A.H.M.E.

COMMUNIQUE 37:

 

 

 

 

République Islamique de Mauritanie

  Front Uni pour l'Action des Haratine

Bilan:

50 ans de marginalisation et d'exclusion

systématiques des Haratine

 

    I- Aperçu historique

    1-      Les Haratine ou les autochtones à travers les âges:

    Ce territoire a toujours été peuplé depuis la nuit des temps. Certes, plusieurs populations s'y sont succédé. Mais on retiendra qu'au delà des multiples relectures contemporaines de l'histoire tenant à la diversion, à la manipulation et la falsification du passé et ses nombreuses péripéties, au delà des nombreuses vérités inhumées de gré, l'archéologie et les anciens objets ramassés sont en train d'exhumer du fin fond des entrailles millénaires du désert des pages entières, naguère tues, lesquelles pages sont des preuves incontestables que les premiers occupants de cette terre furent bien les noirs et que l'arrivée des blancs (bidhaan) est très récente.

    D'ailleurs, tel est l'avis de tous les historiographes arabes qui se sont rendus en Mauritanie et dont les plus célèbres restent, évidemment, El Messaoudi et El Bekri. Ces derniers affirment qu'à leurs passages respectifs les habitants de cette contrée étaient des noirs. Ainsi la dénommèrent-ils Bled es Soudan (pays des Noirs). C'est un terme qui va même intégrer la langue française pour y désigner aujourd'hui tout type de climat identique à celui qui régnait dans cette partie du monde. Or, ces témoignages de taille qui ne font l'ombre d'aucun doute sont sciemment occultés par les intellectuels organiques du système Bidhaan qui leur préfèrent des récits oraux fruits de l'imagination. Le plus ancien peuple et le plus illustre fut celui des baffours décrits comme étant une population de forte corpulence et de traits négroïdes. Chasseurs, éleveurs et cultivateurs leurs dessins rupestres, encore, gravés sur les parois des montagnes escarpées de Tayarett, dans la région d'Adrar, demeureront d'éternels témoins vivants d'une ère et d'un peuple à jamais présent dans l'imaginaire de l'altérité.

    Mais, au fil des temps, les baffours allaient se sédentariser. Ils se reconvertirent en agriculteurs donnant ainsi naissance à une population baptisée Haratine, étymologiquement Harathine, c'est-à-dire, cultivateurs selon les termes du marocain Allal El Fassi dans, son livre, "Menhej El Istiqlaliya" traduit par "Méthode de l'Indépendance". Il rappelle, par ailleurs, que le "t" de Haratine et le "th" de Harathine sont,  des variantes de même phonème, comme c'est la tradition de l'arabe dialectal au Maghreb. Les Haratine sont donc un peuplement noir descendant des aborigènes, autrement dit, la première population de la sous région et que trouvèrent sur place respectivement les berbères et les arabes. Ils se définissent comme une communauté nègre d'origine et arabo- berbère de langue (Hassa nia), mais qui n'est, par-dessus tout ni nègre ni Bidhaan; car ils ont leur spécificité socioculturelle propre et partant une identité qui a su résister à toutes les adversités sociales et temporelles: les tentatives de phagocytose, de dissolution et d'aliénation.

    Il y a lieu de citer parmi les particularités Haratine:

          -     Le maintien des noms Haratine au coté des noms de familles négro-africaines et arabo- berbères;

    -         particularité culturelle des instruments et musique Haratine: guembra (mouz gheyba), r'bab, zega'ari (boubou), chenna, t'bel, baïlol, Neyfara, Zewzaya, abalangue etc.

    -         Les danses et les jeux: er retha, bondia, t'bal lekbir, tegra, knou, laab debbous, Heïba, (Hemba), Chaate, etc.

    -         Les chants: El medh (Gosels Haratine), ej jar, keynouni matt, Danse des cultivateurs, zakh (chant de virilité), etc.

    -         La littérature orale: légendes, contes, devinettes, charades, les proverbes, etc.

    -         Le pouvoir occulte: litanies, sorcellerie, secrets de l'eau, soins incantatoires, etc.

    -         La médecine traditionnelle: la pharmacopée (soins grâce aux plantes).

    -         L'apport au dialecte Hassanya de plusieurs lexèmes incontestables, substrat linguistiques des langues locales.

    -         Les us et coutumes: rites de circoncision et d’initiation, Dermise (c'est lors que la personne atteint la maturité; cela se célèbre par une cérémonie au cours de la quelle le concerné est rasé), l'importance des classes d'âge dans l'éducation (Laassar), le rôle de la sagesse et l'oralité dans cette communauté sempiternellement analphabète.

