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Les horizons bouchés de la transition
PAR BIRAME OULD DAH OULD ABEID
NOUAKCHOTT-INFO
Il y a un an, une junte militaire accède au pouvoir en
Mauritanie enlevant sa tête à un système tyrannique, fait de racisme et
d'esclavage, d'exclusion sociale et de gabegie économique, d'intolérance
religieuse et d'impunité de toute sorte…Une nouvelle ère dite de "
transition " est annoncée non sans la reconduction de garde-fous
politiques, idéologiques érigés en dogmes d'état. Ces dogmes signifient dans
l'essentiel des appréhensions, préjugées, aspiration ou caprices de la minorité
qui détient les leviers de commande politiques, économiques et militaires dans
le pays ; minorité qui dirigent la Mauritanie à travers l'affirmation claire
d'une solidarité d'ethno-classe, au nom de la communauté Arabo-berbère.
Néanmoins, cette stratégie du pire et de la désunion, malgré les graves
préjudices qu'elle a fait subir à l'unité nationale, et les menaces
incalculables qu'elle fait planer sur la paix civile et l'intégration sociale,
reste toutefois tenue en échec par des actions éclairées,
anti-ségrégationnistes et progressistes de beaucoup d'hommes et de femmes issus
de toutes les composantes et couches, ethniques et sociales, de notre peuple.
En effet, à travers la fidélité à cette vision sectaire du pouvoir
politique en Mauritanie, le CMJD démontre que le système qui a fait souffrir
les mauritaniens n'est pas le système de Maouya tout seul. C'est aussi le
système du CMDJ, de son chef, et de tous les milieux qui se sont
traditionnellement investis dans la construction et la consolidation de l'Etat
ethnique ou de classe.
Ceci est d'autant vrai, que les dirigeants de la transition ont
clairement opté pour le maintien du système tant décrié, dans ses côtés
pourris, dans ses orientations dangereuses et controversées, celles qui ont
déjà fait le plus de mal, et produits les plus grandes discordes et
mésententes. Le système de l'ethno-classe, avant et après le 3 Août 2006, a refusé
de redresser par la justice et le pardon les dérives sanguinaires de l'Etat,
qui continuent à empoisonner l'unité et empêchent des mauritaniens de retrouver
leur pays, leurs emplois, leurs biens, tout en empêchant la Mauritanie de
retrouver son originalité.
Ce système refuse aussi de nommer et de caractériser ce cancer social
qu'est l'esclavage, qui nous divise à l'intérieur et ne nous honore pas à
l'extérieur ; il refuse aussi de rompre avec l'orientation officieuse, mais oh
combien réelle, celle qui systématise la discrimination par le statut et la
naissance contre les nombreuses masses serviles (abid et hratine), masses qui
sont éjectées par cette ségrégation hors des cadres de solidarité tribaux qui
assurent aux groupes sociaux traditionnellement dominants une prépondérance
sociale, économique et juridique. Cette prépondérance se manifeste par la
participation au pouvoir, politique la prédation des deniers publics et le
privilège de l'impunité face au droit.
Ce système refuse de souscrire à la liberté de rite et au principe de
la tolérance religieuse conformément aux acquis universels de la démocratie et
des droits de l'Homme, et aux fondements des enseignements de l'Islam. Nous
déplorons que cet arbitraire continu à sévir contre le courant islamiste
réformiste et moderniste dans notre pays.
Le bilan d'une année de transition est donc largement négatif, en
particulier dans le domaine des droits humains et de l'impunité. Car, tous les
mauritaniens savent que les criminels qui ont assassiné, torturé, déporté,
spolié les citoyens ou volé l'Etat, pratiqué l'esclavage où la traite des
personnes , tous ces criminels connus de tous, sont restés impunis avant comme
après le 3 Août. Pire même, sous l'ère de la transition certains de ces
bourreaux bénéficient à travers la complaisance des réseaux de solidarité des
groupes dominants qui gangrènent l'administration, la justice, la police
judiciaire, de procédures et d'actes destinés au blanchiment de crimes humains
et d'agissements hors-la loi.
En ce sens le maire de Luxeiba II (commune de la région du trarza) et
les nobles familles Kounta de F'Derik (préfecture du nord) ont obtenu, sous la
transition, des arrêts de tribunaux mauritaniens spoliant les cultivateurs du
Chemama (esclaves déjà franchis) et les travailleurs de la Sebkha d'Ijil
(Aghzazir) de tous droits de propriété sur les terres et les salines que les
uns et les autres ont mis en valeurs et exploité depuis des siècles. La justice
a ainsi reconduit les groupes dominants dans leurs privilèges de maîtres sur
les esclaves et affranchis, et de suzerains sur les tributaires.
Nous ne pouvons aussi passer sous silence cette affaire de pédophilie,
de vente ou de cession d'enfants (El Mamiya et Mroum, 3 à 5 ans), dans laquelle
un certain Cheikh Nagi, et le père des fillettes (Mohamed ould Anni), sont
impliqués ; mais ce crime cache un autre qui est la complicité du Président du
tribunal départemental de Toujounine et de son greffier qu'on dit avoir délivré
les actes juridiques légalisant cette transaction, délictueuse du point de vue
de la loi nationale et des conventions Internationale auxquelles la Mauritanie
est partie. Et pour ne pas s'étaler sur toutes ces affaires de bavures
policières qui ont émaillées douze mois de transition et contre lesquelles nous
avons à chaque fois instantanément réagi, je ne peux que souligner leur
caractère sélectif où si vous le permettez, "intelligent"; car
toutes ces bavures ont été exclusivement commises contre les humbles, des
hratines ou des noirs (négro africains) précisément.
