A.H.M.E.
INTERVIEW 10:
Interview de Boubacar ould Messaoud (juillet 2007)
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juillet 2007 : Interview de Boubacar Ould Messaoud, Président de SOS
Esclaves Interview réalisée par Camara Mamady
Que pensez-vous de la nouvelle loi qui incrimine la pratique de l’esclavage en Mauritanie ? La loi qui incriminerait l’esclavage en Mauritanie est pour moi un acte attendu, souhaité et revendiqué par tous les militants anti-esclavagistes mauritaniens, tous les hommes de progrès à travers le pays et à l’extérieur. Ce n’est pas la seule mesure nécessaire, mais au stade actuel, elle est indispensable. Mais elle n’est pas l’unique mesure.
Nous pensons également que cette institution doit entreprendre des projets et des actions orientées vers les descendants d’esclaves et les esclaves eux-mêmes pour qu’ils puissent être réellement insérés dans la vie économique, du reste et devenir totalement autonomes. Que cette institution veille à ce que qu’ils aient leur lopin de terre et qu’ils puissent de manière autonome utiliser cette terre pour cultiver, une partie de cette terre pour leur permettre de vivre de manière autonome. Il y a également le problème de culture et de l’aliénation. L’esclavage, s’il a perduré, c’est parce que les
Mauritaniens considèrent que c’est la volonté de Dieu, et que c’est
conforme à leur religion. Les esclaves n’admettent en général leur
affranchissement que lorsqu’il est prononcé par le maître. Donc, il
s’agit de faire la sensibilisation et d’amener les imams dans les
mosquées à reconnaître que l’abolition de En fait pourquoi cette loi, parce qu’il faut finir avec l’impunité de la pratique esclavagiste. La loi va pourchasser ceux qui continuent délibérément à spolier les esclaves ou les descendants d’esclaves. Ceux qui continuent à séquestrer les enfants ou à enlever les enfants de leur famille pour les mettre à leur service, de les partager entre leur imam et leur famille. Ce qui les empêchent d’aller à l’école comme les autres enfants. Ceux qui peuvent posséder une femme parce qu’elle est leur esclavage et abuser d’elle et ne pas d’ailleurs reconnaître sa progéniture le plus souvent. Ceux qui sont capables d’amener des filles pour faire le baby-sitter. Et elles restent les baby-sitters. Jusqu’à la fin de leurs jours dans les familles comme domestiques. L’esclavage chez nous a une réalité, c’est que c’est un travailleur non rémunéré. Il ne l’est jamais que ça soit dans l’agropastoral ou dans la domesticité. Pour ça, il faudrait faire la différence, il ne faut pas faire croire aux gens que c’est une notion un peu vague, non. Ce sont des gens qui ne sont pas payés. Ce sont des gens qui peuvent être vendus. Ils peuvent être donnés et légués. Et ça, il faut le dire. Il y a également les séquelles, et nous pensons que cette loi, aussi, pourra non seulement criminaliser les actes des victimes d’esclavage, mais les délits aussi. Dans ce cadre aussi, il y a la stigmatisation et les insultes. Nous pensons qu’il y a les insultes d’ordre racial, d’ordre d’ethnique, d’ordre castal. Quand on vous traite de griot, de forgeron, ça vous rabaisse. Des insultes qui vous traitent de sale blanc ou sale nègre, pour nous c’est la même chose. Tous ces gens doivent être poursuivis et doivent répondre devant la loi. Si on sait que le Président Haïdalla avait en son règne pris une loi abolissant la pratique de l’esclavage en Mauritanie, pensez- vous qu’une nouvelle loi peut vraiment mettre fin à cette pratique coutumière esclavagiste sur le sol mauritanien ? Bon, je pense qu’aucune loi ne peut mettre fin à une pratique surtout que c’est une pratique traditionnelle sociale, mais elle fait partie de l’arsenal nécessaire pour combattre le phénomène. Pour parler de l’insuffisance des lois en tant que telles par rapport à ce phénomène, nous pensons que toutes les lois, qui ont été prises jusqu’ici, n’ont pas été en mesure de participer à la lutte contre l’esclavage. Parce qu’elles n’étaient pas des lois prises de manière sérieuse. Elles ne reflétaient pas de réelles volontés politiques c'est-à-dire elles ne traduisaient pas la réelle volonté politique de combattre l’esclavage. Quand vous parlez de la loi prise par l’ancien
Président Haïdalla en 1981, je vous dirai que
cette loi était tout simplement un moyen de faire croire aux gens, que
l’esclavage est fini. Mais en abolissant l’esclavage, on s’est précipité
pour réconforter les esclavagistes, en disant Cette loi concerne la traite des personnes. Elle se
limite essentiellement au trafic des enfants, des organes et la vente des
organes, au travail des enfants, à l’enrôlement des enfants dans Parce que la convention parle également de l’esclavage et des pratiques assimilées, je vous informe, que quand on a fait cette loi en 2003, le pouvoir mauritanien a enlevé de sa loi la référence à l’esclavage. C’est pour dire qu’il ne cherche pas à combattre l’esclavage qui est chez lui. Il laisse l’opinion nationale et internationale dans l’ignorance totale d’abord du phénomène qu’il pratique chez lui, qu’il continue à décrire, à identifier et à désigner par le terme séquelles. Moi, je dirai tout de suite à tous ces gens-là qui parlent de séquelles, que les séquelles ne se criminalisent pas. Les séquelles se traitent. Quand on criminalise, cela veut dire qu’il y a des faits, des éléments, des crimes et des délits commis. Ce sont ceux qu’on criminalise. Donc pour moi, la loi n’est pas suffisante. Même la
