ARTICLE 10 :
A.H.M.E.
TRADITION AFRICAINE ET CASTE novembre 2005
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TRADITION AFRICAINE ET PROBLEMES DE CASTE
« Je ne peux pas me marier avec toi » Nobles, griots, forgerons et esclaves, les castes africaines nourrissent, dans l’Ouest du continent, de séculaires incompatibilités maritales. Des réalités culturelles qui rendent souvent impossibles de belles histoires d’amour. Difficile pour les Keita, Coulibaly, Sakho, Ba, Sy ou encore Ly - familles nobles - d’épouser des Sissokho, Kouyate, Diabaté, Kamissoko ou Dognon - griots ou esclaves - ou encore des Fane, Ballo, Bagayogo, Kane ou Koumare - forgerons - en Afrique de l’Ouest où le problème des castes reste toujours d’actualité. Les mariages entre forgerons et griots ne sont pas formellement interdits par la tradition, mais peuvent connaître des oppositions de la part de certains forgerons s’estimant socialement supérieurs. Des pratiques en voie de disparition en milieu urbain, mais qui persistent en milieu rural et parmi la diaspora. «Les esclaves et les castes ne relèvent pas de la même catégorie, explique Gilles Holder, chercheur à l’Institut des études africaines d’Aix-en Provence (France). Esclave est un statut juridique défini par la propriété, tandis que les castes, ou plus exactement les artisans spécialisés endogames, relèvent d’’une catégorie sociale. Les esclaves sont les descendants des prisonniers de guerre et portent le nom de leur maître.» Les castes n’entravent pas les choix professionnels. «L’ancêtre des nobles et celui des griots étaient frères. Au cours d’un voyage particulièrement éprouvant, après être revenu bredouille de la chasse, l’aîné se serait coupé une partie de la cuisse pour nourrir son jeune frère, malade et épuisé. Reconnaissant, celui-ci lui aurait juré fidélité éternelle et lancé des malédictions aux descendants qui transgresseraient ce pacte», indique Younoussa Touré, socio-anthropologue à l’Institut des sciences humaines de Bamako (Mali). «C’est dans le but de préserver ce pacte de fidélité que le mariage est interdit entre les descendants des deux frères», poursuit-il. Pour M. Touré, les castes que l’on peut trouver en Afrique de l’Ouest ne sont en rien comparables aux castes indiennes, plus connues du grand public. «Les castes ouest-africaines sont le fait de différenciations basées sur la spécialisation de la profession. Les basses castes peuvent toutefois accéder aujourd’hui à n’importe quelle profession. Par exemple, même s’ils doivent accomplir des tâches pour les nobles, principalement lors de mariage, les griots ne sont pas exclus tels des parias. Beaucoup occupent des postes importants dans la politique ou l’armée.» La diaspora aussi La Constitution du Mali consacre ainsi
l’égalité de tous les citoyens devant la loi. «Dans les villes,
ces pratiques se sont estompées, à quelques exceptions près.
Cependant, en milieu rural, les traditions sont bien ancrées
et persistent», explique Younoussa Touré. Et il semblerait que
chacun accepte naturellement le statut qui lui est conféré.
Aminata Sakho, noble de par son nom, nous raconte son expérience
dans son village au Sénégal pendant ses vacances, alors qu’elle
n’avait pas une connaissance exhaustive des coutumes : «Je me
suis assise sur une chaise et j’ai proposé à un voisin en face
de moi de venir s’asseoir à côté de moi. On m’a immédiatement
rétorqué qu’il ne pouvait pas Fier d’être noble ? Choisir entre sa famille et son ami(e)
Hawa, qui a failli devenir son épouse trouve, elle aussi, ces
coutumes difficiles, mais elle a préféré respecter la tradition.
«Choisir entre un homme et ma famille... La famille est quand
même sacrée», explique-t-elle. Contrairement à Hamidou, Hawa
a été informée dès son plus jeune âge du titre dont elle bénéficiait.
«Je mettrais quand même mes enfants au courant des traditions,
mais ils resteront maîtres de leur choix», affirme-t-elle. Le
jour où Hawa annonce qu’elle désire se marier avec Hamidou,
on lui demande d’y renoncer, au risque de subir une immense
humiliation. «Tu seras déchue de ton titre, tu seras destinée
à servir les nobles lors de cérémonies et tu devras participer
aux préparatifs. As-tu pensé à cela ?», lui disent alors ses
parents. Aujourd’hui, Hawa s’est mariée avec un noble. Hamidou,
quant à lui, s’est lui aussi marié avec une noble. Les parents
de celle-ci ne veulent plus la revoir... Ibrahima Ba, noble
sénégalais, nous révèle que les peuhles sont très à cheval sur
ces us et coutumes. «Les peuhls sont connus pour être des gens
qui tiennent au respect des règles et qui y tiennent avec une
très grande rigueur», dit-il fermement. Il nous apprend que
les nobles ne peuvent se marier qu’avec des nobles pour la raison
suivante : «Les nobles sont connus pour avoir une bonne éducation.
Il est arrivé dans des villages que des nobles pris en fautes
par rapports aux valeurs qu’ils sont sensés incarner aient dû
se sauver. D’autres ont été gravement punis ou même bannis».
Fier d’être noble ? Oui et non. Car si Monsieur Ba confesse
qu’il ne se sent pas plus noble Source : Afrik.com
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