ARTICLE 571 :

                         

A.H.M.E.

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Les Algériennes 50 ans après…


Soumia Salhi


30 octobre 2013

Cinquante ans après, qu'en est-il des Algériennes ? Soumia Salhi, militante féministe fait le point sur le formidable boulversement survenu dans la vie des femmes algériennes. Nous sommes loin du discours néocolonial, démultiplié par internet qui dit que rien n'a changé et qu’il existe, dans les pays du Nord opulent, une espèce humaine supérieure au sein de laquelle les femmes auraient échappé à toute oppression.

J’aime à me promener dans le centre d’El Harrach, le quartier du Collège Laverdet de mon adolescence, celui du lycée Ourida Meddad de ma jeunesse studieuse. Et je ne me lasse pas de m’émouvoir du formidable bouleversement de notre vie de femmes que j’y constate à chaque fois.

Dans mon enfance, les femmes ne sortaient pas, elles ne fréquentaient pas les lieux publics. Je ne parle pas de l’ordre traditionnel rigoureux de notre village au pied de l’Akfadou, mais des grandes villes d’Algérie et notamment d’El Harrach, à Alger, où je suis née. Aussi, je suis toujours agacée par le matraquage du discours néocolonial, démultiplié par internet, ce discours qui dit que rien n’a changé et part du principe suggéré qu’il existe, dans les pays du Nord opulent, une espèce humaine supérieure au sein de laquelle les femmes auraient échappé à toute oppression.

Un véritable mépris pour toutes les luttes féminines, une insulte au bon sens. Il me suffit de comparer le sort de ma mère, disparue il y a quelques années à 90 ans, avec le sort de ma fille titulaire d’un master qui rêve de recherche scientifique. Il n’y a rien de comparable avec le vécu de la décennie 90, ni avec l’enfermement massif des premières années de l’indépendance, ni avec l’arriération de notre société sous la botte coloniale.


Les fruits de l’indépendance


L’indépendance fut l’occasion d’un premier bond en avant pour la femme algérienne. Mais sa situation demeurait paradoxale, l’égalité constitutionnelle n’empêchait pas l’enfermement domestique pour l’écrasante majorité des femmes. L’urbanisation massive, inéluctable, détruit les bases sociales de l’ordre ancien mais les mentalités rurales envahissent la ville. L’égalité proclamée ne disposait pas des conditions économiques et sociales pour s’imposer. Le bouleversement significatif vient de l’irruption massive de lycéennes et d’étudiantes qui s’emparent de l’espace public. C’est en leur sein que va se développer un mouvement féministe. Adossés aux mouvances de la gauche clandestine, des cercles clandestins apparaissent à Alger, Oran, Constantine et Annaba déjà en 1977. On passe ensuite à des activités publiques, dont les plus significatives sont les ciné-clubs féminins. En 1980/81, ce sont des collectifs qui se mettent en place.


De l’ouverture à la menace de régression


Après ces années de maturation, c’est un vaste mouvement qui prend la parole à partir de 1988 et nos coordinations commençaient à traquer les dispositions inégalitaires du code de la famille dont nous exigions l’abrogation et c’est contre un rassemblement, très féminin, devant le premier ministère que s’organise la marche d’eddaawa, en décembre 1989. En réponse, le 8 mars 1990, nous sommes vingt mille à descendre vers l’APN. La victoire du FIS aux élections locales stoppe net notre élan. Nous étions toujours là mais bien moins nombreuses. Cette fois, les télés et la presse nationale et internationale sont au rendez-vous pour couvrir nos activités symboliques. Au quotidien, les femmes résistent massivement et le triomphe du FIS aux législatives de 1991 est moins ample.


La résistance


Au cœur de l’adversité, l’école et l’université sont restées mixtes ! Les statistiques scolaires inversent le ratio sexuel, 60% des bacheliers, deux tiers des diplômés sont des filles. Les diplômées occupent des emplois qui valorisent désormais le travail féminin dans la famille et la société, y compris celui des autres catégories moins instruites. Le mariage n’interrompt plus l’activité professionnelle.