    -         Les localités Haratine sont appelées Debay, qui vient des langues mandingues. Et cela confirme que les Haratine sont sédentaires contrairement aux Bidhaan, nomades.

     

    2- La Mauritanie à l'arrivée des arabes:

    Chassés de l'Arabie parce qu'ils se livraient au pillage, les arabes ne changèrent pas de comportement, à leur arrivée, vers 1400, en Afrique. Ce sont d'abord les berbères et plus précisément les Zanagas, très  présents au nord, qui vont en subir les pratiques de brigands et  l'hégémonie. Conquis et soumis, ils  seront transformés en éleveurs. Ceci donna lieu à la genèse d'une nouvelle société hybride au XVII siècle, selon le professeur Seydou Kane:" la communauté maure bidhaan (blanche) est née de la rencontre des Berbères d'Afrique du Nord et des Arabes Béni Hassan en mal de territoire et à la recherche d'un pays d'accueil et d’un apport non négligeable de négro-africains.

    Après que leurs ancêtres Béni Hilal furent chassés d'Arabie par les khalifes abbassides au XIe siècle, et après une longue odyssée au Maghreb, les Béni Hassan sont eux-mêmes chassés du Maroc au XIVe siècle. Berbères et Arabes fusionnent à l'issue de longs conflits et d'alliances qui tournèrent en faveur des seconds dans le contrôle de la société maure."

     La plupart des berbères vont s'investir dans la théologie et s'adjuger le pouvoir moral et spirituel. Ils changèrent de statut et de nom pour prendre celui des Zouayas, d'où l'occupation de la deuxième place dans la hiérarchie sociale d'une société qui, en ce temps-là était en reconstruction sur le modèle négro-africain, à l'image du reste des populations de l'Afrique de l'ouest. L'autre partie restante des berbères ne connaîtra pas, quant à elle, l'émancipation. Elle vit, toujours les stigmates du passé et utilise sa langue en cachette, dans quelques zones se situant le long du fleuve Sénégal. Une autre frange, les Touaregs, quant à eux, parlent toujours le Tamashek au sud-est du pays, sur la frontière malienne. 

    Ensuite, les arabes vont se lancer dans les razzias contre leurs voisins négro-africains, après avoir établis des relations mitigées avec les Haratine ou "Harathine" qu'ils ont trouvés sur place et qui constituent la majorité de ceux qui, par extension, seront connus sous cette appellation. Mais contrairement à ce que l'on pense, ils n'ont jamais vécu l'esclavage, même si comme tous les tributaires, ils versèrent des dîmes ou des tributs (Leghrama), contre une hypothétique protection par les guerriers. Les preuves concrètes existent en grand nombre. On peut en citer, l'existence aujourd'hui de plusieurs tribus exclusivement Haratine comme  les

     Oulad Begnoug et autres; la présence aussi de très larges composantes nobles et jamais asservies. Selon les régions, celles-ci sont appelées soit EL Khathara soit Nanma.

     Tous les villages Peulhs, Soninkés, Ouolofs et Bambaras furent attaqués. Leurs enfants victimes de rapts ont été asservis et vendus qui sur les marchés du Maghreb qui sur les comptoirs Hollandais, Portugais et Français dès le  XV siècle, vérité que mettent en exergue les écrits occidentaux encore présents à l'Université Cheïkh Anta Diop de Dakar. Plusieurs marchés d'esclaves dont le plus célèbre était celui de la ville d'Atar avaient participé à encourager le vol des êtres humains. Les rebelles étaient châtiés à mort, une manière de dissuader tout soulèvement d'asservis. Néanmoins l'histoire retiendra plusieurs révoltes d'esclaves. La plus connue c'est celle de DIABDIOULA qui eut lieu, à la fin du XIX siècle, aux environs d'Aleg où en réaction contre l'oppression, les esclaves exterminèrent leurs maîtres, décimèrent leur bétail et se libérèrent du joug de l'asservissement.

    L'intérêt accordé à l'esclavage exercé par les guerriers et justifié par les Zouayas (les législateurs et les théologiens de la féodalité) ne détourna pas les tribus Bidhaan des guerres intestines auxquelles elles avaient pris l'habitude de se livrer. En effet, les batailles se multiplièrent prenant plus d'intensité. Certes des tentatives furent entreprises par beaucoup de notables, des chefs de tribus de surcroît. Mais toutes avaient, au bout du compte, fini par échouer, laissant place à des siècles d'instabilité, d'horreur et de sang,  des siècles de banditisme, de rapt et de désordre qui conduiront Cheïkh Mohamed El Mamy à dénommer la partie peuplée par les Bidhaan "Trabe Esseïba": Terre d'anarchie.

