ARTICLE 11 :

 

Moktar Fall

 

 Inutile PLEJ contre l’esclavagisme du SAWAB

            Comment pourrait-on nous autres opprimés accroître notre réponse ou notre réaction afin de nous prémunir contre les forces dominatrices et malfaisantes de la composante maure ? Telle est la grande question qui anime le niveau de débat actuel et qu’incarne pour la première fois, Biram dah Abeid. L’opposition dans son ensemble se voile la face, pour autant que cette opposition soit dominée par des Arabo-berbères qui trouvent tout intérêt à ce que la question ne soit pas soulevée. Et quand elle le leur est servie, le PLEJ ne trouve aucune justice à en faire son cheval de bataille. Autant dire que la justice sociale contre l’esclavage et l’apartheid est au-dessus de son audace, ses moyens et ses prétentions.  

L’homme par le moyen de la technique et de la science a su rendre la nature moins hostile, plus clémente à son égard, cependant quand le Négro-mauritanien est placé face à son semblable, les esclavagistes maures d’emblée malfaisants, de surcroît intentionnellement décidés à nuire, on est en droit de se demander à quel parti le Noir victime de l’esclavage et l’apartheid devra faire recours.

La domination, savons-nous, trouve son foyer génétique dans la traitre oppression de la faible conscience d’appartenance de la masse des Négro-mauritaniens, par la conscience la plus sadique de la tradition esclavagiste d’un autre temps des Arabo-berbères. 

Les Négro-mauritaniens et les Arabo-berbères n’ont pas les mêmes déterminations, les mêmes sentiments, ou pour rependre Paul Janet, ne sont pas motivés par les mêmes faits de conscience. Nous autres Noirs mauritaniens sommes restés assez innocents, l’autre par contre, l’Arabo-berbère, en raison d’une meilleure conformation due à une expérience de domination du Nègre plus déterminante dans l’existence, est plus que jamais stimulée par l’ambition de la visée hégémonique, en quoi elle est plus responsable de la suite de l’histoire de la Mauritanie. Ce sont les maures qui effectivement ont tramé et établi la situation de crise actuelle, l’histoire désormais de tous les procès qui vont s’ouvrir contre l’esclavage et l’apartheid constitutifs de la fondation et du fondement de notre société. Cela constitue désormais une connaissance fondamentale pour toutes les deux consciences noire et maure, connaissance de l’ingénuité trahie de l’une, connaissance de la perfidie décevante de l’autre.

Toutes deux imbues de cette connaissance n’en cesseront néanmoins pas de communiquer. Mais on peut imaginer à partir de là quelle sera la nature du rapport ; ou bien que ne se demande-t-on, pourquoi la conscience trahie et esclavagisée ne se venge pas, pourquoi l’agneau ne s’en prend pas à l’oiseau de proie (Nietzsche). Le PLEJ n’a aucune réponse aux questions essentielles !

Partout où le faible a offensé, le fort a infligé des représailles ; mais il se trouve dans notre cas - et c’est en général le cas, voire toujours le cas - que c’est l’hégémonie maure qui trahit et rend impossible l’existence du Noir en la réduisant en objet de toute sorte, objet de corvée, objet de folklore, objet sexuel si l’on pense au cuissage dans toutes les couches noire puisque la famine a réduit le Noir à ce niveau en Mauritanie. Les faibles quatre-vingts pour cent de Noirs se soumettent craintifs. Quelle voix s’élève donc en dehors de Biram Dah Abeid ? Le PLEJ ? C’est pour parler des inondations ! Pas plus ! Conscient que la violence structurelle trouverait son double dans la violence physique et matérielle qui a causé génocide et déportations en 1989, dépossession de toutes terres jadis appartenant aux familles noires, le PLEJ n’ose aucun recul ou problématisation de l’existence du Noir en Mauritanie.

Ce qui revient d’ailleurs à la même chose à dire qu’il es INUTILE, entendu que l’usurpation d’intérêts a de profondes répercussions chez les victimes, conséquences physiques, psychiques, matérielles. Toute l’histoire de la domination maure s’en explique, et la réalité s’avère manifestement dure à dire pour ces faux opposants et opportunistes : voilà la réalité , le réalisme de la condition du Noir opprimé que certains tendent ou préfèrent oublier dans la nécessité d’un duel intersubjectif, théorique et pratique, pertinemment question d’affranchissement  de la conscience Négro-mauritanienne de l’esclavage et l’apartheid, si contraire à la vision rêveuse du PLEJ et aussi l’inutile AJD qui n’ont rien à redire de la revendication esclavagiste de l’association maure pour la pérennité de l’esclavage, je dire SAWAB.