Dans le monde du travail, on retrouve une femme sur trente en 1966 et une femme sur 6 dans les années 2000. Elles réalisent la parité dans les secteurs de l’enseignement et de la santé, dans l’administration. Elles sont mêmes majoritaires dans l’encadrement de base. Elles sont un tiers des juges, ce qui n’est pas rien. Ces années sont aussi faites de luttes pour faire respecter la femme travailleuse. La dynamique de la Commission nationale des femmes travailleuses de l’UGTA concerne 200 000 adhérentes et les implique dans des campagnes qui s’étendent à travers tout le pays. La campagne la plus spectaculaire est celle menée contre le harcèlement sexuel qui débouche sur sa criminalisation en 2004. Mieux ! L’adhésion à cette campagne s’étend aux milieux islamistes.Le droit des femmes à travailler est acquis.
Le hidjab, qui est venu s’opposer à notre liberté est plus commode que le haïk d’antan, puisqu’il libère les mains et le mouvement et par une ironie de l’histoire il a facilité l’accès à l’espace public à des milliers de femmes. On peut, de même, observer une coquetterie vestimentaire assumée, en fait une relativisation du message du voile, celui de la soumission des femmes. Le schéma qui nous est proposé par le discours néocolonial dominant est celui d’une essence, d’une nature arriérée de notre peuple. On lui oppose la perfection génétique des peuples d’Europe.


Ainsi, lorsque nous dénonçons un cas de harcèlement sexuel, les commentaires désignent le coupable : le pouvoir algérien et ses représentants ou alors on accusera la nature barbare de l’Algérien, inapte au progrès. Non ! Tous les pouvoirs de la terre baignent dans les valeurs patriarcales. Le patriarcat est plus radical dans notre pays, mais le harcèlement débute, et il se développe avec l’essor de la précarité et de la misère, avec les contrats temporaires et le travail au noir qui multiplient les occasions de chantage.


J’ai posté sur facebook des statistiques sur les viols commis en Algérie. Et de nouveau le couplet essentialiste. L’Algérie, l’Algérie.


Encore non ! L’oppression patriarcale, les violences c’est le sort commun des femmes du monde entier. Il y a un viol toutes les 35 secondes aux USA, un viol toutes les sept minutes en France. Pour les violences conjugales : tous les cinq jours, deux femmes sont tuées en France par leur compagnon. Ce n’est qu’en 1969 que les françaises ont eu le droit d’avoir un chéquier, ce n’est qu’en 1974 que le dernier canton suisse a accordé le droit de vote aux femmes. Sait-on que le droit coutumier britannique autorisait le mari à battre sa femme. Qu’y a-t-il donc de spécifique qui nous donne cette évidence d’un sort moins favorable chez nous ? L’abolition des pratiques sociales désuètes et des mentalités rétrogrades tarde à la mesure des retards du développement. Il s’agit d’examiner avec objectivité notre situation et ses particularités. Si notre analyse de notre propre réel est erronée, on ne pourra pas avancer.


Alors, cinquante ans après, qu’en est-il des Algériennes ? Un immense bouleversement est survenu, mais nous voulons plus et mieux. Nous avons connu des joies et des larmes. Nous avons eu beaucoup d’espoirs, nous avons conquis beaucoup de positions et résisté à l’adversité. Les blessures de la régression sont encore là. Les stigmates de la vague rétrograde sont encore présents, mais la vie a refleuri. Le combat a repris et nos filles continueront à monter à l’assaut du ciel.


Soumia Salhi : militante féministe, syndicaliste

Source : elwatan.com
 

 

 

 

A LA UNE INTERNATIONAL

Mauritanie : vivre et mourir en esclave

le 14.12.12 | 10h00

  Moulheir Mint Yarba a échappé à ses maîtres en 2010. Source : CNN.

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Moulheir Mint Yarba a échappé à ses maîtres en...

Viol, torture, travail forcé… En Mauritanie,  dernier pays au monde à avoir aboli l’esclavage en 1981, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants vivent toujours cloîtrés et maltraités par leurs «maîtres», dans l’indifférence d’une société qui refuse de se regarder en face. El Watan Week-end a rencontré des militants et des esclaves affranchis qui se battent pour la dignité.


«Je ne me souviens pas de mes parents. Depuis que je suis toute petite, je n’ai connu que mes maîtres.» Mbarka, jeune esclave noire, a été libérée par le militant des droits de l’homme et anti-esclavagistes mauritanien, Birame Ould Dah Ould Abeid. «J’étais la propriété exclusive de mon maître, poursuit-elle. Je dormais sur une natte, j’étais chargée des travaux domestiques, de la cuisine, des animaux et d’autres travaux. Un jour, mon propriétaire m’a violée. Je crois que je n’avais pas encore mes règles, je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait. Quelques semaines plus tard, c’est son fils, âgé de 20 ans, qui m’a persécutée et violée. Je ne sais pas pourquoi ils m’ont fait ça, alors que j’étais très obéissante», raconte Mbarka.