    Cependant, très vite, les conflits tribaux prirent une autre forme marquée par une grave opposition entre les guerriers et les marabouts qui entraînent la bataille de trente ans: Charr Bebba (1644 – 1674) dont les impacts politiques et socio-économiques étaient déterminants.

    3- La Mauritanie pendant la colonisation:

    Avec la poursuite de l'anarchie, installant le chaos, Cheïkh Sidiya El Kabîr décréta une fatwa qui plaide en faveur de l'affiliation à la colonisation laquelle, pense-t-il, pourrait assurer la sécurité et la stabilité. Si cette décision fut bien appréciée dans les milieux maraboutiques qui payèrent de lourds tributs pendant la guerre de Char Bebba, elle fut, en revanche dénoncée par les guerriers lesquels voyaient dans cette décision un alibi visant à renverser les rapports de force entre les pôles Bidhaan.

    Certes, les rapports entre les guerriers et les marabouts avaient été relativement pacifiés par l'administration coloniale. Mais les Haratine (libres de naissance, affranchis ou esclaves) étaient victimes de mépris d'une société raciste. Avec la colonisation, ils vont connaître une nouvelle forme d'exploitation. En effet, toutes les corvées leur seront affectées. Et leur labeur ne sera point rétribué. Ainsi construisent-ils à leurs  risques et périls des routes entières, cassant et concassant les pierres qu'ils transportèrent à l'instar du sable, de l'eau.

    Mauritaniens et colons ont encore en mémoire ces longues routes dites "Menkoussa" et pour lesquelles nuls moyens technologiques ni financiers n'avaient été mobilisés. Les Haratine s'en rappellent toujours, comme ils se rappellent encore de "El Mouzabya" (mise à pied) pour laquelle les révoltés contre l'esclavage avaient été mobilisés par milliers et moururent soit d'inanition et de soif, soit de maladies comme la tuberculose et le paludisme. Cette page, inhumaine et barbare, qui mérite autant d'indignations et d'excuses solennels, ses auteurs lui voulaient l'oubli, ce qui est inadmissible; car les Haratine en réclament le droit de mémoire.

    L'autre injustice sociale subie par les Haratine se rapportait aux paiements des impôts (Elbatana) et des taxes (Lighrama) très discriminatoires, du reste. Prévus pour être donnés par tout le monde, ces derniers sont versés seulement par la communauté Haratine et ce au nom de toute la tribu. Ceci n'est pas du tout surprenant lorsqu'on sait que les registres (kennache) et la tâche de recouvrement sont le privilège des chefs traditionnels qui sont soit nouveaux et imposés par l'Administration coloniale, soit anciens mais confirmés. Et ceux-ci n'hésitèrent pas d'abuser de ces atouts pour exercer leur domination et bâillonner les cris de colère et réprimer les révoltes  

    Il s'en ressort que la période coloniale a contribué à la cristallisation des stigmates de la discrimination vis-à-vis des Haratine, en renforçant leurs souffrances à travers la détérioration de leurs conditions de vie déjà précaires et l'instrumentalisation de leur assujettissement au profit du système Bidhaan ; tribaliste et féodal.

    Par ailleurs, même les écoles n'échappèrent pas à la discrimination. En effet, celles qui furent ouvertes par la colonisation étaient aussi exclusives que les écoles coraniques. Evoquant dans son rapport qui porte sur l'enseignement du français en Mauritanie, l'administration coloniale dit dans Archives de la République Islamique de Mauritanie: "l'existence de castes nettement différenciées ne permettent pas d'envisager l'instruction à la fois aux descendants des familles des chefs, guerriers ou religieux, et aux enfants des gents du commun". Elle ajoute: qu'"Il suffirait d'admettre à la médersa de Boutilimit un fils de serviteur ou d'artisan pour qu'elle soit immédiatement désertée par les enfants des familles libres qui la fréquentent actuellement." 

    Il est donc indéniable que pour plaire à la féodalité déterminée à s'approprier le pouvoir, la colonisation avait décidé de créer l'Ecole des fils des chefs et d'en exclure les Haratine. Voilà qui justifie l'absence des Haratine  dans toute la hiérarchie de l'administration de la première république taillée sur mesure.

    II- La Mauritanie Postcoloniale:

    Après 50 ans d’indépendance nationale au cours desquels se sont succédés des régimes civils et militaires atypiques que caractérisent l'archaïsme, le monolithisme, l’injustice sociale, l'ostracisme, la discrimination et les contrevérités, l'heure est venu de faire un bilan exhaustif sur fond d'examen minutieux de la nature d’exercice du pouvoir dans un Etat dont tous les régimes se sont absurdement acharnés sur les Haratine craints à cause de leur impressionnant poids démographique lequel en fait la composante nationale la plus importante, une force redoutable pouvant, dans le moyen ou le long terme, ébranler un système, déjà, aux prises avec la désuétude et l’usure.