Dans cet ordre des choses, nous pouvons citer la punition collective
que la police de Rosso a fait subir à la famille Keita et ses hôtes, le
tabassage jusqu'au coma de Lagdaf ould Mahmoud par la police de Toujounine, la
blessure par balle de Moussa Traoré par un policier de Sebkha... Je dis bien
que ces bavures sont "intelligemment" sectaires, parce que
Lehreytany Ould Mohamed Haïdara, qui a ouvert le feu sur la bonne Youma Mint
Samba, blessant Choueina Mint M'Aitig et Sidi, a été bien traité et vite relâché
par la police du Ksar, sous les ordres du parquet de Nouakchott. Quand à Yacoub
ould Noumane, qui a presque saccagé le commissariat de police de Nouadhibou et
traité le policier Mohameden ould Zeidane de sal esclave, malgré tout cela, la
police et le parquet de Nouadhibou n'ont osé interpeller ou demander de compte
à ce jeune homme issu de milieux dits respectables.
Mais hélas, le comble de la mal-transition, c'est la tendance de
certains responsables aux départements de la justice ou la Présidence, à
élaborer un discours de démagogique politique et intellectuelle, transitoire ou
énième reproduction du discours de légitimation de l'injustice dans ce pays.
Ces hommes à la réputation de propres ou de technocrates, s'ingénient à
inventer des arguments juridiques et intellectuels à dessein d'embellir les
positions les plus rétrogrades des dirigeants de la junte militaire ; des
positions, toutes réfractaires à l'idée de l'Etat de droit, au droit de l'homme
ou à la justice … Car se révèlent à nous certains faits significatifs relevant
de paradoxes blessant et déchirant, et gangrenant le pouvoir de la transition
au sommet et en ses côtés les plus sains.
En effet, derrière tout ce qu'ils déploient comme technicité, ou la
façade de propreté acquise pendant les années de braises, ils n'ont, à ma
connaissance, inspiré aucune décision, instruction ou orientation
présidentielle ou gouvernementale pour mettre un terme au phénomène de
l'injustice et de l'impunité criantes dont les manifestations sont, sans être
exhaustifs, les spoliations des petits cultivateurs par les impitoyables
féodalités terriennes revigorées sous la transition et personnifiées par
Mohameden Ould habibou Rahmane (Lexeiba II) et Sid Ould Mohamed Sid (Moudjeira)
pour ne citer que ces deux là . Ces fils de grandes tentes, ont instrumentalisé
sous l'ère de la transition et de la bonne gouvernance, l'administration, la
justice, le crédit agricole et certaines sociétés de l'Etat, avec parfois la
falsification et l'usage du faux, pour priver de leur droit les plus
élémentaires, leurs hratine (affranchis), leur Abd (esclaves) ou leurs Talamid
(disciples).
Quand au département de la justice sur lequel aussi se cristallisaient
quelques espoirs et attentes des mauritaniens dans certains domaines de la vie,
les déceptions commencent à s'égrener à une vitesse et avec une ampleur
inattendues. En ce sens, la vieille Moulkhair attend depuis plusieurs semaines
sa fille Skaira (20), sa soeur Moulbarka (75 ans), ses nièces et neveux
Mlebreyka (18 ans) Teseylem (6 ans), Fetytma (5 ans), Sid'Ahmed (10 ans), que
le Chef de ce département a promis de libérer de l'esclavage dans lequel ils
sont retenus par leurs maîtres Ehel Ely ould Saka dans la localité de Nouar au
Tagant.
Ces faits réels parmi d'autres nous imposent l'amer constat, que sous
cette transition, la campagne dirige la ville, l'archaïsme domine la modernité,
la Seyba (le désordre et l'Injustice) prime sur le droit.
Malheureusement nous ne sommes pas encore sortis de l'auberge, car
d'éminents cadres et personnalités de ce pays, ayant garder certaines distances
des souillures politiques morales et économiques de l'ancien régime, se sont
engagés à défendre les positions de l'Etat sous la transition qu'ils avaient
décrié sous le régime de l'autre colonel. Mais nous regrettons que les hommes
intègres d'hier se murent en intellectuels de service chargés de produire pour
l'opinion des discours élaborés pour vernir les délires paranoïaques ou de
persécution du Président du CMJD sur la question de la persistance des pratiques
esclavagistes dans le pays.
Et quelque soit l'argument que nos responsables puissent inventer pour
justifier la position de la junte par rapport aux questions de grandes
détresses humaines que sont : l'esclavage, le passif humanitaire ou la torture,
nous demeurons convaincus que toutes les sorties du Colonel Ely Ould Mohamed
Vall sur le problème de l'esclavage font craindre une orientation de l'Etat
vers la désignation des hratines (esclaves et affranchis), et certains courants
politiques et de droits humains, à la vindicte de l'arbitraire de l'Etat dont
ont été victimes, par le passé, des communautés comme les noirs et des courants
d'idées comme les islamistes ou centristes réformistes.
BIRAME OULD DAH OULD ABEID
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