On a du mal à deviner son âge, puisqu’elle ne possède aucun papier de l’Etat civil, ni parents, ni lignée, ni carte nationale. Mbarka a les traits d’une poupée qu’on ne voudrait toucher, le regard pénétrant qui raconte une intense douleur. «Quand ma maîtresse finissait de manger, elle crachait dans la marmite, ou dans ma gamelle avant que je ne mange moi-même, c’était mon quotidien et je l’acceptais.» L’esclavage en Mauritanie, pourtant aboli en 1981 et puni par la loi depuis 2007, est une réalité ancrée dans les traditions et les mœurs. A la fin du mois de novembre, le Conseil des ministres s’est réuni pour adopter un projet de loi prévoyant que les crimes d’esclavage et de torture soient classés crimes contre l’humanité. Le texte prévoit, à l’égard des auteurs de crimes de torture et d’esclavage, des sanctions pénales : peines de prison, amendes et autres peines complémentaires comme la privation des droits civiques.


Propriété

«Il est impossible aujourd’hui d’avoir des chiffres ou des statistiques sur l’esclavage en Mauritanie, car l’Etat refuse de faire des enquêtes, alors que l’Union européenne a financé une étude qui n’a jamais été réalisée ! Quand on a essayé de faire des enquêtes à l’intérieur du pays, on a rencontré beaucoup de difficultés, dénonce Boubacar Messaoud, président de SOS Esclaves. L’esclavage en Mauritanie existe depuis des siècles. L’esclave appartient à son maître, il peut le frapper, le violer ou même l’assassiner. En Mauritanie et dans le monde musulman, l’esclavage n’a jamais été contesté. Il n’a pas été construit en tant que rapport humain. L’islam a été instrumentalisé pour justifier la domination et le rendre acceptable. L’esclave aujourd’hui se considère propriété de son maître et il peut même s’en vanter. Pour un esclave, c’est le maître qui est son modèle, et non son père, puisque la plupart ne connaissent pas leur père. C’est son unique identité.»

A 67 ans, Boubacar Messaoud combat l’esclavage en Mauritanie, mais aussi en Afrique. Conscient que c’est un problème profond dans la société africaine, le militant explique que l’esclavage n’est pas propre aux «Blancs», puisque on trouve également ses racines «dans les ethnies africaines. Cependant, tant que l’esclave ne conteste pas, les maîtres nieront formellement son existence.»


Cicatrices

Il faut prendre un taxi pour se rendre chez Birame, le militant des droits de l’homme. La maison de Birame se situe dans l’extension de la capitale mauritanienne, là où le sable s’engouffre dans les maisons. Le taxi pénètre difficilement le quartier étroit et mal éclairé. Il faut compter sur la générosité des habitants pour nous montrer le chemin. Quand on se trouve au centre-ville, tout le monde, ou presque, jure que Birame possède une grande maison avec des voitures, l’accusant de détourner «l’argent des étrangers».

Finalement, la maison n’est pas grande, elle est toujours en travaux. Deux ou trois lampes illuminent difficilement la pièce. On nous invite à nous asseoir à même le sol, sur une natte en plastique. Des enfants et des femmes s’approchent de nous. Ce sont tous des esclaves libérés. «J’avais une vie pénible. Je ne me sentais pas vivre, parce que je voyais tous les enfants aller à l’école pendant que je faisais le ménage. Je crois que ce sont les coups qui m’ont le plus marqué», confie Mokhtar. Comme Mbarka, libérée par l’association de Birame Ould Dah Ould Abeid, Mokhtar n’a aucun papier. Spontanément, il montre des cicatrices sur son torse, comme des griffures faites par un instrument métallique. Ce jeune adolescent, dont la sœur et le frère sont jusqu’à présent esclaves dans la demeure du maître de Mokhtar, a aujourd’hui intégré une école. «Mokhtar est un bon élève, ses bonnes notes font notre fierté», déclare Yacouba Diarra, membre du collectif de Birame.


Angoisse

Les militants abolitionnistes libèrent les esclaves en allant voir le maître en premier lieu, afin de proposer une médiation. Si ça ne    fonctionne pas, ils engagent une action auprès de la police, en tentant de porter plainte. Souvent cette action échoue. Alors ils emploient les gros moyens. Birame, par exemple, a été emprisonné, et d’autres comme lui, en s’attaquant directement aux maîtres. La plupart du temps ce sont de vraies opérations de «sauvetage»! Le cas de Said et Iyad est tout aussi révoltant. Les deux frères ont été secourus par Birame et ses militants. Said, 14 ans, est venu voir Birame pour l’aider à sauver son jeune frère. Après dix jours de détermination, ils y parviennent. Bilal, la trentaine, a fait l’objet d’un documentaire réalisé par Arte en 2008, Chasseurs d’esclaves, de Sophie Jeaneau et Anna Kwak. «J’ai échappé à mon maître, mais je n’avais en tête que sauver ma sœur», témoigne Bilal, les yeux dans le vague, parfois fuyants.


