Le coup d’Etat du six août
constitua depuis son premier jour un grand défi pour le système démocratique et
ses premières mesures dévoilèrent la véritable intention des putschistes de
confisquer les libertés et de réhabiliter les symboles d’une période noire
durant laquelle les mauritaniens ont enduré l’oppression, la répression et la
corruption sous toutes ses formes.
Dans un premier temps, la répression s’abattit à grande échelle sur les
opposants au putsch et tous les médias publics (Radio, Télévision, Agence
Mauritanienne d’Information) furent mis au pas en les remettant à des
individus choisis en fonction de leur allégeance aveugle aux putschistes sans
considération de leur incompétence ni de leurs antécédents connus de tout le
monde en matière de gestion catastrophique des biens publics.
Durant une seconde phase toutes les pressions possibles furent exercées sur les
fonctionnaires de l’Etat et les masses populaires pour les obliger à soutenir
le putsch à travers des manifestations populaires directement supervisées par
l’administration et pour le succès desquelles on utilisa l’autorité et les
biens de l’Etat.
Dans leur souci de détruire
tous les acquis de la période démocratique, les putschistes ont agressé de façon
manifeste la noble mission de défense des droits de l’homme en la confiant à un
individu dont tous les mauritaniens connaissent le passé visible depuis le
début des années quatre vingts et combien il est étrange et étranger à ce
domaine.
Pis encore, la présidence de la session de l’Assemblée Nationale fut confiée à
un ancien colonel de l’armée et ex chef d’état major de l’armée nationale sous
la dictature de Ould Taya, El Arbi Ould Sidi Ali, connu des victimes des
violations des droits de l’homme en 1989- 1991 pour ses mains souillées par le
sang des innocents.
Il n’étonne guère que le soit disant Conseil Supérieur de l’Etat qui a pris le
pouvoir comprenne au moins quatre officiers poursuivis par les organisations
des droits de l’homme et les victimes du passif humanitaire, comme étant
compromis dans la période noire de
l’histoire du pays.
Il est étrange que ce Conseil parle de commissions d’enquête sur les biens
privés alors que cette enquête - si elle est équitable- doit viser
principalement les biens que les putschistes ont accumulés durant les années
passées!
Pour régler leurs comptes au président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi,
ils enquêtent aujourd’hui sur la
Fondation de son épouse Khattou Mint El Boukhari, ce
qui dénote leur vision de la femme sans importance en soi mais considérée comme
l’épouse de tel ou tel homme.
En réalité, ceux qui doivent répondre des deniers publics sont ceux qui les
géraient ces dernières décennies et remuent ciel et terre aujourd’hui pour
encenser et applaudir les putschistes qui les récompensent par les égards et
les nominations aux hautes fonctions.
Il paraît que les militaires ont préalablement planifié toute chose depuis la
période transitoire, en imposant les candidatures indépendantes, en soutenant
et en finançant les campagnes des parlementaires indépendants devenus par la
suite leur main au sein des deux chambres du Parlement.
Ce sont ces parlementaires indépendants auxquels on a confié la tâche de
préparation du coup d’Etat et qu’on utilise aujourd’hui dans les coups bas à
l’exécution desquels ils sont commis comme les commissions d’enquête qui ne
sont qu’un règlement de compte avec les parties qui ont refusé d’obtempérer à
leurs plans.
Le comble du ridicule c’est que l’une de ces commissions cherche à juger le
président du Sénat Monsieur Ba Mamadou Mbaré pour lui retirer sa
nationalité mauritanienne au motif qu’il porte la nationalité d’un autre pays
au moment où les putschistes nomment un premier ministre ayant la nationalité
belge !
Le coup d’Etat a donc plongé la
Mauritanie dans un tunnel dangereux et le pays dérive
à pas accélérés vers l’abîme, ce qui requiert de toutes ses forces vives et de
tous ses amis et partenaires à travers le monde de coopérer en vue de la sortir
de cette impasse et de recouvrer son système démocratique intégralement et dans
les meilleurs délais.
Aminetou Mint El Moctar
La Présidente
de l’Association des Femmes Chefs de Famille
source : AFCF