Les cheveux prématurément blanchis mais le
regard vif, Achraf Joumaa Hajouj (38 ans) est un écorché vif. Le
« médecin
palestinien » (en réalité, il était étudiant en médecine lors de son arrestation)
était le plus virulent lors de la conférence de presse qu’il a tenue avec
les infirmières bulgares, le 25 juillet, à Sofia. « J’ai vécu des choses
horribles, a-t-il expliqué. Voilà ce que l’on fait des droits de l’homme
dans le monde arabe ! Je ne suis
qu’un réfugié palestinien, je n’ai pas de
gouvernement pour s’occuper de moi. Seuls des chrétiens se sont souciés de
mon sort ! »
Détenu pendant plus de huit ans dans les geôles libyennes, ce
fils d’un professeur de mathématiques et
d’une informaticienne palestiniens
venus d’Égypte pour s’installer en Libye en 1971 a, il est vrai, connu des
conditions plus dures encore que celles de ses compagnes d’infortune. Alors
que les cinq femmes étaient transférées dans un appartement de deux pièces
d’où elles ne pouvaient sortir, lui est demeuré enfermé à la prison de
Jdeida, à Benghazi, dans l’aile des condamnés à mort, en compagnie des
détenus de droit commun.
La première année a été particulièrement atroce : il a été
détenu dans une cellule de 2 x 2 m, avec toilettes à
l’intérieur, et a été
torturé à l’électricité. Pendant dix mois, il a été maintenu au secret
absolu et sa famille l’a cru mort. Il n’est réapparu, le visage émacié, que
lors du procès, pour crier son innocence et dénoncer, avec courage, les
sévices qu’il a subis. À l’extérieur, les siens ont été persécutés. Son
père et sa mère ont été privés de leur emploi et ses sœurs exclues de
l’université. N’y tenant plus, tous profiteront d’un pèlerinage à La Mecque
pour gagner les Pays-Bas, où, en 2005, ils obtiendront le statut de
réfugiés politiques.
Étudiant en pédiatrie, en stage à l’hôpital de Benghazi lors
de son arrestation, le 12 février 1999, Achraf Joumaa Hajouj rêve désormais
de passer son diplôme de médecin. « J’irai où l’on voudra bien de moi »,
dit-il simplement. En Bulgarie, dont il a la nationalité depuis le 19 juin,
aux Pays-Bas ou ailleurs, il ne sait pas. Une chose est sûre : ce ne sera
pas dans le monde arabe. On peut le comprendre : c’est justement parce
qu’il est arabe qu’Hajouj a souffert plus que les autres dans les geôles
d’un pays arabe. Et c’est précisément parce qu’il est arabe qu’aucun
dirigeant arabe - à commencer par le président palestinien Mahmoud Abbas -
ne s’est préoccupé de son sort.