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L’esclavage en Mauritanie
( Spartacus face à l’oncle Tom )
Un de ces détestables mots qui meurtrit plus qu’il ne
console, réceptacle de toutes les ignominies, poubelle historique de toute la frange
humaine ! L’esclavage. Au commencement était l’ignorance. Mais puisque toute
l’humanité est passée par là, pouvait-on éviter le fléau
qu’est l’esclavage ? Pour mieux cerner le débat, procédons
par méthode cartésienne, du plus simple au plus complexe.
Imaginons le monde dans lequel nous vivons, son aspect physique (montagnes, cours d’eau, l’air que nous
respirons) etc. A première vue, ce monde est chaotique,
hétéroclite donc contingent. Les procédés généraux de la pensée échafaudés par
les épistémologues nous enseignent que rien n’est le fait du hasard. Tous les
phénomènes naturels sont liés par la nécessité (qui ne peut
ne pas être) que les mêmes causes produisent les mêmes effets : c’est le déterminisme.
Donc le stade actuel de toute chose est le fruit d’un long processus naturel et
nécessaire. Puisque dans ce monde il n’y a que le matériel
ou le spirituel (homme), ce processus ontologique est aussi valable pour la société
humaine. Tout ce que l’homme a entrepris de bon ou de mauvais
était nécessaire, y compris l’abominable esclavage. Dans
ce cas, l’homme n’est pas libre en soi, il est «agi» par
une puissance «extra» qui détermine son évolution, son parcours, d’où l’idée de Dieu.
Revenons sur terre, continuons avec notre méthode cartésienne avec son aspect
gnoséologique. De l’état primitif, l’être humain devint «homo
faber» (fabricant d’outils) ensuite «homo sapiens» (homme qui pense),
là où les choses se gâtent. Car l’homme doté d’outils (flèches,
sabre ;) peut chasser, devenir propriétaire, d’abord d’un enclos
ensuite d’animaux domestiques ; ensuite il commence à assujettir
ses semblables. Ainsi naissait l’esclavage. L’esclavage, pratique
universelle Toutes les sociétés dans l’espace -Temps sont passées
par là. La pratique de l'esclavage est universelle. L’Occident qui
croit être le phare du monde est la sphère où la pratique
esclavagiste eût des dimensions herculiennes. En effet dans les
cités gréco-romaines il y avait une nette distnction entre
les praticiens (nobles) et les plébéens (esclaves). L’esclavage a
atteint son paroxysme jusqu’au jour où un certain Spartacus
vers l’an 70 avant J-C, à la tête de tous les épris de liberté
défia les armées romaines. Spartacus est désormais le symbole de l’espoir, de la liberté
retrouvée contre la tyrannie et l’obscurantisme. Quinze
siècles plus tard, les mêmes occidentaux poussés cette fois-ci
par le mercantilisme vidèrent les côtes africaines en direction des
Amériques. C’est le commerce triangulaire (Amérique - Europe
- Afrique). Les autres contrées en Asie, en Océanie ne sont pas en
reste. La péninsule arabique est l’exemple saillant. Qui a délivré
les juifs des griffes des pharaons après plus de deux cents ans de
captivité ? Quel sort réservé aux intouchables du sous-continent
indien, cette caste au « bas de l’échelle ». Comme on le
constate l’esclavage n’a épargné ni blancs, ni jaunes, ni noirs car
dans l’inconscient collectif de certains peuples, seuls les noirs
ont subi ce fléau. Esclavage en Mauritanie C’est la patrie de l’oncle Tom.
L’oncle Tom est cet esclave anonyme qui dans l’histoire
américaine est décrit comme étant doux, sobre, agréable avec
tout le monde. Béni oui oui, corvéable à merci, l’oncle Tom
est l’opposé de Spartacus, le révolté, le meneur d’hommes.
Si l’esclavage a été aboli en Mauritanie, les séquelles
demeurent encore. S’il y a une frange de la société mauritanienne qui a été
meurtrie, martyrisée, exploitée des siècles durant, c’est bien
la composante haratine. S’il y a encore une entité qui a le droit
d’être aidée, épaulée dans tout ce qu’elle doit entreprendre
afin d’être au top niveau, ce sont les haratines. Tous les
mauritaniens ont un devoir de mémoire à leur égard. Côté
négro-mauritanien, si l’esclavage a toujours existé (Komé chez
les Soninkés, mathioudo chez les halpoularen, djam chez les
ouolofs) il sert plutôt de prestige familial. Il n’est pas livré à la
consommation. Mais l’esclave chez les négro-mauritaniens
n’évolue pas. Un noble soninké ne peut épouser une Komé
contrairement à son homologue maure. L’esclavage chez les
maures est plus visible par cause du clivage «blancs», noirs. Si le
maître est noir, l’esclave l’est aussi ; l’antagonisme serait
moins perceptible, comme chez les négro-mauritaniens. Si les pouvoirs publics font
des efforts à vouloir éradiquer l’esclavage, il n’en demeure pas
moins que l’élite haratine doit mettre la main à la pâte. En
effet, pour s’émanciper il faut compter sur soi. L’exemple des
africains – américains illustre cette assertion. Que de chemins
parcourus par les descendants d’esclavages depuis la fin de
la guerre de sécession (1861- 1865) quittant les plantations,
s’installant dans les villes du middle, du copper-belt. Luttant
pour leur survie, leurs droits civiques ensuite grâce aux
« Black Panthers » aux « Black muslims », à Angela Davis,
Malcom X, Martin L. King ;etc. Ces descendants d’esclaves
participent pleinement à la croissance, au développement
du modèle américain. Qu’en est-il de nos élites haratines ?
Elles pratiquent le plus souvent « la politique du ventre », du
moins dans leur majorité. La première des choses que va
faire un hartani « émergent » ce n’est ni construire une
école à ses compatriotes, ni un centre de santé, ni les aider à
juguler l’illetrisme, mais plutôt conduire une grosse cylindrée,
s’asperger de parfum et faire la cour (en catimini) à une
mauresque « blanche » !!! Si l’intention est altruiste et va vers
l’inexorable message culturel cher au chantre de la négritude,
le poète Senghor, c’est parfait, c’est à encourager! Si par
contre , cette pratique émane d’une atittude vindicative, c’est
une perte de temps ; elle est à bannir. Soyons sérieux, les
haratines sont les futurs porte-drapeaux de la Mauritanie de
par leur vitalité, leur jeunesse, leur volonté de sortir du joug
de la pauvreté, du marasme, du mal de vivre. Contrairement aux
maures « blancs » qui veulent détruire leur pays par la gabegie,
le manque de patriotisme, l’insouciance du lendemain (l’avenir de nos enfants),
l es haratines sont humbles, travailleurs, disciplinés,
conscients de leur passé sombre, de leur futur difficile. Une noble
cause ne s’arrache qu’avec acharnement d’ailleurs. Le monde entier sait que
l’esclavage est aboli en Mauritanie. Ce qui en reste n’est
qu’un épiphénomène matériel (niveau de vie) auquel il faut
trouver des solutions idoines qui ne sauraient tarder. Certes,
il est difficile de rompre les liens spycho-socio-culturels entre
deux individus même vivant en dysharmonie séculaire. L’heure
n’est pas à l’action vindicative abjecte du refoulement, ni
du complexe oedipien, ni aux querelles intestines mais plutôt
au rassemblement de toutes les forces vives de la naton dans
leur diversités pluriculturelles afin de nous rendre les « vrais
maîtres et possesseurs » de notre chère patrie. Debout la
république !
Ely Ould Krombelé
Source : Al Mourabit n° 004 du 28 Juillet 2008
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