A.H.M.E.
ARTICLE 54 :
La démocratie classique peut-elle constituer la solusion à notre Question nationale ?
|
La démocratie classique peut- elle constituer la solution à notre Question nationale ?
La Démocratie, cette chose que nous avons, parait-il, héritée des Grecs, est de nos jours très prisée. Mise en veilleuse avec les régimes africains post-independance pour les besoins de leur consolidation, elle reapparait en Afrique, quelque peu forcée, après le discours de la Baule et avec la chute des dictatures . Perçue, faussement , comme une panacée à la plupart des maux actuels, une sorte de griotisme en fait un mode d’organisation politique supérieur pour ne pas dire idéal, une valeur de référence premiére vers laquelle chaque pays devra tendre , pour” paraitre comme il faut”. Cette maniére de voir a fait des adeptes un peu partout, jusque chez -nous, en Mauritanie . Certains de nos hommes politiques, à leur tour fascinés par ses prétendues vertus, militeraient pour son application mécanique , sans discernement, genre “ un homme une voix “-ex slogan de l’ANC-comme seule voie de recours pour la résolution de notre Question nationale . Seulement il existe des réserves, de sérieuses réserves quant à la la pertinence d’une telle approche face à nos réalités nationales , et qui tiennent à plusieurs raisons . La premiere releverait d’abord, d’une sorte de “critique en soi " de la démocratie elle même . En effet, il convient de rappeler que la Démocratie,_ j’entends la
démocratie à La Démocratie comporte dans son essence même des limites intrinséques importantes, insoupçonnées . C ‘est du moins ce que semble soutenir Claude July qui, dans un article
paru dans LE MONDE DIPLOMATIQUE de septembre 1989 intitulé “la menace
démocratique “ écrivait " le fonctionnement du système politique
démocratique requiert habituellement une certaine mesure d’apathie et de non
-participation de quelques groupes ". Il ajoute “ la marginalisation de
ces groupes, bien que par nature anti-démocratique , constitue le salut
démocratique ; à defaut de quoi le système Il convient dès lors de s’interroger, au regard de ces considérations , sur la valeur absolue que d’aucuns lui prêtent qui doit être nuancée; sur la vérité du Gouvernement du peuple par le peuple qui est ,quelque part, un leurre . Il n’est même pas interdit de penser qu’elle n’est en fait qu’une superchérie qui sert les riches, et légitime par cela même une domination des groupes exclus . S’entêter à vouloir nous l’imposer, nous mauritaniens, comme schéma , sans nuance aucune, ne serait-il pas plutôt une maniére subtile de faire perpétuer le Système inique actuel au profit du seul groupe ethnique beydane , aujourd’hui dominant* ? ( je vous renvoie ici aux travaux de Dahane Ould Taleb Ethman : “ partage régional des hautes fonctions de l’Etat ”, _ extraits publiés dans Mauritanie -Nouvelle no 42/45 1993_qui apparait comme un compromis entre les grandes tribus pour le contrôle des hautes fonctions de l’Etat . LESERVOISIER ( question fonciére en Mauritanie,” terres et pouvoir dans la région du Gorgol“, page 192 ) , déduit de ce travail un graphe sur le dosage Ethnique , et montre combien l´Etat mauritanien est “ tribal et Ethnique " vu l’infime part donnée aux Négro-Africains: pouvoir politique 12%, pouvoir économique 6%, pouvoir Administratif 21% , pouvoir diplomatique 12%, pouvoir militaire 15% ). Ma seconde résérve tient au fait que la Démocratie requiert, pour fonctionner normalement, un type de société , ou une “societé citoyenne “ ; la démocratie “citoyenne” , pour reprendre une formule consacrée, requiert à mon sens, ce que disait Cheikh Anta Diop de la lutte des classes : “elle suppose une nation rendue au préalable ethniquement homogéne ( par la violence )”. Une société donc, où la citoyenneté seule impulse et guide la conduite de l’individu . Or comme nous l’observons , ce modèle pour un bon fonctionnement démocratique est loin de correspondre à notre société mauritanienne à hiérarchie verticale . Notre corps social est celui oû l’individu baignant en totalité dans le groupe se réfère généralement pour agir , à sa tribu , ou/et à son appartenance ethnique . Chez nous le facteur ethnique, le facteur race ou tribu demeurent une réalité , forte . L’esprit citoyen ou patriote demeure absent pour la majorité. Si nous ne pouvons rester prisonniers de ce carcan , nous ne devons non plus, en faire table rase, sans risques. Voilà pourquoi , en conclusion , vouloir appliquer mécaniquement ce type
de démocratie sans lui construire un support me parait inopérant . La Démocratie de l’apartheid excluait ces millions de Noirs, celle du Soudan exclut encore les Noirs Chrétiens du Sud , tout comme celle du Rwanda les Hutus . L’exemple vivant de ces pays, entres autres, montre clairement que sous une égalité de principe peuvent se camoufler racisme et discrimination ethnique , que la Démocratie peut très bien s’accommoder au racisme et à l’esclavage , comme le remarquait Ould Ciré de l´AHME dans son interview à Flamnet . Les limites donc du recours automatique à la démocratie comme solution, sans réadaptation ou réamenagements , sans considération de certaines spécificités, nous paraissent évidentes . Nous ne saurions sauter à pieds joints dans ce système démocratique sans risque, voire sans risques majeurs. Voici pourquoi, pour corriger les disfonctionnements et les risques de graves dérives inhérentes à la Cohabitation pluri-ethnique et/ou multi-raciale en général, il faut non pas la Démocratie automatique mais un socle, au préalable ; un