Fall Moctar

 

 

 

Destin dans la sphère de l’esclavage d’Etat

 

    Qu’il me soit permis de reconnaître que le sommeil millénaire d’une communauté, inconsciente de son état déplorable de par un silence entretenu par sa généalogie à cause d’une honte insidieuse soit à
    l’origine de la perpétuation de la domination esclavagiste en Mauritanie. La réalité du phénomène sans conteste s’atteste par son abolition par les colons français en 1905, puis par l’Etat mauritanien indépendant en 1981. La condition d’esclave historique étant en soit une abomination pour ma famille et pour des milliers d’autres familles, toutes les familles de la communauté haratine conserve ce sens exécrable de l’humiliation actuelle. Le sens de la chose dis-je reste le même quelque soit par ailleurs les formes multiples de ses manifestations. En ne prêtant pas attention aux formes dans cet article, mais seulement au sens unique, il se trouve que l’on déborde la communauté des esclaves reconnus par leur appartenance sociale pour embrasser tous les négromauritaniens. En effet, l’Etat exige désormais la même allégeance à toutes les catégories noires de la populations aux fins de jouir de quelque liberté dans leur existence, de droits civiques et politiques, que l’on soit soninké, halpularen, bambara, wolof.

    L’objet de mon propos mettra en question une couche particulière de population dont le trajet se rejoint, à savoir la fuite de leurs parents et grands-parents de la Mauritanie quand l’esclavage battait son plein, par les rapts d’enfants et d’adultes, par l’acquisition de personnes, par les razzias. Il s’entend que je voudrais, comme dirait le poète américain Edgar Allan Poe, enfermer dans ces lignes la période la plus récente de ma vie, qui m’a réduit en me rendant conscient de ma vilité parmi une société dont je
    n’étais point préparé au fondement de son système d’apartheid, d’esclavage où je ne saurais me réaliser sans vendre mon âme et mon corps à quelque seigneur arabo-berbère qui prêche la fin de
    l’esclavage en Mauritanie, mais qui l’entretient politiquement, socialement, qui met mon existence en péril, et qui trouve dans ce fait sa sécurité et la sécurité de sa descendance.

    Dans cette condition tout mon honneur reviendra à rompre avec cette société pour ma sécurité et pour
    l’épanouissement de ma descendance. C’est ma passion actuelle au prix du bonheur des générations futures, ou l’acceptation de la servilité au prix de l’humiliation des ces dernières pour encore plusieurs générations.

      En racontant la turpitude de la période récente de ma vie, tous les haratine se reconnaîtront, qu’ils soient nés au Sénégal et y demeurent encore ou furent contraints de regagner la Mauritanie après les pogroms subis au Sénégal, ou qu’ils n’aient jamais quitté la Mauritanie.   

    Je suis d’ethnie naturellement Haratine, né le 27 février 1971 à Dakar, au Sénégal où mes parents se sont réfugiés depuis leur enfance afin de fuir l’esclavage subi en Mauritanie. Les événements d’avril 1989 créèrent un mouvement de populations jamais connu dans la sous-région. En effet des sénégalais établis depuis longtemps en Mauritanie et des milliers de noirs mauritaniens ont été expulsés vers le Sénégal et le Mali. Du côté du Sénégal, les anciens esclaves ayant fui la Mauritanie pour échapper à la servitude ont été déportés en Mauritanie suite à la chasse aux maures entreprise, en réaction aux événements en mauritanie. Dialectique : départ du fait de l’esclavage et retour du fait de l’esclavage.  

    J’ai suivi le cycle du lycée en lettres modernes. Etant major de promotion en 1993 je fus récompensé
    d’une bourse d’études qui me menait à l’institut de presse et sciences de l’information de Tunis, qui devrait couvrir le cursus universitaire jusqu ‘à la réalisation d’une thèse. Je passai ma maîtrise des sciences de la communication avec succès. Mes professeurs reconnurent en moi un esprit de synthèse et une aptitude à la philosophie bien au dessus de mes camarades. Mon mémoire soutenu sur la
    « théorie de la communication des consciences » ne laissait pas de doute sur le fait que j’aurai irrémissiblement droit au chapitre de la discipline. Mais les prédispositions nécessitent certes un environnement pour éclore au grand jour. Pour un noir ce n’est pas encore en Mauritanie où il pourra faire preuve d’intelligence.

