Le coup d’État opéré, le mercredi 06
août, par un groupe d’officiers, suscite une vive réprobation, au niveau
national et international. Seuls des partis satellites, le groupe des
parlementaires frondeurs et, dans une moindre mesure, tout de même
surprenante, le RFD, soutiennent les putschistes. Face à cette régression
démocratique, les réactions sont donc partagées, même si les condamnations
fusent de partout.
Ainsi, l’APP condamne «le coup de force» qu’il qualifie de «dangereux,
tant pour la légalité constitutionnelle que pour notre expérience
démocratique naissante et les acquis enregistrés en ce domaine et qui font
notre gloire au niveau arabe, africain et international». Le parti du
président de l’assemblée nationale a appelé «au retour à l’ordre
constitutionnel». L’APP demande instamment «aux généraux de reconsidérer
leurs positions, qui nous ramènent aux périodes antidémocratiques d’exception
ayant détruit le pays et la société». Ce même parti appelle les forces vives
de la nation à «réfuter le coup d’état à bannir les propagandes et les
agissements qui conduisent le pays vers le chaos et la déstabilisation » et
invite la communauté internationale à rejeter ce coup de force contre la
légalité.
De son coté, l’UFP
a, dans une déclaration rendue publique mercredi soir, accusé «les généraux
de déstabilisation des institutions démocratiques», tout en qualifiant
l’option du coup d’État comme étant une traduction «du mépris extrême du
choix démocratique exprimé très clairement par le peuple Mauritanien». Le
parti de Ould Mouloud a condamné énergiquement ce coup d’État qui met fin à
«une expérience saluée par notre peuple et
l’ensemble de la communauté
internationale». L’UFP exige le retour à la légalité constitutionnelle et le
rétablissement immédiat du président de la république et de son gouvernement
dans leurs fonctions, seules garanties de la préservation de la stabilité et
du système démocratique.
Dans une déclaration publique, le comité permanent du RFD déclare
prendre «acte de la nouvelle situation», tout en lançant un appel pressant à
toutes les forces politiques et à toutes les bonnes volontés, afin que
s’instaure, rapidement, un débat national responsable, franc et sincère, dans
le but d’assurer un retour rapide à une vie constitutionnelle normale, en
évitant tous les dérapages préjudiciables à l’unité de notre pays et à la
pérennité de l’État».
Stupéfaction
Sur le continent, la stupéfaction est de mise, suite au coup de force du
mercredi. L'Afrique du Sud a condamné le putsch, et se dit sérieusement
préoccupée par la situation en Mauritanie. «L'Afrique du Sud n'a jamais été
d'accord avec l'utilisation de coups militaires pour résoudre les questions
politiques et rejoint la communauté internationale pour exprimer sa
condamnation, complète et sans équivoque, d'un tel transfert de pouvoir
anti-constitutionnel». Le président du Nigeria, Umaru Yar’Adua, a déclaré que
«son pays ne reconnaîtra pas et condamnera tout changement de gouvernement
par des moyens inconstitutionnels». Selon un communiqué du porte-parole de la
présidence sénégalaise, maître Amadou Sall, le chef de l'État sénégalais a eu
un entretien téléphonique, ce mercredi, à 14h 40 (GMT) avec le général
Mohamed Ould Abdel Aziz. La présidence sénégalaise précise que l'appel
téléphonique émanait des nouvelles autorités mauritaniennes à qui Me
Abdoulaye Wade a «conseillé de veiller sur la sécurité» du président déchu,
de sa famille, ainsi que sur celle du premier ministre renversé. Le document
ajoute que le général Ould Abdel Aziz a appelé et informé le président Wade,
«en sa qualité de proche voisin et leader africain», de la situation
prévalant en Mauritanie «qui a amené l'armée à prendre le pouvoir». Le chef
de l'État sénégalais, selon toujours le même source, a «pris note des
informations que lui a communiquées le général Ould Abdel Aziz», à qui il a
signifié son intention de «saisir la commission de l'Union Africaine (UA),
pour l'informer de la teneur de l'entretien téléphonique» entre les deux
hommes. L’UA a, de fait, déjà réagi, «condamné le coup d'État et appelle à la
restauration de l’ordre constitutionnel», selon un communiqué publié à Addis
Ababa, capitale éthiopienne. L'UA pourrait envoyer, à Nouakchott, le
commissaire à la paix et à la sécurité, Ramtane Lamamra, pour évaluer, sur
place, la situation et aider à promouvoir une solution pacifique à la crise.
