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Va-t-on vers une
guerre civile en Mauritanie ?
Si nul ne peut prédire l'avenir, les événements
tragiques récents, la montée en puissance des extrémismes – quelqu’ils
soient, quelqu’en soient les apparences et dessous de table, un an de
pouvoir calamiteux, la baisse du pouvoir d’achat, la pauvreté
galopante, tous ces ingrédients semblent composer, à s'y méprendre, le
cocktail originel des conflits africains de ces dernières années, en Afrique de l'Ouest en
particulier. Une question vient dès lors à l’esprit : va-t-on vers une
guerre civile en Mauritanie?
La situation du pays se résume ainsi : d’un part, misère extrême et
souffrance sociale quasi endémique, citoyens excédés, économie
brinquebalante, le tout sur fond de braderie des ressources naturelles
de la nation.
De l’autre, ministres gérant leur(s) portefeuille(s), hors de tout compte
envers l’Etat et le peuple; élus de ce dernier, sourds et muets; militaires
puissants et intouchables; barons de la drogue en toute quiétude ;
islamistes ou soi-disant tels semant la terreur. Cerise sur le
gâteau, voici les dinosaures de l’ancien régime «revenus» en force –
étaient-ils jamais partis? – usant de tous les moyens et
subterfuges pour user la corde – jusqu’où? – préserver leurs
privilèges déments et durer, durer – jusqu’à quand?
A l’ère de la fée-démocratie, les injustices multiples persistent et
signent le quotidien des mauritaniens. Voilà de quoi aviver la flamme de la
violence. Qui se souvient de la Mauritanie
d’il y a vingt ans, à peine, pacifique et humaine?
La Mauritanie
d’aujourd’hui vit à l’ère des médias, à l’image du monde environnant,
cruelle et inhumaine, informée tout aussi instantanément de l’assassinat
d’un enfant dans un attentat à Islamabad ou au cours d’une «incursion» israélienne, que des
dernières malversations de la raffinerie de Nouadhibou dont l’Etat semble protéger les
responsables.
Nous voilà en pilotage automatique, il n’y a pas de pilote dans la cabine,
pas de leader charismatique et fédérateur. La molle attitude du
gouvernement lors des tristes événements d’Aleg, de Ghallaouiya
et de Nouakchott
témoigne d’un certain amateurisme et d’une incompétence qui risquent
d’accélérer sa déchéance : une révolte populaire? Militaire? Une
guerre civile?
Tous les conflits meurtriers ont ainsi commencé : un différend tribal,
idéologique ou politique sur fond de crise socio-économique, le tout bien
instrumentalisé par des médias complices. Demandez aux libériens, sierra
léonais, rwandais, ivoiriens, congolais et autres tchadiens quelles
satisfactions ont-ils tirées de leur guerre fratricide. Sinon des cadavres
dans les rues, des enfants mutilés, des orphelins, et des populations
déplacées par les horreurs d’une guerre aveugle et barbare.
Ce désastre humain qui s’esquisse sous nos yeux, aurons-nous assez de
sagesse – un brin y suffirait – pour l’effacer, l’expédier, sans plus
attendre, au rayon des songes chimériques?
Imaginez un peu. Nouakchott,
huit heures du matin, odeurs de poudre et de sang, cris d’agonie. Files
interminables de fuyards, à pied, en charrette, sur des ânes, accrochés aux
portières de voitures surbondées, en route pour l’exil vers la région la
plus proche, le Sénégal.
Même désolation à Nouadhibou,
les gens courant vers le Sahara
occidental. Maisons en flamme, voitures calcinées, et des
cadavres, partout, gisant dans la plus totale indifférence d’enfants armés
jusqu’aux dents. Cauchemar.
A tout cela, une seule véritable cause : l’injustice. Cette pratique
quotidienne, odieuse, d’une minorité vivant dans l’opulence ostentatoire,
insolemment affichée, pendant que d’autres croupissent dans la misère et
l’ignorance. Vous sentez-vous choqués par ce discours effroyablement
pessimiste? Prenez, en tout cas, le temps d’y réfléchir et que ce soit – je
l’espère ardemment – son unique avenir…
La «démocratie homéopathique»
– on en rirait si ce n’était si triste – est une déception majeure,
douloureuse, insoutenable. Le président actuel est devenu la vivante
incarnation d’un homme sans pouvoir et sans personnalité, spectateur
d’une dramaturgie politique où chacun des acteurs politiques
joue – à merveille, hélas ! – son rôle destructeur.
Quant à son premier ministre, parachuté à la tête du gouvernement le plus
anarchique de l’histoire de notre pays, est-il en mesure de faire face à
tous ces défis? Ou devrait-il démissionner, au plus tôt, dans
l’intérêt suprême de la nation et de l’intégrité du pays? De nouvelles
élections?
La Mauritanie a
besoin d’un homme d’avenir et non d’un homme du passé. Un vrai
gouvernement collégial, de consensus national, véritablement
au-dessus des clivages communautaires et idéologiques? Ce pays sans
développement ni démocratie ne demande qu’une bonne volonté, un peu de rigueur
et de fermeté.
Il faut se ressaisir tant qu’il est temps. Sinon, l’éclatement nous guette;
affaire de jours, de semaines, peut-être de mois. Démesurément pessimiste
ou lucidement optimiste, ce que je ne veux surtout pas, c’est la guerre,
l’infâme, la faucheuse. Aussi fais-je appel à la prévention de cette
maudite, car je veux un seul peuple, une seule nation, un peuple uni dans
sa diversité, dans le respect de la constitution rédigée par les
militaires que j'ai, pourtant, dénoncés en 2006, des lois et des intérêts
du pays. Aidons-nous, mauritaniens, et le ciel nous aidera!
LE 26/02/2008
source : Docteur Kleib / Le Calame (Mauritanie)
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