    Evoquant le poids démographique des Haratine, le professeur, feu Seydou Kane dit dans l'un de ses écrits consacré à la question de l'esclavage: "Haratine et Abid, forment la composante sociale démographiquement la plus importante du pays, selon tous les recensements de ces dernières années." Ce pendant, tout est déployé par les régimes du système Bidhaan afin de continuer à divertir et cacher la vérité pour pouvoir se servir du nombre Haratine dans un rapport de force à leur détriment.

    La politique d'exclusivisme menée de façon systématique et sans ménagement constitue le sacre de plusieurs décennies de recherche effectuée par les intellectuels organiques du système féodal pour la conception d'un plan d'action devant exécuter les desseins d'une idéologie Bidhaan égocentrique, qui prit corps dans les enceintes de l’Ecole des fils des chefs laquelle, comme son nom l’indique, était le réceptacles des théoriciens du chauvinisme à qui revenait la tache de perpétuer la tradition incarnée par un pouvoir bicéphale: marabouts et guerriers, de protéger la pérennisation de la hiérarchisation de la société en castes et de monopoliser les privilèges socioculturels, économiques et politiques.

    Ainsi, forts du soutien incontestable et inconditionnel de l'administration coloniale française, aux lendemains de l'indépendance, les stratèges du système Bidhaan se sont fixés  des objectifs dont le but efficient et ultime est de parvenir à contenir un potentiel et irrésistible raz de marée Haratine.

    1-      Un demi-siècle de marginalisation et d'exclusion systématiques

     

    Vous pouvez lire, ci-dessous, l'exposé de toutes les formes d'injustices sociales, de marginalisation et d'exclusion organisées subies par les Haratine au cours des différents régimes civils et militaires qui se sont succédés du 28 novembre 1960 à nos jours. Chaque période est accompagné de  tableau décrivant le niveau de représentation des Haratine dans la gestion civile et militaire des appareils de l'Etat.

    28 novembre 1960 – 10 juillet 1978:

     

    Le régime de Mokhtar Ould Daddah a hérité du système social traditionnel de l'époque dont, bien entendu, les conditions de vie misérable des Haratine (esclaves et affranchis) qui occupent, aujourd'hui, encore, le bas de  l'échelle d'une classification sociale dominée par les guerriers, hiérarchiquement suivis par les Zawaya.

    Durant ces 18 premières années de l'indépendance, les effets négatifs de ce système hiérarchisant béni par l'administration de la première République ne firent l'objet d'aucun combat. Pire, ils allèrent se renforçant, à travers une ferme politique hégémoniste se matérialisant dans l'ouverture des écoles au profit des seuls fils des chefs qui jouirent de toutes les formes matérielles et morales de soutiens.

     En outre, la composition du gouvernement de la première République, ne regroupant que des personnalités issues de l'aristocratie, constituait un tournant dans l'histoire. C'était une preuve tangible de l'amorce d'un nouveau processus de réactualisation du pouvoir traditionnel usé de la minorité Bidhaan.

    Ce gouvernement a  opéré des choix sélectifs qui occultaient, sciemment  et tactiquement, toutes les mesures pouvant conduire, à court ou à long terme, à trouver des solutions satisfaisantes et durables aux grandes questions de l'époque, notamment, le dilemme de l'esclavage, la marginalisation et ses corollaires dont essentiellement la pauvreté, l'inexistence de plan d'action de scolarisation dans les milieux Haratine, l'enclavement des adwaba, l'exode rurale des années 1970 et l'émergence des bidonvilles ( Kebatt : agglomérations misérables, peuplés notamment d'esclaves et d'affranchis lesquels vivent en dessous du seuil de pauvreté). A cela s'ajoute l'absence de campagnes d'information et de sensibilisation pouvant participer à changer les mentalités affectées par le démon du tribalisme et du clanisme responsable de l'ancrage de la mentalité de domination, d'exclusion et de dépendance lesquels se substituèrent, à tort, aux valeurs de liberté, de justice et d'égalité, indispensables à un pays nouvellement sorti du giron de la colonisation.

    Les simulacres de solutions proposées, par le gouvernement de la première République, à la question de l'exclusion, reflétaient, de facto, sa ferme volonté de continuer à isoler et à exclure davantage les Haratine, par le biais d'une campagne, savamment orchestrée, de financement de la composante Bidhaan laquelle constitue, actuellement, à elle seule, la pierre de touche de la nouvelle bourgeoisie mauritanienne.

