A.H.M.E.

ARTICLE 159 :

 

 

 

La Mauritanie dérive vers le gouffre

    Le coup d’Etat du six août constitua depuis son premier jour un grand défi pour le système démocratique et ses premières mesures dévoilèrent la véritable intention des putschistes de confisquer les libertés et de réhabiliter les symboles d’une période noire durant laquelle les mauritaniens ont enduré l’oppression, la répression et la corruption sous toutes ses formes.

    Dans un premier temps, la répression s’abattit à grande échelle sur les opposants au putsch et tous les médias publics (Radio, Télévision,
    Agence Mauritanienne d’Information) furent mis au pas en les remettant à des individus choisis en fonction de leur allégeance aveugle aux putschistes sans considération de leur incompétence ni de leurs antécédents connus de tout le monde en matière de gestion catastrophique des biens publics.

    Durant une seconde phase toutes les pressions possibles furent exercées sur les fonctionnaires de l’Etat et les masses populaires pour les obliger à soutenir le putsch à travers des manifestations populaires directement supervisées par l’administration et pour le succès desquelles on utilisa l’autorité et les biens de l’Etat.

    Dans leur souci de détruire tous les acquis de la période démocratique, les putschistes ont agressé de façon manifeste la noble mission de défense des droits de l’homme en la confiant à un individu dont tous les mauritaniens connaissent le passé visible depuis le début des années quatre vingts et combien il est étrange et étranger à ce domaine.

    Pis encore, la présidence de la session de l’Assemblée Nationale fut confiée à un ancien colonel de l’armée et ex chef d’état major de l’armée nationale sous la dictature de
    Ould Taya, El Arbi Ould Sidi Ali, connu des victimes des violations des droits de l’homme en 1989- 1991 pour ses mains souillées par le sang des innocents.

    Il n’étonne guère que le soit disant Conseil Supérieur de l’Etat qui a pris le pouvoir comprenne au moins quatre officiers poursuivis par les organisations des droits de l’homme et les victimes du passif humanitaire, comme étant compromis dans la période noire de
    l’histoire du pays.

    Il est étrange que ce Conseil parle de commissions d’enquête sur les biens privés alors que cette enquête - si elle est équitable- doit viser principalement les biens que les putschistes ont accumulés durant les années passées!

    Pour régler leurs comptes au président
    Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, ils enquêtent aujourd’hui sur la Fondation de son épouse Khattou Mint El Boukhari, ce qui dénote leur vision de la femme sans importance en soi mais considérée comme l’épouse de tel ou tel homme.

    En réalité, ceux qui doivent répondre des deniers publics sont ceux qui les géraient ces dernières décennies et remuent ciel et terre aujourd’hui pour encenser et applaudir les putschistes qui les récompensent par les égards et les nominations aux hautes fonctions.

    Il paraît que les militaires ont préalablement planifié toute chose depuis la période transitoire, en imposant les candidatures indépendantes, en soutenant et en finançant les campagnes des parlementaires indépendants devenus par la suite leur main au sein des deux chambres du Parlement.

    Ce sont ces parlementaires indépendants auxquels on a confié la tâche de préparation du coup d’Etat et qu’on utilise aujourd’hui dans les coups bas à l’exécution desquels ils sont commis comme les commissions d’enquête qui ne sont qu’un règlement de compte avec les parties qui ont refusé d’obtempérer à leurs plans.

    Le comble du ridicule c’est que l’une de ces commissions cherche à juger le président du Sénat Monsieur
    Ba Mamadou Mbaré pour lui retirer sa nationalité mauritanienne au motif qu’il porte la nationalité d’un autre pays au moment où les putschistes nomment un premier ministre ayant la nationalité belge !

    Le coup d’Etat a donc plongé la
    Mauritanie dans un tunnel dangereux et le pays dérive à pas accélérés vers l’abîme, ce qui requiert de toutes ses forces vives et de tous ses amis et partenaires à travers le monde de coopérer en vue de la sortir de cette impasse et de recouvrer son système démocratique intégralement et dans les meilleurs délais.


    Aminetou Mint El Moctar                                                                                                        
    La Présidente de l’Association des Femmes Chefs de Famille

    source : AFCF

 

 

 

  Retour