A.H.M.E.

ARTICLE 151 :

 

 

 

Après le coup d’Etat: Condamnations en série

 

    Le coup d’État opéré, le mercredi 06 août, par un groupe d’officiers, suscite une vive réprobation, au niveau national et international. Seuls des partis satellites, le groupe des parlementaires frondeurs et, dans une moindre mesure, tout de même surprenante, le RFD, soutiennent les putschistes. Face à cette régression démocratique, les réactions sont donc partagées, même si les condamnations fusent de partout.
    Ainsi, l’APP condamne «le coup de force»  qu’il qualifie de «dangereux, tant pour la légalité constitutionnelle que pour notre expérience démocratique naissante et les acquis enregistrés en ce domaine et qui font notre gloire au niveau arabe, africain et international». Le parti du président de l’assemblée nationale a appelé «au retour à l’ordre constitutionnel». L’APP demande instamment «aux généraux de reconsidérer leurs positions, qui nous ramènent aux périodes antidémocratiques d’exception ayant détruit le pays et la société». Ce même parti appelle les forces vives de la nation à «réfuter le coup d’état à bannir les propagandes et les agissements qui conduisent le pays vers le chaos et la déstabilisation » et invite la communauté internationale à rejeter ce coup de force contre la légalité.

    De son coté, l’UFP a, dans une déclaration rendue publique mercredi soir, accusé «les généraux de déstabilisation des institutions démocratiques», tout en qualifiant l’option du coup d’État comme étant une traduction «du mépris extrême du choix démocratique exprimé très clairement par le peuple Mauritanien». Le parti de Ould Mouloud a condamné énergiquement ce coup d’État qui met fin à «une expérience saluée par notre peuple et
    l’ensemble de la communauté internationale». L’UFP exige le retour à la légalité constitutionnelle et le rétablissement immédiat du président de la république et de son gouvernement dans leurs fonctions, seules garanties de la préservation de la stabilité et du système démocratique.
    Dans une déclaration publique, le comité permanent du RFD déclare  prendre «acte de la nouvelle situation», tout en lançant un appel pressant à toutes les forces politiques et à toutes les bonnes volontés, afin que s’instaure, rapidement, un débat national responsable, franc et sincère, dans le but d’assurer un retour rapide à une vie constitutionnelle normale, en évitant tous les dérapages préjudiciables à l’unité de notre pays et à la pérennité de l’État».

    Stupéfaction
    Sur le continent, la stupéfaction est de mise, suite au coup de force du mercredi. L'Afrique du Sud a condamné le putsch, et se dit sérieusement préoccupée par la situation en Mauritanie. «L'Afrique du Sud n'a jamais été d'accord avec l'utilisation de coups militaires pour résoudre les questions politiques et rejoint la communauté internationale pour exprimer sa condamnation, complète et sans équivoque, d'un tel transfert de pouvoir anti-constitutionnel». Le président du Nigeria, Umaru Yar’Adua, a déclaré que «son pays ne reconnaîtra pas et condamnera tout changement de gouvernement par des moyens inconstitutionnels». Selon un communiqué du porte-parole de la présidence sénégalaise, maître Amadou Sall, le chef de l'État sénégalais a eu un entretien téléphonique, ce mercredi, à 14h 40 (GMT) avec le général Mohamed Ould Abdel Aziz. La présidence sénégalaise précise que l'appel téléphonique émanait des nouvelles autorités mauritaniennes à qui Me Abdoulaye Wade a «conseillé de veiller sur la sécurité» du président déchu, de sa famille, ainsi que sur celle du premier ministre renversé. Le document ajoute que le général Ould Abdel Aziz a appelé et informé le président Wade, «en sa qualité de proche voisin et leader africain», de la situation prévalant en Mauritanie «qui a amené l'armée à prendre le pouvoir». Le chef de l'État sénégalais, selon toujours le même source, a «pris note des informations que lui a communiquées le général Ould Abdel Aziz», à qui il a signifié son intention de «saisir la commission de l'Union Africaine (UA), pour l'informer de la teneur de l'entretien téléphonique» entre les deux hommes. L’UA a, de fait, déjà réagi, «condamné le coup d'État et appelle à la restauration de l’ordre constitutionnel», selon un communiqué publié à Addis Ababa, capitale éthiopienne. L'UA pourrait envoyer, à Nouakchott, le commissaire à la paix et à la sécurité, Ramtane Lamamra, pour évaluer, sur place, la situation et aider à promouvoir une solution pacifique à la crise. Quant à la ligue arabe, elle a exprimé son «inquiétude» et appelle les Mauritaniens à maintenir «le processus démocratique dans le pays et à régler les problèmes par le dialogue», selon une déclaration de cette organisation.