     Les effets immédiats de cette politique discriminatoire se manifestent par l'élargissement du fossé entre les différentes composantes nationales et à la faillite de quelques banques comme BIMA et UB d'autre part.

    A rappeler que l'échec du président Mokhtar Ould Daddah, quant à asseoir une politique d'intégration nationale, de promotion socio-économique et administrative a été souligné par Monsieur, Ahmadou Ould Abdallah haut fonctionnaire des Nations Unies, interrogé par Alain Foka, dans l'une des émissions de RFI. 

    Bref, un peu moins de 2 décennies de pouvoir sans partage de Mokhtar Ould Daddah, marquées par la fortification administrative du système sectaire et égocentrique Bidhaan, avaient pour provoquer les Haratine en suscitant leur réaction à travers la création d'un mouvement  d'émancipation qui prône la libération du joug de l'esclavage et fait appel à la lutte contre l'injustice, la marginalisation et l'exclusion en vue de diffuser et d'ancrer les valeurs de liberté, de justice et d'égalité entre toutes les composantes de la société mauritanienne. Ce mouvement c'est, en l'occurrence, El Hor, fer de lance du combat d'émancipation des Haratine, né le 5 mars 1978.

     

    Tableau N° 1:

       

      Administration Publique

       

      Institutions militaires et paramilitaires

       

      Ministres

      0

       Chefs d'Etat Major National

      0

      Conseillers et Chargés de missions à la Présidence

      0

       Chefs d'Etat Major de la Gendarmerie

      0

      Secrétaires Généraux

      0

       Chef d'Etat Major de la Garde

      0

      Ambassadeurs

      0

       Commandants des Régions Militaires

      0

      Walis

      0

       Direction Générale des Douanes

      0

      Hakems

      1

       Direction Générale de la sûreté

      0

      Chefs d’arrondissements

      1

       Directions Régionales de la Sûreté

      0

       Magistrature

       

       

       

      Présidents des tribunaux

      0

       

       

      Greffiers en chef

      0

       

       

      Greffiers

      0

       

       

      Notaire

      1

       

       

      Huissiers

      0

       

       

       

      0

       

       

     

    10 juillet 1978 – 12 décembre 1984:

     

    A cause de la lutte de pouvoir à la quelle s'étaient livrés les officiers supérieurs des forces armées nationales, cette époque fut l'une des plus mouvementées et des plus incertaines de l'histoire politique de la Mauritanie. En conséquence, les questions nationales n'avaient point requis  la priorité et furent reléguées au second plan.

     En effet, les voix qui s'élevèrent exigeant l'abolition de l'esclavage, la lutte contre la marginalisation et l'Etat d'exception, avaient conduit le Comité Militaire, au pouvoir, à s'en prendre aux cadres Haratine. La résistance de l'Etat fut farouche. Mais grâce aux prouesses de ses stratèges, El Hor, issu d'un élan sincère, avait pu encadrer et mobiliser la quasi-totalité des Haratine lesquels décidèrent en 1981 de porter leur combat vers la rue. Ils sortirent dans un sursaut inédit, défiant le régime militaire au cours d'un soulèvement populaire baptisée Marche des Esclaves. 

    El Hor devait payer un lourd tribut allant du lâche assassinat de l'un de ses leaders, en l'occurrence, feu Sidi Ould Jaber, tué en Tunisie après avoir reçu des menaces de mort suite à son refus de céder aux pressions de la féodalité; passant par l'arrestation et la torture de ses emblématiques membres fondateurs dont, au moins, un porte aujourd'hui, les séquelles de séjour carcéral; et se terminant par leur historique procès qui eut lieu à Rosso lequel sonna le glas de la révolte, signal fort que le régime d'exception de l'époque apprécia à sa juste valeur.

    La précipitation de ces événements riches d'enseignement allait contraindre le Comité Militaire, présidé par le Lieutenant Colonel Mohamed Khouna Ould Haïdalla, à promulguer, dans la foulée, une loi d'abolition de l'esclavage, suite à la consultation des oulémas lesquels décrétèrent une fatwa qui stipule l'abolition contre l'indemnisation des maîtres. Cette loi est dénommée, dans les milieux féodaux hostiles à l'émancipation," loi ou liberté de Haïdalla.

    Cependant, ledit versement d'indemnisation aux maîtres au lieu et place des esclaves, assujettis des siècles durant au grand mépris des religieux, des lois et des valeurs humaines, ôta tout intérêt à cette loi. Ce fut même une nette reconnaissance de la légitimité des pratiques esclavagistes, justifiant dans les faits pourquoi le gouvernement s'abstenait à fournir aux asservis tout soutien matériel et moral, malgré le poids de la misère, de l'ignorance, de la marginalisation sous lequel ces derniers croupissaient.