    Je retournais en Mauritanie à la fin de l’année 1998 la tête haute, confiant et insouciant, mais aussi inconscient des dangers, de la haine qui m’attendait. Je ne tardai pas à me confronter à l’expérience de devoir être appelé ouvertement à accepter le joug du cynique directeur de l’hebdomadaire La Tribune, Mohamed Vall ould Oumère. Il me demandait de lui prêter allégeance. A savoir qu’en vertu des rapports historiques esclavagistes et tribaux il m’a déclaré que je devais rester dans sa concession sans quoi je serai exposé aux représailles de la police, qu’il en était ainsi pour tous les haratine qui refusaient d’avoir de la «famille», (en clair, cela voulait dire avoir un protecteur),
    m’obligeant avec l’insistance de mes propres parents à démissionner de mon travail de reporter à la filiale Mauritanienne du groupe Sud-Com sénégalais, Sud-Hebdo, dirigé par Moussa Bâ sous prétexte que les responsables de ce journal sont des «sénégalais», (c’est à dire noirs et opposants à
    l’authenticité arabe de la Mauritanie. Ni cependant Moussa Bâ, ni ould Oumère, ne daignèrent m’établir une carte de presse.

    J’ai manifesté ma réticence à ould Oumère après qu’il a refusé de me payer les frais de deux reportages qu’il a lui-même commandés sur «la dualité arabe/français dans le système administratif et social de la Mauritanie», et «l’incidence de la francophonie dans le pays». Je dévoilais l’existence
    d’associations qui appelaient en effet  à l’authenticité arabe, voire blanche de la Mauritanie, mais aussi la pénétration progressive inévitable du français grâce aux structures tels que l’Alliance et le Centre culturel français. Sachant l’irréductibilité de ma position théorique sur la question, Oumère afficha un silence cynique, pendant que mes parents me pressaient de persévérer dans sa concession et de faire preuve de discipline, ou plutôt d’esclavage. Il y avait certes pas de recours possible pour cette raison évoquée de pouvoir disposer de moi librement comme bien d’autres haratine dans sa maison, et que ma promotion dépendît de lui, avec la menace signalée de répression par la police au moindre signe de sa part. On s’en était d’abord remis à lui afin que j’obtienne une carte de presse nationale, étant diplômé, ayant aussi une petite expérience dans la pratique, en vain. Nous ignorions bien l’esprit qui
    l’animait, est-ce facile pour un esclave de reconnaître la mentalité de son seigneur qui lui dit qu’il incarne son bienfaiteur devant l’Eternel. Silence encore silence. Puis à un parent du candidat à la présidence, Chbih, travaillant à la cour des comptes, aussi en vain.

    Comment un esprit libre versé dans l’analyse théorique se réduirait à la soumission d’un « seigneur » sans pareille disposition, ne jouissant que de la puissance d’un héritage social, esclavagiste, qui déclare à qui veut l’entendre la réconciliation de toutes les couches sociales, qui déplore le mal de la société, qui donne conseil aux dirigeants au même titre que tous les autres directeurs d’organe de presse de son espèce, mais ce langage n’est que l’appendice de celui du régime, un prolongement de son hypocrisie et de son mensonge fatal à tous ceux qui s’abusent de son caractère insidieux au point de tendre à prendre sa liberté d’opinion et d’action, ou seulement à vouloir disposer de sa dignité. Quel est en effet le destin des milliers de mauritaniens qui ont jubilé après la déclaration de l’ouverture pluraliste de 1991, la déclaration de la démocratisation du système politique faite par le sanguinaire Maawiya Sidi Ahmed Taya. Ce n’est que dans le contraire des vertus de la démocratie et de la justice que la clique des esclavagistes peut perpétuer ses crimes. Et cette clique réussit sachant qu’elle dispose d’un soutien dans la mentalité de milliers d’autres citoyens qui fonctionnent dans la conviction que la Mauritanie comporte une franche d’esclaves désignés par le fondement de son existence. Ils verront à jamais de mauvais œil une égalité de dignité, de sainteté et de droits avec les esclaves de leurs grands-parents et de leurs parents, leurs esclaves. Le cynisme ayant conduit à la dichotomie délibérée des races arabo-berbères et négro-africaines en ennemies.

    Le refus de ce fait conduit à la révolte ou au silence. Il n’existe pas de réseau capable de conduire une révolution en règle où l’on peut augurer le succès de renverser de son piédestal le système. D’où
    l’humiliation individualisée et le silence isolé et autiste des individus et des familles.   

    On sera persuadé que je ne suis pas le seul à avoir éprouvé les circonstances de l’esclavage pratiqué à un niveau supérieur de la société dans ce qu’elle pourrait avoir de plus noble, la presse ou
    l’administration en général. Ma particularité ne tient qu’à ce que je soit né et que j’aie grandi loin de cette sphère délétère, comme tous les haratine persécutés au Sénégal et qui ont dû venir sentir l’odeur incroyable de la haine, du mépris en montant l’échelle sociale. Quant à ceux qui sont nés dedans il
    n’est pas question ici de leur reprocher d’y grandir et d’avoir joui parfois de certains profits au détriment de leurs compatriotes non instruits, mal éduqués, mal logés, mal nourris, souvent incapables de l’introspection qui révèle une condition révoltante.