    A New York, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a déclaré qu’il «regrette profondément» le coup d’État, appelant à la «restauration immédiate de l’ordre constitutionnel dans ce pays», a indiqué sa porte-parole. Les USA rappellent que le pouvoir déchu était un «régime constitutionnel, élu démocratiquement, et nous condamnons cet acte". La France a, également, souligné son attachement à la «stabilité» de la Mauritanie, a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Romain Nadal. «Nous rappelons l’attachement de la France à la préservation de l’État de droit en toute circonstance et notre hostilité à la prise du pouvoir par la force». Le lendemain, jeudi 7 août, changement de ton après la condamnation ferme des Etats-Unis qui annoncent la suspension de l’aide non humanitaire à la Mauritanie. La France désapprouve le coup d’Etat, exige le retour à la légalité et envisage même, une première, de prendre des ‘’mesures’’ contre les auteurs du putsch.

     Quant à Abdou Diouf, le secrétaire général de la Francophonie, il a condamné, avec fermeté, le coup d’État. C’est une violation flagrante, a-t-il précisé, des dispositions de la Déclaration de Bamako de novembre 2000.
    A Bruxelles, la commission européenne a condamné le putsch et menacé de suspendre son aide financière à la Mauritanie. La présidence du conseil de l’Union Européenne (UE) a exigé, de son côté, un retour à l’ordre constitutionnel, «dans les meilleurs délais». A Madrid, le gouvernement, qui a ajouté sa voix aux condamnations du coup d’État, a, notamment, appelé au «rétablissement de la normalité démocratique».
    La Russie a, elle aussi, condamné le coup d'État militaire, espérant une solution «négociée dans le cadre constitutionnel», a déclaré, jeudi, le ministère russe des affaires étrangères dans un communiqué. «Moscou part du principe qu'un renversement du pouvoir par la force est inacceptable, et c'est le principe prôné par la communauté internationale, y compris par l'Union Africaine. Ces démarches anticonstitutionnelles méritent une réprobation unanime». Dans le même temps, la diplomatie russe a rappelé que la junte au pouvoir avait promis la tenue immédiate d'une élection présidentielle démocratique. «Nous espérons que la Mauritanie, avec laquelle nous entretenons, traditionnellement, des liens d'amitié, pourra relancer son développement durable, dans le cadre constitutionnel et dans l'intérêt de toutes les couches de la société mauritanienne», précise le document.
    Enfin, la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme (FIDH) a appelé, pour sa part, «au maintien de l’ordre constitutionnel, à la libération immédiate des personnalités politiques et à la protection de la population civile». 

    Soutiens inconditionnels
    Des dizaines de parlementaires mauritaniens ont annoncé leur appui au «changement opéré par l’armée nationale, le 6 août 2008». Ils ont exprimé, dans un communiqué lu au cours du rassemblement, la «conscience de leurs responsabilités nationales, en ce moment historique du parcours politique, ainsi que du grave dérapage qu’avait connu le processus démocratique». Ces parlementaires ont aussi dénoncé la «consécration du pouvoir individuel et de la minorité, la prédominance de la gabegie et la persistance de la crise économique qui a affecté, notamment, les pauvres». Les Partis de la Convergence Nationale (PCN), une coalition de sept formations politiques, annonce son «soutien total en faveur du mouvement de redressement entrepris par le conseil d'État», à la suite du coup d'État, mercredi matin, contre le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi. Dans un communiqué publié mercredi, la coalition souligne que ce conseil d'État est «constitué de vaillants officiers de notre armée nationale». Cinq organisations de la société civile ont, dans une déclaration, manifesté leur soutien à «l’action menée par les forces armées nationales visant à «mettre fin aux agissements dangereux qui plongeaient le pays dans l’inconnu».

    Le 10/08/2008

    Rassemblés par THIAM

    Source : Le Calame, Journal mauritanien

 

 

 

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