A.H.M.E.

ARTICLE 149 :

 

 

 

L’esclavage en Mauritanie

( Spartacus face à l’oncle Tom )

 

    Un de ces détestables mots qui meurtrit plus qu’il ne console, réceptacle de toutes les ignominies, poubelle historique de toute la frange humaine ! L’esclavage. Au commencement était l’ignorance. Mais puisque toute l’humanité est passée par là, pouvait-on éviter le fléau qu’est l’esclavage ? Pour mieux cerner le débat, procédons par méthode cartésienne, du plus simple au plus complexe. Imaginons le monde dans lequel nous vivons, son aspect physique (montagnes, cours d’eau, l’air que nous respirons) etc. A première vue, ce monde est chaotique, hétéroclite donc contingent. Les procédés généraux de la pensée échafaudés par les épistémologues nous enseignent que rien n’est le fait du hasard. Tous les phénomènes naturels sont liés par la nécessité (qui ne peut ne pas être) que les mêmes causes produisent les mêmes effets : c’est le déterminisme. Donc le stade actuel de toute chose est le fruit d’un long processus naturel et nécessaire. Puisque dans ce monde il n’y a que le matériel ou le spirituel (homme), ce processus ontologique est aussi valable pour la société humaine. Tout ce que l’homme a entrepris de bon ou de mauvais était nécessaire, y compris l’abominable esclavage. Dans ce cas, l’homme n’est pas libre en soi, il est «agi» par une puissance «extra» qui détermine son évolution, son parcours, d’où
    l’idée de Dieu. Revenons sur terre, continuons avec notre méthode cartésienne avec son aspect gnoséologique. De l’état primitif, l’être humain devint «homo faber» (fabricant d’outils) ensuite «homo sapiens» (homme qui pense), là où les choses se gâtent. Car l’homme doté d’outils (flèches, sabre ;) peut chasser, devenir propriétaire, d’abord d’un enclos ensuite d’animaux domestiques ; ensuite il commence à assujettir ses semblables. Ainsi naissait l’esclavage. L’esclavage, pratique universelle Toutes les sociétés dans l’espace -Temps sont passées par là. La pratique de l'esclavage est universelle. L’Occident qui croit être le phare du monde est la sphère où la pratique esclavagiste eût des dimensions herculiennes. En effet dans les cités gréco-romaines il y avait une nette distnction entre les praticiens (nobles) et les plébéens (esclaves). L’esclavage a atteint son paroxysme jusqu’au jour où un certain Spartacus vers l’an 70 avant J-C, à la tête de tous les épris de liberté défia les armées romaines. Spartacus est désormais le symbole de l’espoir, de la liberté retrouvée contre la tyrannie et l’obscurantisme. Quinze siècles plus tard, les mêmes occidentaux poussés cette fois-ci par le mercantilisme vidèrent les côtes africaines en direction des Amériques. C’est le commerce triangulaire (Amérique - Europe - Afrique). Les autres contrées en Asie, en Océanie ne sont pas en reste. La péninsule arabique est l’exemple saillant. Qui a délivré les juifs des griffes des pharaons après plus de deux cents ans de captivité ? Quel sort réservé aux intouchables du sous-continent indien, cette caste au « bas de l’échelle ». Comme on le constate
    l’esclavage n’a épargné ni blancs, ni jaunes, ni noirs car dans l’inconscient collectif de certains peuples, seuls les noirs ont subi ce fléau. Esclavage en Mauritanie C’est la patrie de l’oncle Tom. L’oncle Tom est cet esclave anonyme qui dans l’histoire américaine est décrit comme étant doux, sobre, agréable avec tout le monde. Béni oui oui, corvéable à merci, l’oncle Tom est l’opposé de Spartacus, le révolté, le meneur
    d’hommes. Si l’esclavage a été aboli en Mauritanie, les séquelles demeurent encore. S’il y a une frange de la société mauritanienne qui a été meurtrie, martyrisée, exploitée des siècles durant, c’est bien la composante haratine. S’il y a encore une entité qui a le droit d’être aidée, épaulée dans tout ce qu’elle doit entreprendre afin
    d’être au top niveau, ce sont les haratines. Tous les mauritaniens ont un devoir de mémoire à leur égard. Côté négro-mauritanien, si l’esclavage a toujours existé (Komé chez les Soninkés, mathioudo chez les halpoularen, djam chez les ouolofs) il sert plutôt de prestige familial. Il n’est pas livré à la consommation. Mais l’esclave chez les négro-mauritaniens n’évolue pas. Un noble soninké ne peut épouser une Komé contrairement à son homologue maure. L’esclavage chez les maures est plus visible par cause du clivage «blancs», noirs. Si le maître est noir, l’esclave l’est aussi ; l’antagonisme serait moins perceptible, comme chez les négro-mauritaniens. Si les pouvoirs publics font des efforts à vouloir éradiquer l’esclavage, il n’en demeure pas moins que l’élite haratine doit mettre la main à la pâte. En effet, pour s’émanciper il faut compter sur soi. L’exemple des africains – américains illustre cette assertion. Que de chemins parcourus par les descendants d’esclavages depuis la fin de la guerre de sécession (1861- 1865) quittant les plantations, s’installant dans les villes du middle, du copper-belt. Luttant pour leur survie, leurs droits civiques ensuite grâce aux « Black Panthers » aux « Black muslims », à Angela Davis, Malcom X, Martin L. King ;etc. Ces descendants d’esclaves participent pleinement à la croissance, au développement du modèle américain. Qu’en est-il de nos élites haratines ? Elles pratiquent le plus souvent « la politique du ventre », du moins dans leur majorité. La première des choses que va faire un hartani « émergent » ce n’est ni construire une école à ses compatriotes, ni un centre de santé, ni les aider à juguler l’illetrisme, mais plutôt conduire une grosse cylindrée, s’asperger de parfum et faire la cour (en catimini) à une mauresque « blanche » !!! Si l’intention est altruiste et va vers
    l’inexorable message culturel cher au chantre de la négritude, le poète Senghor, c’est parfait, c’est à encourager! Si par contre , cette pratique émane d’une atittude vindicative, c’est une perte de temps ; elle est à bannir. Soyons sérieux, les haratines sont les futurs porte-drapeaux de la Mauritanie de par leur vitalité, leur jeunesse, leur volonté de sortir du joug de la pauvreté, du marasme, du mal de vivre. Contrairement aux maures « blancs » qui veulent détruire leur pays par la gabegie, le manque de patriotisme, l’insouciance du lendemain (l’avenir de nos enfants), l es haratines sont humbles, travailleurs, disciplinés, conscients de leur passé sombre, de leur futur difficile. Une noble cause ne s’arrache qu’avec acharnement d’ailleurs. Le monde entier sait que l’esclavage est aboli en Mauritanie. Ce qui en reste n’est qu’un épiphénomène matériel (niveau de vie) auquel il faut trouver des solutions idoines qui ne sauraient tarder. Certes, il est difficile de rompre les liens spycho-socio-culturels entre deux individus même vivant en dysharmonie séculaire. L’heure n’est pas à l’action vindicative abjecte du refoulement, ni du complexe oedipien, ni aux querelles intestines mais plutôt au rassemblement de toutes les forces vives de la naton dans leur diversités pluriculturelles afin de nous rendre les « vrais maîtres et possesseurs » de notre chère patrie. Debout la république !  

Ely Ould Krombelé

Source : Al Mourabit n° 004 du 28 Juillet 2008

 

 

 

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