Livre maudit

Son histoire, il l’a racontée et la racontera longtemps. Bilal porte plainte et dénonce une famille maure, qui détient sa sœur. «L’image de ma sœur travaillant sans arrêt, puis violée m’insupportait, j’en été malade», ajoute-t-il. Les enfants et les femmes sont toujours les plus vulnérables. La sœur de Bilal, la quarantaine ou plus, maigre, enveloppée dans une mlahfa sombre, se lève et raconte toutes les exactions innommables qu’elle a endurées. Ses yeux traduisent une profonde angoisse qu’elle tente de cacher. «Les viols étaient mon quotidien. Je n’osais pas regarder mon violeur dans les yeux, alors je ne me souviens que des ombres. Je ne touche jamais ma peau, ni mon corps, de crainte de frôler mes blessures.»

Puis conclut dans un sourire, «Bilal m’a sauvée, je suis heureuse.» En avril 2012, l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA) décide de brûler des livres auxquels ils reprochent «beaucoup de paragraphes sur ce que nous pouvons appeler la jurisprudence du faux, ce fiqh qui fonde l’esclavage et les pratiques similaires qui sont à l’antipode de la vraie religion». Moukhtassar Khalil, le livre de toutes les polémiques en Mauritanie. On le trouve aussi bien dans les librairies traditionnelles de Nouakchott, que dans d’autres pays africains. «Ce livre devient une référence pour les esclavagistes», dénonce Balla Touré, secrétaire aux relations extérieures de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie.


Castration

«On lit à la page 32 : “La femme esclave ne doit pas cacher son corps, contrairement à la femme libre, mais si son maître la possède et trouve un enfant avec elle, même sans mariage, elle doit se comporter comme les femmes de ‘‘bonne extraction’’ (se couvrir).» Le maître est alors autorisé à faire de son esclave «sa chose» et «à avoir avec elle des relations sexuelles, même quand elle est mariée, et ce, même devant son époux de même condition qu’elle !»

Par ailleurs, Balla Touré explique qu’à la page 118, il est écrit que le maître peut «à tout moment prononcer la nullité du mariage de son esclave (homme ou femme), s’il veut le ou la vendre, par exemple. Le maître peut castrer son esclave pour qu’il s’assure qu’il n’aura pas de rapports avec sa maîtresse.» Dans le milieu des Maures ou Beydanes se réclamant arabes, on ne veut pas parler d’esclavage. On nie même son existence. Pourtant, certains Maures tentent de renverser la tendance, comme ce journaliste de la télévision mauritanienne et militant à SOS Esclaves. «Les Beydanes se cachent derrière les imams et chouyoukh pour se justifier. Tant que les religieux ne s’insurgent pas contre cette pratique, la société mauritanienne ne réussira jamais son évolution.»

Kaww Touré, porte-parole des Forces de libération des Africains de Mauritanie (FLAM) est plus intransigeant. Pour lui, la Mauritanie est «une bombe à retardement». Il suppose que le problème de coexistence entre les communautés négro-mauritaniennes et Beydanes repose sur une «politique volontairement et exclusivement panarabiste, privilégiant la communauté beydane à tous les points de vue au détriment de la communauté noire. A cause de cette désastreuse et chauvine politique, on constate qu’aujourd’hui les rapports entre ces populations restent marqués par la méfiance, la suspicion et le ressentiment au lieu de la solidarité et de la fraternité qui auraient dû fonder notre coexistence. Je ne vous apprends rien en vous disant que ces rapports ont été davantage altérés par les purges ethniques, les déportations et massacres des populations civiles et civiles noires des années 1986-1991.»

à Madagascar aussi :

Un rapporteur spécial de l’ONU a entamé lundi à Madagascar une visite d’inspection de dix jours sur l’esclavage moderne dans la Grande Île, a annoncé l’ONU, en vue de rédiger un rapport final présenté en septembre 2013. «Mme Gulnura Shahinian, rapporteure spéciale de l’ONU, devra “évaluer  un nombre d’initiatives développées par les autorités pour prévenir les pires  formes de travail des enfants dans les mines et les carrières, les mariages forcés et la servitude domestique”», a indiqué vendredi un communiqué du siège du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies (OHCHR).

Selon une étude de l’Organisation internationale du travail (OIT), publiée il y a une semaine, 20 000 enfants et adolescents de 12 à 17 ans travaillent dans la production de vanille à Madagascar, soit plus de 30% de la main-d’œuvre totale du secteur.

Faten Hayed

 

 

    
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