Quant à la ligue arabe, elle a exprimé son «inquiétude» et appelle les
Mauritaniens à maintenir «le processus démocratique dans le pays et à régler
les problèmes par le dialogue», selon une déclaration de cette organisation.
A New York, le secrétaire général de
l’ONU, Ban Ki-moon, a déclaré qu’il «regrette profondément» le coup d’État,
appelant à la «restauration immédiate de l’ordre constitutionnel dans ce
pays», a indiqué sa porte-parole. Les USA rappellent que le pouvoir déchu
était un «régime constitutionnel, élu démocratiquement, et nous condamnons
cet acte". La France
a, également, souligné son attachement à la «stabilité» de la Mauritanie, a déclaré
un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Romain Nadal. «Nous
rappelons l’attachement de la
France à la préservation de l’État de droit en toute
circonstance et notre hostilité à la prise du pouvoir par la force». Le
lendemain, jeudi 7 août, changement de ton après la condamnation ferme des
Etats-Unis qui annoncent la suspension de l’aide non humanitaire à la Mauritanie. La
France désapprouve le coup d’Etat, exige le retour à la légalité et envisage
même, une première, de prendre des ‘’mesures’’ contre les auteurs du putsch.
Quant à Abdou Diouf, le
secrétaire général de la
Francophonie, il a condamné, avec fermeté, le coup d’État.
C’est une violation flagrante, a-t-il précisé, des dispositions de la Déclaration de
Bamako de novembre 2000.
A Bruxelles, la commission européenne a condamné le putsch et menacé de
suspendre son aide financière à la Mauritanie. La présidence du conseil de l’Union
Européenne (UE) a exigé, de son côté, un retour à l’ordre constitutionnel,
«dans les meilleurs délais». A Madrid, le gouvernement, qui a ajouté sa voix
aux condamnations du coup d’État, a, notamment, appelé au «rétablissement de
la normalité démocratique».
La Russie a, elle aussi, condamné le coup d'État militaire, espérant une
solution «négociée dans le cadre constitutionnel», a déclaré, jeudi, le
ministère russe des affaires étrangères dans un communiqué. «Moscou part du
principe qu'un renversement du pouvoir par la force est inacceptable, et
c'est le principe prôné par la communauté internationale, y compris par
l'Union Africaine. Ces démarches anticonstitutionnelles méritent une
réprobation unanime». Dans le même temps, la diplomatie russe a rappelé que
la junte au pouvoir avait promis la tenue immédiate d'une élection
présidentielle démocratique. «Nous espérons que la Mauritanie, avec
laquelle nous entretenons, traditionnellement, des liens d'amitié, pourra
relancer son développement durable, dans le cadre constitutionnel et dans
l'intérêt de toutes les couches de la société mauritanienne», précise le
document.
Enfin, la
Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme
(FIDH) a appelé, pour sa part, «au maintien de l’ordre constitutionnel, à la
libération immédiate des personnalités politiques et à la protection de la
population civile».
Soutiens inconditionnels
Des dizaines de parlementaires mauritaniens ont annoncé leur appui au
«changement opéré par l’armée nationale, le 6 août 2008». Ils ont exprimé,
dans un communiqué lu au cours du rassemblement, la «conscience de leurs
responsabilités nationales, en ce moment historique du parcours politique,
ainsi que du grave dérapage qu’avait connu le processus démocratique». Ces
parlementaires ont aussi dénoncé la «consécration du pouvoir individuel et de
la minorité, la prédominance de la gabegie et la persistance de la crise
économique qui a affecté, notamment, les pauvres». Les Partis de la Convergence Nationale
(PCN), une coalition de sept formations politiques, annonce son «soutien
total en faveur du mouvement de redressement entrepris par le conseil
d'État», à la suite du coup d'État, mercredi matin, contre le président Sidi
Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Dans un communiqué publié mercredi, la
coalition souligne que ce conseil d'État est «constitué de vaillants
officiers de notre armée nationale». Cinq organisations de la société civile
ont, dans une déclaration, manifesté leur soutien à «l’action menée par les
forces armées nationales visant à «mettre fin aux agissements dangereux qui
plongeaient le pays dans l’inconnu».
Le 10/08/2008
Rassemblés par THIAM
Source : Le Calame, Journal mauritanien