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Affaire Ahmed Ould Khattri
: Chronique d’une détention
arbitraire
Le monde bouge mais
Ahmed Ould Khattri, Cheikh Ould Maouloud et Mohamed Lemine Ould Dadde
restent en prison, en attendant des procès qui ne viennent pas.
L’opinion publique a le droit de savoir ce qui s’est, réellement,
passé, en ces affaires où les trois hommes sont accusés, chacun,
de détournements de deniers publics. Commençons par évoquer les
détails du premier cas qui n’est autre que celui d’Ould Khattri,
l’ancien directeur national des PROCAPEC, dossier n° 034/09.
L’arrestation d’Ould
Khattri Ahmed Ould Khattri est arrêté le 5 janvier 2009, dans
son bureau, sans plainte et sans mandat de dépôt. Raison invoquée:
détournement de deniers publics. Remarques :
- pas de rapport provisoire sur
lequel il doit porter ses remarques. - pas de rapport
définitif sur lequel il doit porter ses observations. - Pas
de demande d’explication, pas d’avertissement, blâme ou mise en
demeure. - Pas de plainte écrite, ni de mandat de
dépôt. - Pas de flagrant délit à invoquer, pour justifier
l’irrespect des procédures en vigueur et le déni de ses
droits. - Enfin, c’est la police judiciaire qui procède à
l’arrestation au lieu et place de la police financière. Les
tracasseries, étape par étape Le 6 janvier 2009, le domicile
d’Ould Khattri est perquisitionné, sans mandat de perquisition; la
police emporte son ordinateur portable. Le lendemain, autre
perquisition, similaire à la première; les enquêteurs n’emportent
que l’ordinateur fixe du bureau. Le même jour, Ahmed est transféré
à la direction de la police chargée des crimes économiques. Et une
plainte de la BCM est déposée, pour irrespect des textes
réglementant la micro-finance, ordonnance 005/07: déficit de
caisse, retraits non justifiés, abus de fonds, ouverture des CAPECs
sans autorisation de la BCM et irrespect des ratios de gestion. Après
sept jours de garde à vue, l’ancien DN des PROCAPECs est déféré,
le 11 janvier, devant le parquet de la République, pour des
interrogatoires de dix heures d’horloge. Le même jour, il est
présenté au juge d’instruction du 3ème cabinet, pour une
comparution de dix minutes et mandat de dépôt, avant d’être
incarcéré à la prison civile de Dar Naïm, pour détournement de
fonds et irrespect de la réglementation micro-financière. Le 2
février 2009, il introduit une demande de liberté provisoire qui a
été refusée, aussi bien par le parquet que par le juge et la
chambre d’accusation, puis bloquée, par le parquet général, pour
ne pas atterrir à la Cour suprême. Le 11 mai 2009, le mandat de
dépôt expire, sans être renouvelé. Ould Khattri se trouve, alors,
en détention arbitraire. Le 15 juin 2009, nouvelle comparution
devant le juge, après six mois de détention préventive, suivie, le
26 juin 2009, d’une troisième séance d’interrogatoire, devant
le juge. Le 2 juillet 2009, une première: le parquet fait savoir,
à la défense, son intention d’accorder une liberté provisoire
sous caution. Ould Khattri retire, alors, la première demande
bloquée et introduit une nouvelle demande de liberté sous caution.
Le parquet, saisi par le juge, exige une caution de 20 millions
d’ouguiyas. La famille d’Ahmed collecte, difficilement, la somme
et verse la caution au Trésor public. Sur présentation de la
quittance, le juge rend une ordonnance de mise en liberté. Longue
attente du visa du procureur général puis rétractation du parquet
qui fait appel contre sa propre décision, tard dans la nuit (du
jamais vu, dans les annales de la justice). Dix-sept jours plus tard,
troisième séance d’interrogatoires, par le juge, en présence
d’un substitut du procureur. Le 9 août 2009, surprise: la
chambre d’accusation, contre toute attente et logique, porte la
caution à 64 millions. Le parquet se pourvoit, encore, en
cassation. Le 10 septembre 2009, le parquet, se rendant compte que
le mandat de dépôt, prévu par la loi, est d’une validité de
quatre mois et a, donc, expiré depuis le 10 mai, ordonne au juge de
le renouveler, ce que celui-ci fait, en omettant de mentionner la
durée de période initiale. Le 27 Octobre 2009, soit dix mois
après sa plainte, la BCM transmet, enfin, son rapport définitif. Le
30 Octobre 2009, le juge désigne un «expert», dépourvu de toute
connaissance, pratique ou expérience, en micro-finance, pour
expertiser les travaux d’une mission de la BCM de onze mois qui a
fourni un rapport de 800 pages, des milliers de pièces et
rapports de PROCAPEC, ainsi que les trois séances d’interrogatoire
d’Ould Khattri. «L’expert» prétend exécuter ce gros travail
en trente jours... L’accusé tente, en vain, de se faire
entendre par le chargé de l’expertise. En revanche, celui-ci
rencontre plusieurs cadres de la BCM, les anciens directeurs et la
nouvelle directrice de PROCAPEC. Comme prévu, après un mois, donc,
soit le 1er décembre 2009, «l’expert» présente son
«analyse»d’une trentaine de pages, avec deux cents autres en
annexes. Le 5 janvier 2010, quatrième séance d’interrogatoire
par le juge. Le lendemain, cinquième et dernière séance
d’interrogatoire. Le 7 janvier 2010, après la fin de
l’instruction et se sentant toujours détenu arbitrairement, Ahmed
Ould Khattri introduit une demande de liberté provisoire sous
caution. Le parquet s’y oppose et le juge se résigne. Le 10
janvier 2010, le juge renvoie l’affaire, qui n’est même pas
correctionnelle, devant la cour criminelle. Le 21 janvier 2010, Ahmed
fait appel contre la décision de renvoi du juge devant la criminelle
et le mercredi 19 mai 2010, soit quatre mois après l’appel, la
chambre d’accusation renvoie le dossier à la chambre
correctionnelle. Le 26 mai 2010, le parquet général se pourvoit
en cassation et l’affaire prend le chemin de la Cour suprême… En
attendant Ahmed et les autres croupissent, encore, en prison. Quand
seront-ils jugés? De toute évidence, ce sera une décision
politique. La séparation des pouvoirs dont parle le président
n’est, donc, pas pour demain la veille! (A
suivre)
JIDDOU HAMOUD Le calame-Mauritanie
Manif à Rkiz contre l’emprisonnement arbitraire de Ould Khattri
A
Rkiz dans la wilaya du Trarza, les populations ont organisé
aujourd’hui un sit-in de protestation. Cette manifestation, qui
a eu lieu au centre de la mouqataa, réclame la remise en liberté
d’Ahmed Ould Khattri, incarcéré arbitrairement depuis plus de
deux ans. Des groupes de ses parents et amis ont décidé
d’organiser une série de manifestations de protestation dans
plusieurs villes du pays pour réclamer sa libération.
L’initiative « Justice pour tous », lancée
par M. Ould à partir de sa prison, avait organisé la semaine
passée un sit-in de solidarité avec lui devant le palais de
Justice de Nouakchott.
Taqadoumy.com
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