ARTICLE 9:

A.H.M.E.

 

La réponse de Samory Ould Beye novembre 2005

 

 

Samory Ould Beye répond à Isselmou Ould Abdel Kader :

"L'important ce n'est pas la recherche du coupable ou de la revanche, mais la reconnaissance du fait"     

 

    A travers cet article Samory Ould Beye répond à l'article de Isselmou Ould Abdel Kader, publié dans notre édition Nouakchott Info N° 774 du 9 mai 2005 sous le titre : "Lutte contre l'esclavage ou soif de démocratie sociale " . Tout d'abord, je remercie Monsieur Isselmou O/ Abdel Kader de son article visant à ouvrir un débat national sur la question de l'esclavage, ce phénomène odieux qui demeure persistant et distingue la société Mauritanienne en ce 3è millénaire et bénéficie d'une large protection aussi bien dans les milieux esclavagistes traditionnels que dans les milieux des intellectuels et de l'élite nationale. Si pour Isselmou O/ Abdel Kader certains compatriotes continuent de brandir le drapeau de la lutte contre l'esclavage, d'autres malheureusement ne se sont jamais lassés de hisser très haut le drapeau des pratiques de l'esclavage dans son habillage classique que moderne pour satisfaire leur satiété de dominance et de domestiquer l'autre en vue de son exploitation et lui ôter sa personnalité morale et détruire sa dignité humaine. Si de telles pratiques constituent pour ceux là des pratiques ordinaires qui ne doivent pas susciter de réaction de rejet ou de révolte elles constituent chez les victimes une agression, une attitude de haine, de mépris et une volonté d'abdication. Monsieur Isselmou O/ Abdel Kader vous dites et je cite : "ce phénomène unanimement condamné et dont personne parmi les vivant n'est responsable". Ce phénomène malgré qu'il constitue une violation grave des droits fondamentaux de l'homme, une insulte à l'humanité et une source de déstabilisation sa condamnation n'a jamais fait l'unanimité d'un front virulent contre (ceux qui brandissent le drapeau de la lutte contre l'esclavage), mais au contraire l'unanimité a été faite autour de ce front de la honte qui a regroupé autour de lui la féodalité esclavagiste, les soit disant démocrates, les nationalistes se disant progressistes, les islamistes ou religieux qui connaissent mieux que quiconque la non légitimité de l'esclavage en Mauritanie.  Et l'Etat qui est sensé protéger ceux qui ont eu le courage ou se sont révoltés contre les pratiques avilissantes de l'esclavage, les a emprisonné, torturés, humiliés, privés de leurs emplois (dirigeants du mouvement El-Hor) dans les années 1980 et 1990. (Les forces progressistes), les intellectuels et autres acteurs de la société civile ont soutenu d'une manière ou d'une autre cela. Si l'esclavage est un phénomène de société est une pratique primitive que des aïeuls ont pratiqués dans leur temps demeure vivant dans notre société d'aujourd'hui en ce 21ème millénaire, il est encore pratiqué par certains parmi nos vivants dont la responsabilité est indéniable. Mais l'important ici se n'est pas la recherche de l'incriminé ou du coupable, non plus la recherche de la revanche, l'important c'est la reconnaissance du fait et l'action collective pour son éradication, la volonté politique de mobiliser les forces vives de la nation (mouvements associatifs, partis politiques, oulémas) mais aussi les moyens de l'Etat ect, dans une vaste campagne de sensibilisation à l'image de celles organisées pour l'alphabétisme, la femme ou les maladies endêmiques. Ne pas vouloir aller dans cette voie constitue non seulement une opposition mais également une protection et un encouragement de ces pratiques. Le débat sur cette question est plus que nécessaire et utile, il doit être un débat national et non un débat de société comme préconise certains. Les gouvernements successifs depuis la naissance de l'Etat Mauritanien n'ont jamais prouvé une volonté véritable d'aller au concrêt au fond des choses en instituant des lois réprimantes et protectrices des victimes ; aucun programme socio-économique spécifique n'a été réalisé au profit des esclaves et anciens esclaves laissés pour compte, confinés dans l'étouffement et la domestication fatale. Les législations et décisions d'abolition de l'esclavage prises à nos jours sont destinées à la consommation extérieure et pour le besoin de redorer un blason trop sale. L'élite ou intellectuels  mauritaniens, quel rôle ! Nous avons vu la majorité de cette catégorie pour ne pas dire