratie. Donc nous voulons bien
que ces députés indépendants s’organisent mais nous ne voulons pas qu’ils
s’agrippent à l’appareil de l’Etat, aux ressources de l’Etat, aux faveurs de
l’Etat, à l’influence de l’Etat pour s’organiser en tant que telle force. Ils
sont libres de s’organiser en tant que parti politique indépendant qui va
concourir à l’avenir à la concurrence politique et non pas se camoufler
derrière le Président qui a été élu par la majorité du peuple mauritanien dont
nous. Nous ne voulons pas de cette composante qui essaye d’empêcher de tourner
en rond et qui veut reprendre le chemin de retour en arrière vers le parti-Etat
du régime déchu ou vers le Parti-Etat antérieur au régime militaire. Nous ne
sommes pas d’accord sur cela.
N.I. : Mais il n’y a pas que les indépendants, il y a aussi ceux qui avaient
soutenu le Premier Ministre, M. Zein Ould Zeidane que vous condamnez ainsi et
qui continuent de faire le courant d’air ? Vous trouvez normal que l’APP soit
un parti unique de la majorité ?
L.T. : Nous ne connaissons pas les contours de ce parti en voie de création.
Est-ce que les amis de Zein y viendront ou pas ? Est-ce qu’ils vont créer un
autre parti, pourquoi pas ? Encore une fois, en démocratie on ne pas être pour
quelque chose et pour son contraire. Ils sont libres de se constituer en parti
politique mais nous ne voulons pas qu’ils utilisent l’influence du président
Sidi Ould Cheikh Abdallahi, son aréopage, son entourage, l’influence de l’Etat,
etc. pour se constituer en parti politique que vous dites majoritaire, ce qui
reste à prouver aux prochaines élections. Vous savez les majorités changent.
N.I. : On a l’impression que l’APP craint ce futur parti des soutiens du
Président, qu’elle craint d’être noyée dans un verre d’eau face à la quarantaine
de députés indépendants en plus de ceux des autres partis du Mithaq, sachant
qu’elle ne compte que cinq députés …
L.T. : Vous savez, le tout pour l’APP n’est pas d’être au perchoir de
l’Assemblée nationale, si c’est cela le sens de votre question. Nous avons une
majorité de mauritaniens qui a adhéré au programme électoral du Président Sidi
Ould Cheikh Abdallahi pour l’essentiel et s’ils s’en tenaient à leurs
engagements comme nous, nous ne pensons pas qu’ils vont se présenter demain
comme de simples concurrents. Concurrents relatifs, oui. Mais amis quand même
pour construire la Mauritanie, enraciner la démocratie ensemble, faire des
avancées politiques pour le pays, pendant un certain temps, une législature.
Par conséquent ce n’est pas parce que nous avons peur qu’ils se constituent en
majorité. Une majorité pourquoi faire ? Ils ont déjà voté pour nous comme
d’autres et nous avons été élus pratiquement à l’unanimité. Soyons sérieux, la
période que nous traversons est la véritable période de la transition
démocratique en Mauritanie et il va y avoir une recomposition des forces
politiques, du paysage politique et des rapports de forces nouveaux. Donc nous
n’avons pas peur de regroupements politiques nouveaux et les choses se feront
sur la base d’option, de programme et d’opportunités politiques. Par conséquent
ce regroupement politique s’il se fait, nous ne fait pas peur du tout mais ils
n’ont pas le droit de se constituer en parti car c’est cela la différence entre
créer un parti politique tout à fait démocratique comme tout le monde en a le
droit et s’agriffer au Chef de l’Etat pour créer un parti-Etat qui n’est pas
seulement un souvenir vain, chimérique mais plutôt un souvenir réel, proche. On
sort à peine du PRDS, on a connu le PPM parce que c’est la Mauritanie de
toujours et nous ne voulons pas du retour de quelque chose dans cet esprit-là
parce que c’est la négation, pour nous, de la démocratie, c’est tout. Mais à
priori nous n’en faisons pas adversaires à abattre mais plutôt que nous
partageons le programme politique du Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi et
que nous voulons continuer à soutenir et faire aboutir dans la sérénité.
N.I. : L’opposition démocratique a vivement critiqué ou dénoncé les derniers
mouvements dans l’administration territoriale. Partagez-vous son avis ?
L.T. : Le concret de la politique, quelle que soient les conjonctures, c’est,
en définitive, la nomination des hommes. Et je dois dire que nous, l’APP, dans
nos accords avec le président Sidi Ould Cheikh Abdallahi, il n’ y a pas que des
objectifs de politique généraux mais aussi la cogestion de l’appareil de
l’Etat, des affaires de l’Etat. Sur ce plan-là, je pense que des amis de Sidi,
et pas des moindres, je peux en citer Ahmed Ould Sidi Baba et d’autres forces
politiques qui ne sont pas satisfaits. Nous ne voyons pas la visibilité des
critères de sélection et la volonté de changer quoi que ce soit à travers
certaines nominations. Il y a beaucoup d’insatisfaction et des choses pas très
claires pour nous mais ce n’est pas le moment d’en faire des problèmes. Je
pense qu’il faut améliorer pour aller dans le sens du changement qui veut aussi
que les hommes changent.