    L'absence de dispositions juridiques devant interdire et incriminer l'asservissement tout comme le refus explicite, par l'Etat, de redistribuer et d'attribuer les terres aux esclaves, dans le cadre de la réforme foncière ont participé à saborder l'œuvre d'émancipation et développer  toutes les formes de complexes d'infériorité et de dépendance. Pire, le gouvernement a, dans sa politique d'un poids deux mesures, multiplié les clins- d'œil à la féodalité, pour acheter leur complicité et partant leur silence, à travers l'application d'un plan de distribution ciblée des crédits agricoles, des prêts bancaires réservés aux seuls maîtres et la création d'une nouvelle forme d'esclave dite l'esclavage foncier.

     Voilà autant d'arguments qui prouvent que l'objectif visé, à l'époque, par la promulgation de la loi d'abolition de l'esclavage n'était autre que le désir d'absorber la colère de la rue de manière à pouvoir  bâillonner  les voix de plus en plus exigeantes des Haratine dont les réclamations se résumaient dans la devise suivante: liberté- justice- égalité.

     

    Tableau N° 2:

       

      Administration Publique

       

      Institutions militaires et paramilitaires

       

      Ministres

      0

       Chefs d'Etat Major National

       

      Conseillers et Chargés de missions à la Présidence

      0

       Chefs d'Etat Major de la Gendarmerie

      0

      Conseillers et chargés de missions à la Primature

      0

       Chef d'Etat Major de la Garde

      0

      Secrétaires Généraux

      0

       Commandants des Régions Militaires

      1

      Ambassadeurs

      0

       Direction Générale de s Douanes

      0

      Walis

      1

       Direction Générale de la sûreté

      0

      Hakems

      1

       Directions Régionales de la Sûreté

       

      Chefs d’arrondissements

      0

       

       

       Magistrature

       

       

       

      Présidents des tribunaux

      0

       

       

      Greffiers en chef

      1

       

       

      Greffiers

      0

       

       

      Notaire

      0

       

       

      Huissiers

      0

       

       

     

    12 décembre 1984 – 3 août 2005:

     

    Le régime de Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya, dans ses deux versions militaire et civile, n'était pas différent de ses prédécesseurs, en ce sens qu'il adhérait entièrement à leurs principes de domination et de marginalisation des Haratine.

    Pendant son règne militaire, de multiples voix se sont levées réclamant l'émancipation réelle et effective des esclaves, la levée de l'état de siège qui les frappait privant leurs cadres de pouvoir assumer les  hauts postes de responsabilité, condition sine qua non pour participer à la prise des décisions de l'Etat.

     

    Alors, pour briser l'élan de  revendication collective et parvenir à infiltrer le rang des Haratine, Ould Taya en a, précipitamment, nommé une poignée de personnalités à quelques postes politiques et administratifs. Pendant ses 21 ans de règne celles-ci n'ont jamais dépassé le seuil de 2 à 3 ministres par gouvernement, chose ridicule pour une composante nationale estimée à plus de 50% de la population nationale.

    A l'avènement dudit multipartisme, Ould Taya changea de politique. L'heure était au recul par rapport à son engagement d'associer les sempiternels exclus de naguère à la gestion des affaires publiques, voie sur laquelle il feignait s'être engagé pour parvenir à faire taire le mécontentement des Haratine bien que réellement insatisfaits. Une nouvelle stratégie fut adoptée et qui consistait à un retour planifié au tribalisme, au régionalisme et au clanisme. Ainsi une campagne de concertation et de coordination avec les chefs traditionnels fut-elle amorcée pour en   renforcer le pouvoir et en asseoir la domination et l'autorité grâce aux moyens de pressions mis à leur disposition par le gouvernement dont l'abus de pouvoir, le soutien moral et matériel reçu de l'Etat ( influence auprès de l'administration, pouvoir délibéré de nominations sélectives et de limogeages arbitraires et abusifs des cadres, et ce, du reste, en remplacement desdits principes administratifs de sanction et de récompense). Ainsi Ould Taya fut-il élu au terme d'une élection orientée où les urnes connurent un bourrage sans précédant et l'opération de dépouillement de graves manœuvres de manipulation.   