la majorité des maures se vanter et se glorifier de l'héritage esclavagiste qui pour certains est une valeur et une source de grandeur, de primauté, d'orgueil flattant et de force sociale qui leur assure respect et privilège. Grâce donc à cela, il y a ce déséquilibre profond au plan économique, social et politique situation qui a permis d'éjecter de la société les esclaves ou anciens esclaves (haratines) et leur condamnation à vivre en marge de cette société sclérosée et réfractaire à tout changement civilisationnel ou démocratique que certains on taillé sur mesure. Même si les pratiques de l'esclavage existent dans la communauté négro-africaine comme dans la communauté maure et que les esclavagistes des deux bords ont le même esprit, la même velléité, la même soif de faire domestiquer d'autres personnes et les assujettir, seulement l'esclavage dans la communauté maure s'est distingué par une certaine sévérité et atrocité par notamment : La violence physique et morale - l'humiliation - la vente - privation de droit d'héritage - la liberté de mariage et de mouvement sans autorisation préalable du maître etc. Tandis que chez les négro-africains les esclaves jouissent d'une certaine autonomie et liberté. Le concept de maure noir ou n'est pas du tout une invention de l'administration coloniale, il s'agit d'un concept crée et véhiculé par les maures particulièrement esclavagistes qui ont attribué plusieurs appellations dont : maures noirs (khadhri, khadara : teint noir - gens de teint noir) ; (abid : esclave) - (hartani : affranchi). Les esclaves qui fuyaient leur maître, et partaient chercher refuge dans les postes coloniaux prouvent que depuis toujours ils cherchaient à se libérer de leur condition lamentable ; le colon au départ a voulu les aider à se libérer à un certain moment avant de buter aux intérêts des esclavagistes et finir par marchander avec ces derniers sacrifiant ainsi ceux qui regardaient obstinément et font appel aux hommes libres afin de les aider à briser les chaînes hideuses de l'esclavage, pas pour se venger mais pour vivre libre, digne, accepté dans sa société.  Mais malheureusement ces cris d'alarmes et de détresse n'ont jamais eu d'écho et le calvaire continue à nos jours sans esprit à un lendemain proche où ces centaines de milliers d'hommes, asservis, affamés exclus même du savoir, retrouvent leur liberté et aussi leur place dans l'échiquier national en tant qu'hommes entiers jouissant de tous les droits et bénéficiant de tout ce dont bénéficie les autres mauritaniens dans un environnement propice au progrès social, à la justice et à l'égalité. Monsieur Isselmou si la pauvreté absolue frappe sans distinction et qu'à l'époque des
    " tentes étaient tournées vers l'Ouest " où les gens vivent ou meurent dans l'attente d'on ne sait quoi " les gens dont tu parles disposaient de tentes qu'ils tournaient librement vers l'Ouest ou l'Est, ils jouissaient de leur liberté, de leur dignité humaine et n'oublie pas qu'ils disposaient de cette valeur sans commune mesure qui est leurs esclaves ; esclaves sans tentes et sans droits à la dignité humaine. Et si ceux qui meurent sous les tentes à l'attente d'on ne sait quoi, l'esclave, lui meurt au fond des puits en les creusant pour le besoin du maître, sous les troncs d'arbre ou sous les fez dépassant sa force physique mais que les contraintes du maître oblige à porter. Monsieur Isselmou, vous évoquez la soif de démocratie sociale, moi je pense qu'il faut d'abord aller dans la lutte contre l'esclavage qui persiste et continue à être pratiqué dans notre pays, cette lutte permettra la libération des énergies, leur émancipation et leur intégration dans la vie active de la nation à tous les plans. Il faut que ces personnes victimes de l'esclavage soient amenées par des campagnes de sensibilisation et de mobilisation à se convaincre qu'ils sont libres et qu'il sont mauritaniens au même degré que les autres mauritaniens ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs. Et c'est avec ça et seulement avec ça que nous aimions contribuer positivement à bannir l'esclavage de notre société, assainir le climat social et consolider la cohésion et l'unité nationale faire ancrer la culture de l'amour, de la fraternité et du respect réciproque bref assurer la pérennité de la nation, le développement de notre cher pays et la préservation des acquis nationaux.  

Samory Ould BEYE 

 

 

 

  Retour