N.I. : D’aucuns pensent que l’opposition est en rupture d’actions depuis que
les thèmes de l’esclavage et des droits humains ont été récupérés par le
Président Sidi Ould Cheikh Abdallahi. L’APP considère-t-elle que l’opposition
joue véritablement son rôle ?
L.T. : Je me garderais bien de porter un jugement de valeur sur la mission et
les positions de l’opposition démocratique. Je pense que le rôle de
l’opposition est d’être un contre pouvoir mais pas n’importe comment. Il y a
des mesures concrètes, positives et conjoncturelles. Au nom de quoi
l’opposition démocratique va s’opposer à cela mais il y a un certain nombre de
questions comme par exemple l’avènement du parti-Etat, où l’opposition
démocratique comme certaines composantes de la majorité telle l’APP qui ne sont
pas d’accord. Il n’ y a pas un mur de Berlin entre la majorité et l’opposition
sur l’ensemble des questions nationales. Il y a des convergences, il peut avoir
des divergences parfois sérieuses, mais l’opposition joue son rôle et remporte
d’ailleurs des victoires partielles.
N.I. : Je voulais dire qu’il y a au sein de l’opposition démocratique des
voix qui se lèvent de plus en plus pour contester la loi sur le statut de
l’opposition et son chef de file …
L.T. : Je ne me prononcerai pas sur les querelles internes de l’opposition
démocratique mais je dirai une chose que je défends, c’est que traditionnellement
dans les pays où il y a le leader de l’opposition, c’est dans un réseau
parlementaire clair et c’est un député. C’est le cas en Angleterre, au Canada.
Chez nous, nous avons hérité d’une loi et d’un décret qui a nominé à partir de
majorité parlementaire et je pense que ce sont des querelles internes à
l’opposition démocratique entre elle. Mais pour l’histoire, en général, dans le
monde, il est issue de la majorité de l’opposition parlementaire et est député.
C’est à elle-même de revoir cette question, d’améliorer ce texte de décret, de
repréciser les expériences et le parcours pour l’avenir mais l’APP ne se mêle
pas de ces querelles internes à l’opposition démocratique.
N.I. : Quelle contribution apportera l’APP à l’application de la loi sur
l’esclavage et le retour des réfugiés.
L.T. : Nous avons des propositions claires issues de nos réflexions sur le
sujet faites en juillet dernier. D’abord l’esclavage n’est pas seulement
l’aspect juridique. Il faut un certain nombre de mesures d’accompagnement. Nous
prônons la création d’une agence nationale de réhabilitation des anciens
esclaves qui va gérer des projets clairs et nets sur le plan économique, sur le
plan structurel, idéologique, il faut éveiller les anciens esclaves, mais aussi
sur le plan social, sanitaire, etc. D’aucuns font la confusion entre la
pauvreté en général et l’esclavage en particulier et sur ce plan-là nous avons
des propositions concrètes et nous allons nous-mêmes nous lancer dans la
bataille, dans le rif pour participer à l’éveil de conscience des esclaves pour
les amener à se libérer. Pour les réfugiés, nous avons apporté une contribution
écrite au gouvernement. C’est une question que nous voulons régler dans la
justice. Il faut recenser les gens là où ils sont et je vous dis une chose : il
n’ y a jamais eu de recenser exhaustif des réfugiés mauritaniens au Mali et
c’est grave. Or nous ne voulons pas ramener en Mauritanie des non mauritaniens.
Nous voulons que la nationalité des gens soit rétablie. Pour ceux qui vont
revenir, il y a des mesures de reinsertion sociale. Il y a des gens qui vont à
la retraite, des paysans qui vont revenir et dont les villages ont été détruits
ou occupés par d’autres. Sur ce plan précis nous demandons à ce que les gens
reviennent chez eux et que des mesures de recasement soient trouvées pour ceux
qui avaient été incités à être là. Nous disons que c’est une occasion de
réconciliation nationale et non pas de frictions et les gens doivent reprendre
leurs terres, leurs champs, leurs maisons, etc. Pour les éleveurs, c’est plus
compliqué, parce qu’ils ont perdu leur bétail et il faut en reconstituer un
minimum par des programmes spécifiques. De même les Moussafarines doit être
réglé diplomatiquement par le Sénégal et la Mauritanie.
Propos recueillis par Mohamed Ould Khattatt
|