    L’expérience dans l’organe privé de Mohamed Vall ould Oumère se confirme encore chez l’agent des renseignements  Khatri ould Dié, avec qui j’ai travaillé vers mars /avril. Je convins verbalement quand même avec le directeur de ce journal qu’il me serait établie une carte de presse, versé un salaire au même titre que les autres journalistes qui ne vont pas travailler plus ou mieux que moi. Après la publication de ma « Considération sur la culture et la Communication politique en Mauritanie », Ould Dié refusa de me payer bien que mes autres collègues fussent rémunérés, il y avait bien sûr le peul Samba qui fut mon promotionnaire à Tunis et le soninké Diagana, présentateur déchu du journal en français a la Télé. C’est alors que j’appris que Ould Dié était en effet un agent des renseignements sous couvert de son journal qui s’aligne sur la presse officielle.

    La complicité de l’Etat dans cette situation est sans conteste. Mes études en Information / Communication me menaient directement à l’analyse sociale selon les prémisses de cette discipline. Or celles-ci centralisent le couple conceptuel domination/soumission.  En me rendant compte que les directeurs de la Radio, et de la Télé, le chef du département français de l’information de la Télévision nationale, sous la direction de qui j’ai travaillé, appartenaient tous à ma tribu, je
    n’oserais pas ne pas énoncer l’esclavage d’Etat à la base des rapports sociaux en Mauritanie. A la Télé, je manifestais encore ma réticence à la vue du traitement discriminatoire du personnel qui au comble de l’abattement se séparait en arabo-berbères et en négro-africain au moment de prendre le thé à l’heure de pause, les premiers dans la salle des caméras, les seconds en bas dans l’atelier de menuiserie. Par ailleurs une pléthore de personnel avec carte de presse nationale, qui n’a jamais mis pied dans une école de presse, deux à trois fois mieux payée que moi, venant au milieu de la journée pour repartir aussi tôt tenait le haut du pavé.

    Une fois qu’ un soninké nommé Diagana fit passer ma voix à l’antenne, le sujet portait sur des commerciaux canadiens séjournant à Nouakchott, le directeur général de la Télé, Yeslem, entra dans une colère rouge. Il disait qu’un accent béninois (ou sénégalais) n’avait pas à passer à l’antenne. Il semble que la carrière de Diagana faillit en pâtir. Par la suite mon salaire déjà minable de 10 000 (dix milles) um fut divisé en deux, un haratine devait se contenter de ce que son «maître» voulait bien lui céder.

    Il me restait à manifester ma désapprobation, alors qu’il y avait assez de charges contre moi, on pouvait dans tous les cas en créer pour m’inculper, ou me taire en me soustrayant à mon domaine de la presse, ou quitter le pays.

    Toutefois, c’est depuis mon expérience avec ould Omère qui serait le descendant d’un émir du Trarza, la région qu’avait fuie mon père, que j’avais commencé aussi des démarches afin de trouver une inscription dans une université, du moment que ma bourse restait en instance de validité : je n’ai jamais redoublé une classe, je ne suis pas resté deux ans sans étudier (ce sont là des motifs de refus
    d’attribution d’une bourse), et j’étais major de ma promotion au bac en 1993. Ma pré inscription confirmée par la Sorbonne Paris 3 sous la direction du professeur Francis Jacques, la direction de
    l’enseignement supérieur refusa de confirmer la validité de ma bourse. De sorte que je partis le 25 septembre 1998 pour la France à mes frais, avec un visa étudiant long séjour. Une fois inscrit, je reformulai le souhait de la reconduite de ma bourse par le biais de l’ambassade, ce qui fut refusé trois mois durant jusqu’en janvier 1999.

    Je voyais un dernier refuge dans mon statut d’étudiant, d’un point de vue administratif, je ne pouvais prétendre à autre chose, ni travail, ni aucune implication sociale en dehors du réseau esclavage étatique. Une fois que le directeur de l’enseignement supérieur me soumit à un interrogatoire à
    l’ambassade, avec des questions policières sur mes fréquentations, avec l’injonction de quitter Paris pour la province, je compris qu’il ne me restait plus de sécurité. Tous ceux à qui on a posé ces questions en Mauritanie ayant été torturés.

 

Moctar Fall

 

 

 

  Retour