     

    Le plan de réforme d'ajustement  structurel dont l'application fut amorcée, aussitôt Ould  Haïdalla évincé du pouvoir, et la politique de privatisation accélérée des Etablissements publics qui s'inscrivaient dans le cadre d'un processus de libéralisation désireux, du moins, en apparence, de sauver le pays du marasme n'étaient, en réalité, que des prétextes venus justifier une stratégie de contrôle et d'appropriation de l'économie du pays afin  de renforcer le système Bidhaan et compromettre les chances de succès des revendications égalitaires, dorénavant, dépourvues de moyens financiers et d'appuis logistiques nécessaires. Alors en 21 ans de pouvoir, les Bidhaan ont contrôlé 90% de la richesse, en d'autres termes, presque, toutes les Entreprises leur furent concédées par l'Etat, à l'instar de l’ensemble des institutions financières nationales: BNM, GBM, BMCI, BCI, Chengitty Banque, BADH et BASIM Banque). Ceci est l'une des causes du très profond fossé sciemment creusé et qui se creuse davantage  entre deux mondes, deux communautés : les blancs extrêmement riches et les noirs profondément pauvres. 

     

    Par ailleurs, le règne de Ould Taya  a été marqué par un regain d'intérêt particulier accordé, par les opérateurs européens et asiatiques de pêche, aux ressources halieutiques mauritaniennes. Ould Taya a profité de cette opportunité pour distribuer les licences de pêche aux seuls Bidhaan. L'abus du pouvoir de ce régime ne s'arrêta pas uniquement à ce secteur. Les crédits agricoles, les crédits bancaires et les soutiens financiers, aux ONG, aux centrales syndicales, aux associations socioprofessionnelles, aux initiatives culturelles, aux coopératives, les distributions des offres anarchiques des marchés… étaient dirigées de manière discriminatoire et exclusive.

    Toutes les voix s'étant distinguées par leur refus de l'injustice sociale se sont retrouvées objet d'écoutes, d'enquêtes, d'arrestations et d'incarcérations arbitraires. Aucune n'aura pu jouir de procès de crainte que la vérité ne soit découverte et étalée au grand jour.

    Certes ce régime, jusqu'à son dernier souffle a toujours nié l'existence effective de l'esclavage qu'il banalisait en la reléguant au rang de séquelles. Il a  aussi récusé avec force l'existence de discrimination dans les services de l'administration entre Haratine et Bidhaan. Mais le célèbre procès des Cavaliers du Changement qui a eu lieu à Ouad Naga va révéler à tous les mauritaniens et à l'opinion internationale le niveau abject de bassesse du système Bidhaan de, ses idéologues et les intentions de ses stratagèmes résolus, à maintenir toute une communauté dans la dépendance, la misère et l'aliénation. Les actuels députés Saleh Ould Hanana et Abderrahmane Ould Mini, principaux responsables du coup d'Etat manqué du 8 juin, affirment, l'un et l'autre, au cours de leur procès, l'existence effective d'un plan d'action commandité par l'Etat  visant à exclure les Haratine du corps des officiers de l'armée, de la gendarmerie, de la garde et de la police. Ils avouent avoir pris connaissance de recommandations et d'ordres donnés pour d'une part bloquer à vie, au grade de capitaine, les militaires Haratine prétendant à l'avancement de crainte qu'ils n'assument de hautes responsabilités et d'autre part coincer la jeunesse Haratine désireuse de participer aux concours des officiers. Les aveux des Cavaliers du Changement confirment les révélations faites et diffusées sur l'Internet, un peu avant, par Colonel Baby ex intendant puis attaché militaire à l'ambassade de Mauritanie en France. Il y est question d'exclusion et de racisme systématique auxquels sont soumis les Haratine ne devant pas dépasser le grade de capitaine.

    Au niveau administratif, les Haratine restent les parents pauvres des nominations. En effet, aussi bien les régimes militaire que civil de Ould Taya n'ont coopté qu'une kyrielle de cadres, presque les mêmes en deux décennies, à la suite de fortes contestations Haratine. Ils n'occupent en général que des postes secondaires et insignifiants: 2 à 3 portefeuilles ministériels, 1 Secrétaire général de ministère, 1 à 2 Directeur de société, 2 ambassadeur; c'est tout ce qu'ils auront connu, durant 21 ans.  

     Bref, les deux décennies de pouvoir de Ould Taya sont celles de l'ancrage socioculturel et économique du système Bidhaan, devenu grâce à la bénédiction de ce régime, un véritable hydre tentaculaire minant la cohésion nationale par des maux institutionnalisés tels que la marginalisation et l'exclusion qui se font sur fonds de racisme.   