nouvelle loi, qu’on va prendre. Jusqu’ici, Cet exercice qui a été fait le 25 juin au Palais
des Congrès ne me paraît pas encourageant. Pensez-vous que l’esclavage en Mauritanie est l’apanage d’une seule composante ethnique ? Pas le moins du monde, je ne pense pas que l’esclavage est l’apanage d’une seule ethnie en Mauritanie. Je pense que l’esclavage est un problème de société mauritanienne dans toutes ses composantes ethniques et nationales, à savoir qu’il y a ceux qui s’appellent les Arabes, les Soninkés, les Wolofs et les Poulars. Dans tous ces milieux, on pratique l’esclavage et on le tolère, c'est-à-dire culturellement on l’accepte comme rapport humain. Il est plus spectaculaire quand il s’agit des Maures, des Arabes, parce que souvent il met en relation les noirs et des blancs, et les esclaves sont en général noirs. Ce qui n’exclue pas, qu’on ne trouve pas des esclaves blancs en milieu maures. Mais les esclaves sont essentiellement noirs. Et entre les noirs Poulars, Soninkés, tout le monde se confond. Par ailleurs dans toutes ces communautés, personne
n’avoue être esclave ou avoir des esclaves. Cela est une caractéristique
de nos populations. En réalité le mal, le mauvais, c’est toujours le
voisin. Ce n’est jamais moi, ce n’est jamais ma famille, ce n’est jamais
ma tribu, ce n’est jamais mon ethnie. Pour moi, en tout cas, pour mes
amis militants de droits de l’Homme et anti-esclavagistes, nous savons et
nous le disons en haute voix partout que l’esclavage Moi, je vais aller plus loin par rapport à votre question. L’esclavage n’est pas seulement en Mauritanie. J’appelle nos amis de la sous région et de la région à se voir en face, nous ne sommes pas une îles dans le désert, ni dans la mer, nous sommes entourés des mêmes populations. Quand nous parlons de Maures, on en trouve au Sahara, au Mali. Quand nous parlons de Peulhs, on en trouve au Mali, au Sénégal et en Guinée. On trouve des Wolofs chez nous, au Sénégal. On trouve des Touaregs au Mali, au Niger. Ces sociétés sont encore esclavagistes. Cela, je le soutiens, je n’ai jamais dit que c’une affaire d’ethnie ou de race. C’est une affaire de société Est-ce que les structures officielles de l’Etat vont prendre le relais de SOS Esclaves dans sa lutte ? Je vous ai dit tout à l’heure au début, de toute façon
pour nous la loi n’est pas suffisante. La loi n’est pas un élément
nécessaire pour lutter contre l’impunité. Elle a un caractère
pédagogique. Elle va montrer à tout un chacun que l’Etat ne cautionne
plus l’esclavage, que les autorités ne cautionnent pas l’esclavage. Cela
peut à notre avis faire reculer la pratique de l’esclavage. Mais ce n’est
pas suffisant de combattre l’esclavage. Parce que l’esclavage est
également une culture aujourd’hui. Ce sont des rapports de dominations
multiples. Il y a une multiplicité de formes de dominations. Il y a des
dominations économiques, culturelles, sociales…Et tout ceci demande des traitements,
et donc des mesures d’accompagnement. Une équipe dynamique peut engager des projets, des
structures de formation, un travail autre que manuel, qui permet
d’insérer ces gens-là, qui sont en général des bergers, des
agriculteurs, des domestiques. Il faudrait qu’ils puissent faire autre
chose que cela, qu’ils puissent pleinement bénéficier de tous les droits
qui doivent provenir de l’Etat et de la communauté. Ils doivent
bénéficier d’une certaine discrimination positive pour les ramener au
même niveau que les autres. C’est ça le traitement de l’esclavage, c’est
ça le traitement des séquelles de l’esclavage. Une fois que l’esclavage
aura été interdit et pénalisé, nous pouvons parler des séquelles de
l’esclavage. Aujourd’hui parler des séquelles de l’esclavage sans Si toutes vos doléances sont faites par l’Etat, quelle sera alors la nouvelle raison d’être de SOS Esclaves ? Moi, je vous dirai que la nouvelle raison d’être de SOS Esclaves, quand l’Etat commencera à prendre en charge l’esclavage dans toutes ces dimensions, la société civile comme nous sommes une partie, un élément de cette société civile. Elle aura toujours son rôle à jouer, parce que l’esclavage ne peut pas être à plat en un jour, un dix jours, ni en dix ans. Donc, je pense que le travail de l’éducation, de sensibilisation, parce qu’il faut créer la citoyenneté. Il faut accompagner cet effort de sensibilisation d’émancipation, nous avons tous notre rôle. Et SOS Esclaves est une organisation des Droits de l’Homme, nous ne nous limitons pas depuis que nous sommes créées, il y a une dizaine d’années. Nous ne sommes jamais limités uniquement aux problèmes d’esclaves. Nous parlons de tout, nous avons la discrimination à combattre, nous continuerons également à nous mettre au côté des victimes, de ceux qui sont sujets à des arrestations arbitraires, à des procès inéquitables, à des tortures. Si on est militant de Droit de l’Homme. Maintenant l’esclavage, nous savez qu’il existe l’esclavage moderne, il faut continuer à le combattre. L’esclavage traditionnel, il faut également continuer à le combattre. Ces pratiques ne vont pas disparaître en un jour. Moi, je ne pense pas pourquoi SOS Esclaves disparaît dès lors que l’Etat commence à s’occuper de l’esclavage. Au contraire SOS
esclaves va coopérer avec l’Etat, pour sortir avec ce rapport
conflictuel avec l’Etat. Mais nous serons des partenaires encore beaucoup
plus proche. Parce qu’il est entrain de réaliser le programme pour
lequel, on a créé cette organisation.
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