socle solide sur lequel elle reposera et qui soit bâti sur des règles qui tiennent comptent à la fois des spécificités et correctifs à apporter, localement . Ce socle sera la base premiére de cette citoyenneté, vers laquelle il faut tendre. Nous l´avons dit. C’est cela qu’avaient compris la Belgique et la Suisse, deux pays Européens de grande tradition démocratique, mais aussi le Liban bi-confessional ( chrétiens et musulmans ), en élaborant des régles fixes comme parade aux dérives possibles, ou même probables . En effet , dans les cas de proximité de groupes nous dit Cheikh A Diop dans “races et classes sociales“ , "chaque groupe s’organise , non pour assujettir un autre mais pour l’assimiler... ". Que " plus le pourcentage de la minorité augmente, plus la lutte de classes se transforme en affrontement racial ". Il faut rappeler que la Suisse et la Belgique partagent à peu près la même réalité grossiére que la Mauritanie ; la réalité ethnique et/ou communautaire . En Belgique cohabitent trois communautés : une de souche allemande , une seconde d’origne Française et la troisième de souche Néerlandaise . La Suisse elle , compte six Ethnies . Ces pays , pour parer aux dérives , ont donc d’abord et avant tout élaboré des règles , posé des principes constitutionnels devant régir la Cohabitation des Communautés , avant tout lancement du jeu démocratique. Ces règles sont conçues de telle manière que chaque groupe ethnique se sente protégé , rassuré contre d’eventuelles menaces pour sa survie ou son assimilation . Ainsi , dès qu’une partie sentait qu’une disposition de loi en gestation menaçait ses intérêts, elle actionnait des leviers de commande prévues à cet effet , pour bloquer la mesure ; par ailleurs la constitution institue une même parité (des groupes ) dans la chambre haute ; et dans la chambre basse une représentation équilibrée au prorata du poids démographique de chaque communauté . Ces peuples ont donc volontairement prévu et élaboré les parades nécessaires , en prévision de conflits inévitables, en pareil cas, qui affectent la vie de groupes de proximité , comme dit plus haut . Ces régles ainsi conçues servent encore de socle à la Démocratie Belge et Suisse, et en partie dans l’Espagne actuelle des Autonomies . Pourquoi en serait-il autrement chez-nous ? Quelle crainte y’aurait -t-il donc à appliquer les mêmes recettes chez nous, quand elles ont contribué, de manière prouvée , à résorber , en tout cas à apaiser les tensions ethniques ? Pourquoi existe-t-il chez certains de nos hommes politiques et intellectuels une réticence, une allérgie pour ne pas dire une hostilité sournoise et forte , à s’inspirer de l’expérience réussie d’autres pays ? pays qui ont admirablement résolu , sur des bases communautaires , “leur Question nationale “ ? de quoi aurait-on donc peur ? Ces attitudes crispées nous amènent à douter de certaines Oppositions ; en effet pour peu qu’on observe attentivement la scène politique mauritanienne , qu’on prête attention aux discours ambiants ici et là , on a comme l’impression qu’il existerait deux types d’opposition , ou d’opposants ; des opposants dans le Système et des opposants au Système ! et nombreux sont les premiers...qui ne souhaitent pas, au fond , que le système change . Ce que nous observons au cours des Discours éléctoraux , c’est que jamais la Question Nègre n’est évoquée dans sa dimension politique. Juste entend -on certains acteurs en scéne, parler de “l’unité nationale “_concept fourre-tout _ , ou alors de passif humanitaire auquel , bien souvent, ils reduisent la problématique Nègre ! C’est là une des raisons qui fonde mes résérves pour le recours automatique à cette démocratie comme solution , chez nous .<BR<> Enfin , dernier argument, nous nous souvenons fort bien que sous Ould Daddah, comme un peu partout en Afrique pendant la periode post indépendance, nous avons eu , nous aussi , notre part de Démocratie ! Nous avons tous, encore en mémoire la manière dont elle a eté devoyée, la façon cavaliére* dont Ould Daddah a traité la Question nationale pour une Mauritanie “réconciliée”avec elle -même ! Ce qu’il rapporte dans ses mémoires “ La Mauritanie contre vents et marées” -page 287, chap 10 - est révélateur du malaise de la cohabitation à l’ère pourtant démocratique de 1962 /1963 : " Les Noirs disaient que si la règle démocratique selon laquelle la majorité numérique impose sa loi à la minorité était appliquée telle quelle chez nous, la majorité maure pourrait dans certains domaines importants imposer des mesures qui leseraient la minorité Noire. Pour prévenir cette dernière contre de telles eventualités, des garde-fous , des garanties devaient être prévues dans la Constitution ". Evoquant ces garanties , il explique plus loin "Puisque le président de la République serait toujours Maure théoriquement , il fallait instituer une Vice-Presidence dont le titulaire serait originaire de la Vallée ". Comme on le voit la démocratie de Ould Daddah n’a pas empêché que ce
problème se posât ; les réunions marathon dont il avait fait objet au sein du
BPN ( bureau politque national) montrent avec quelle intensité il se posa , à
certaines périodes où nous frôlâmes la rupture . Alors quoi ? La solution à base communautaire, en priorité, comme socle pour une
gestation d’une citoyenneté future. Cette solution asseyera durablement la
reconnaissance de l’autre comme différent mais égal , fondement indispensable
d’une nation future ; tous mauritaniens , tous citoyens ! La lutte continue ! le 23 août 2007 BARA BA Source : Flamnet
|
|
|