     

      Tableau N° 3:      

      Administration Publique

       

       Magistrature

       

      Ministres

      2 ou 3 par gouvernement 

      Présidents des tribunaux

      0

      Conseillers et Chargés de missions à la Présidence

      2

      Greffiers en chef

      1

      Conseillers et chargés de missions à la Primature

      0

      Greffiers

      2

      Secrétaires Généraux

      3

      Notaire

      0

      Ambassadeurs

      2

      Huissiers

      0

      Walis

      1

      Institutions militaires et paramilitaires

       

      Hakems

      2

       Chefs d'Etat Major National

      1

      Chefs d’arrondissements

      1

       Chefs d'Etat Major de la Gendarmerie

      0

      Education

       

       Chef d'Etat Major de la Garde

      0

      DREN

      1

       Commandants des Régions Militaires

      2

      Santé

       

       Direction Générale de s Douanes

      0

      DRASS

      1

       Direction Générale de la sûreté

      0

       

       

       Directions Régionales de la Sûreté

      0

     

                            3 août 2005 – 19 avril 2007:

    Certes, la corruption, le pillage des deniers publics, la détérioration des conditions économiques et sociales des citoyens auxquels s'ajoute le dialogue de sourd entre les différents partenaires politiques mauritaniens étaient autant d'arguments suffisants pouvant justifier la chute du régime de Taya. Et il fut effectivement renversé par l'un de ses plus proches collaborateurs. Il s'agit du Colonel, Ely Ould Mohamed Vall, élément clé dans son dispositif sécuritaire dont, naguère, l'implication est incontestable dans les nombreuses arrestations des figures de proue des militants des Droits de l'Hommes.

     Il importe, cependant, de rappeler que tous les problèmes ayant plaidé au profit du CMJD allaient, sans surprise, rester lettres mortes durant toute la transition. La seule exception à noter, est bien entendue, le domaine électoral où, du reste, l'organisation d'élections municipales, législatives et présidentielles fut unanimement jugées transparentes par l'ensemble des observateurs et les partis politiques nationaux.

     

     En définitive, les grandes questions nationales, naguère, sciemment, occultées par le régime de Taya, furent renvoyées au calendre grec. Le problème de l'esclavage allait même, à la surprise générale, connaître un recul inquiétant et dangereux, avec la contestation, par le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, Président du CMJD, dans son meeting de Rosso, de l'existence, en Mauritanie, d'un quelconque signe concret de manifestation d'esclavage. Le Colonel Ely Ould Mohamed Vall alla plus loin lorsqu'il traita, sur un ton sarcastique et hautin, les esclaves et les affranchis d'"électorat de ghettos", en comparaison à l'éclatement spatial forcé des juifs, jadis, victimes de la politique de nazisme hitlérien. Cette déclaration publique, suscitant bien des remous, fut une réelle volte-face par rapport à son discours d'Akjoujt où, répondant aux  slogans brandis par les militants de l'émancipation, il affirma son entière engagement à s'inscrire sur la liste des antiesclavagistes en vue de contribuer à mettre fin à ce mal  de sous développement.

    Les élections ouvrirent, par ailleurs, une nouvelle page d'hostilité à l'égard des Haratine qui atteignit le paroxysme par l'incitation des féodaux (chefs traditionnels et spirituels) à user de  leur poids pour affaiblir les partis politiques au profit des indépendants lesquels récupéraient au pied de la lettre le discours traditionnel opposé aux revendications sociales, politiques, économiques et culturelles des Haratine. Et le complot ourdi fut tel que les hommes d'affaires, les commerçants et autres personnes de bonne volonté s'empêchèrent en vertu des pressions subies de contribuer au financement des campagnes de Haratine notamment les plus représentatifs. L'objectif, c'était de limiter leur nombre dans les centres de décision (Parlement, Sénat et Conseils Municipaux), ce qui a effectivement eu lieu.

    En outre, signe de mauvaise foi, le CMJD n'a attribué que 2 portefeuilles ministériels aux Haratine, souscrivant ainsi au quota arbitrairement imposé par Taya et partant le système Bidhaan décidé à ne pas l'augmenter de peur de perdre le contrôle d'un pouvoir artificiel doublée d'une hégémonie irrationnelle dont dépend sa survie.

    Ceci étant, il convient d'affirmer, sans risque de se tromper, que le régime du Colonel Ely s'inscrit dans une logique de renforcement de la domination Bidhaan dont la philosophie et le pouvoir furent sérieusement affectés par la tentative de Coup d'Etat du 8 juin 2003. En effet, en l'absence de confiance en ses congénères, Taya avait recouru aux Haratine pour contrôler  aussi bien le Gouvernent que les Forces armées Nationales, ce pas n'était du goût des Beïdanes qui ne cachèrent pas leur indignation et leur réprobation. Ils craignaient une conquête du  pouvoir par ces Haratine forts de "la confiance" du Président.     

     

    Tableau N° 4:

       

      Administration Publique